C’est payant d’être une Barbie (vintage), ou comment j’ai décroché mon contrat d’écriture le plus lucratif

Barbie

Je le confesse avec une fausse fausse honte : ce n’est pas parce qu’on essaie d’être smatte dans un blogue qu’on n’est pas un peu Barbie à ses heures.

Eh oui, lecteurs assidus, moi aussi je me laisse séduire par le chant des sirènes et je succombe à la publicité dont les fabricants de cosmétiques tapissent Facebook (lorsque leurs algorithmes leur indiquent que le sujet vous intéresse le moindrement).

C’est ainsi que j’achetai par voie numérique un crayon qui me promettait les sourcils de Sophia Loren dans les années 50.

Car oui, je vous le confie, je souffre cruellement d’une insuffisance de gigaloo dans le genou et de fourni dans le sourcil.

Sophia Loren

J’attendis, j’attendis que ledit crayon traverse la Trumpélie d’Ouest en Est, atterrisse dans ma boîte aux lettres et déloge les locataires de ce lézard-BnB.

Ce jour venu, je déchirai le papier bulle frénétiquement et me précipitai devant mon miroir grossissant pour procéder à l’opération « sourcils sans soucis », transportée par la foi qui, comme chacun sait, consiste à croire sans avoir de preuves.

Le résultat se révéla platement médiocre.

Ben quin. Ben oui, ben oui, ben quin.

Toutes les chansons d’amour tristes devraient s’intituler « Ben quin ». (Note à moi-même: communiquer avec Pierre Lapointe.) Tous les chants funèbres devraient s’intituler « Ben quin ». Tous les hymnes nationaux devraient s’intituler « Ben quin ».

Néanmoins. Je n’allais pas me laisser f _ _ _ _ _ r de même.

Je m’emparai de ma plume électronique et envoyai tout de go la missive suivante au fabricant (traduction libre) :

Ça avait l’air d’une si bonne idée sur papier! Mais pourquoi je crois encore aux miracles? Si je range le tube horizontalement, rien n’en sort la prochaine fois que je l’utilise. Si je le range verticalement et tête en bas, comme vous le recommandez, je dois oublier les traits nets et précis que vous promettez dans la publicité. Le tube ne fait qu’étaler un liquide collant sur mes sourcils. Extrêmement décevant. Je suis très tentée d’inonder Internet de commentaires négatifs, mais j’ai une vie à vivre (et un blogue à écrire). J’aimerais avoir un remboursement.

Le crayon est peut-être nul, mais le service à la clientèle est s’a coche. Dès le lendemain, je recevais un courriel rédigé sur un ton furieusement hop-la-vie m’annonçant qu’ils créditaient 25% du prix d’achat dans mon compte PayPal et qu’ils m’envoyaient un autre crayon. PASSEZ UNE MERVEILLEUSE JOURNÉE!!!!!

(Quelle est la dernière fois que vous avez eu une MERVEILLEUSE JOURNÉE???? Non mais, je veux dire, MERVEILLEUSE du matin jusqu’au soir???)

Or c’est le surlendemain que j’ai reçu l’offre de contrat d’écriture la plus généreuse de toute ma carrière:

100$

 


TRADUCTION

 

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Ben quin.

Pourquoi faire des études qui vous mènent jusqu’aux premières bouffées de chaleur de la ménopause? Pourquoi débiter jusqu’au petit matin cinquante versions d’un texte destiné à une campagne de sensibilisation de la CNESST? Pourquoi négocier avec des requins des comm pour leur arracher des mâchoires un cachet tout juste décent quand on peut gagner l’équivalent de 500 $ l’heure en écrivant des commentaires sur Facebook?

Je me le demande bien, à présent que je comprends comment on démarre une carrière d’influençeuse.

Moi qui peine à influencer mon chien suffisamment pour qu’il lève la patte dehors et non sur les pieds du piano.

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Message à Singapore Airlines: Demandez-moi d’écrire n’importe quoi. Minta saya untuk menulis apa pun.

 

 

***

Dernièrement, j’ai entendu parler pour la première fois de ma vie, par mon ami l’artiste Mark Cohen, du rôle que la société IBM aurait joué dans la logistique effarante qui a facilité l’Holocauste. (On marque ces jours-ci le 75anniversaire de la libération des camps de concentration.)

IBM

https://laffont.ca/livre/ibm-et-l-holocauste-9782221092767/

« – Mais comment se fait-il, lui demandai-je, que ce chapitre de l’histoire reste si peu connu, dénoncé?

– Qui cela pourrait-il intéresser?

– Mais tout le monde, voyons. En tout cas, les journalistes, les historiens, les documentaristes, les…

– Pffft.

– Tous ceux que la vérité intéresse.

– La vérité? T’es aux États-Unis, ici, my friend. »

Et il éclata de son grand rire sonore au-dessus de son bol de soupe tonkinoise.

 

Le mot de la pas fine

Nous vivons décidément à une époque formidable pour les Barbies. Les filles, si vous en avez assez, tout comme Kim Kardashian, de vous écorcher la peau des totons avec du duct tape ou du ruban d’emballage, comme si on était encore au Moyen Âge, voici la solution : le boob tape. Perso, j’ai appelé ce produit de tous mes vœux pendant des lunes, ne sachant jamais comment gérer ma poitrine lorsque je voulais porter un veston-blanc-échancré-pas-de-brassière-ni-rien-en-dessous aux séances extraordinaires de la Société d’ornithologie de Saint-Hippolyte-de-Kilkenny.

Je trépigne d’impatience à l’idée d’avoir bientôt une petite-fille à qui je pourrai enseigner toutes les fabuleuses techniques mises à notre disposition pour exalter notre féminité.

 

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Splendeurs et misères du Cool Whip

Que faire quand vous tentez de minimiser votre apport en sucre, en matières grasses et en produits laitiers, mais que vous éprouvez néanmoins le besoin de goûter quelque chose de doux, frais, léger et décadent?

(Ceci est une question rhétorique qui sert à amener mon sujet. Prière de ne pas m’envoyer vos recettes de smoothies aux cherimoyas biologiques, au yogourt de yak de Mongolie et aux graines de chia de Kamouraska.)

Que fait-on, disais-je? On s’envoie deux cuillerées à soupe combles de Cool Whip lite.

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On obtient ainsi un rush de satisfaction orale non négligeable mais seulement 20 calories, 0,0008 microgrammes de produits laitiers, 1 gramme de lipides, 0 gramme de sodium et 1 gramme de sucre.

Bref, rien pantoute.

Néanmoins, je raffole de ça.

Les deux cuillerées de Cool Whip n’apportent que dalle à notre organisme, mais ne lui enlèvent pas grand-chose non plus. Ce produit s’avère comme qui dirait gastro-neutre.

Le Cool Whip est en effet principalement composé d’air et de quantités infinitésimales de produits chimiques.

(Décidément, le milieu de l’hiver me suggère des chroniques inspirées par l’offre alimentaire en Trumpélie.)

C’est en quelque sorte un état de la matière qui se situe quelque part entre la mousse de bain et le plasma. Je parierais qu’il est propice aux déplacements quantiques des électrons.

Il s’agit fondamentalement d’un non-aliment. D’un anti-aliment, comme on parle d’anti-matière.

Puisque les Américains font la même chose que le reste de la planète, mais en plus big, ils ont atteint avec le Cool Whip des sommets inégalés en matière de création et de commercialisation du vide.

Or le Cool Whip appartient à une famille d’aliments qui fit son apparition au milieu du XXe siècle. Ses cousins sont notamment le Jell-O, les flocons de pommes de terre, le jus d’orange en poudre, les mélanges à gâteau, les slices Kraft, le Pam et le Cheez Whiz. (Notons en passant que tous ces produits sont virtuellement inconnus ailleurs qu’en Amérique du Nord.)

C’est aussi au milieu du XXe siècle que se démocratisèrent le lave-linge automatique, l’aspirateur et la pilule anticonceptionnelle et, en cas de non-observance du traitement, les couches jetables.

Vous me voyez venir?

L’Amérique retrouvait la joie de vivre après les années de guerre. Les familles jouissaient sinon d’une prospérité, au moins d’une aisance, qui permettait à presque tout le monde de s’offrir une voiture pour aller en balade le dimanche. Les lendemain chantaient et les femmes commençaient à vouloir profiter de la vie. Les produits alimentaires «tout faits», avec leurs prix alléchants, leurs emballages colorés et leur commodité, leur offraient la possibilité d’accélérer la préparation des repas tout en leur donnant l’impression d’être au diapason avec l’air du temps.

Ma belle-mère adorée étaient de celles-là. Trente-cinq ans plus tard, malheureusement, les diktats du goût et de la bonne alimentation l’ont ramenée direct à ses fourneaux, car avez-vous déjà trouvé une recette santé à Ricardo qui prenait moins de 25 minutes à préparer?

Le Québec mange mieux et vit plus vieux, mais les femmes (et les hommes, bien entendu), se retrouvent bédaine au poêle de six à sept, après être rentrés du bureau en bécique, pendant que les mioches regardent la version 2.0 de Passe-Partout.

 

***

 

C’était une autre paire de manches dans ma famille. Chez nous, la crème Chantilly, communément appelée crème fouettée, faisait l’objet d’un véritable culte et trônait sur la table des desserts à toutes les grandes occasions. Les succédanés, en vaporisateurs ou en récipients de plastique, s’assimilaient à l’émoticone qui épouse la forme ci-dessous, mais en brun.

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C’était les hommes qui préparaient la crème Chantilly. Je les soupçonne encore d’avoir cru que l’émulsification de la crème ne soit compromise par la survenue des règles. Mes oncles et mon père battaient la crème 35% à la mixette pendant un temps fou, y ajoutaient un kilo de sucre et une tasse de vanille et s’arrêtaient juste avant la formation de beurre. Le critère d’une crème Chantilly réussie? Renverser le bol au bout de ses bras sans que la mixture blanchâtre ne s’effoire sur le prélart de la cuisine.

 

***

 

On ne peut que s’interroger sur le rapport au corps dans une société qui persiste à inventer, à fabriquer et à absorber des aliments vides ou nocifs pour le nourrir.

Et le vide existentiel, celui dont Luc Bédard parle dans la dernière lettre qu’il m’a envoyée et que vous pouvez lire ci-dessous, comment le comble-t-on en Trumpélie? J’ai bien peur que ce ne soit à la manière homéopathique, c’est-à-dire en combattant le mal par le mal. Avec un cocktail de Kardashian, de Fox News et de Marvel Comics.

 


Bonjour, belle dame du Sud

J’espère que vous aurez la bonté de me pardonner mon silence des deux dernières semaines. J’étais occupé à vous haïr, tout en en m’auto-enquiquinant de questions tout aussi angoissantes qu’inutiles sur la vie, le vide dont ma nature a horreur, la vaine vanité et tout ce qui la précède, s’ensuit ou est dedans.

Vous n’ignorez certainement pas, d’ailleurs l’univers entier le sait et me regarde me débattre comme un pauvre hamster –Sisyphe vaguement cocu et, bien sûr, le seul à ne pas le savoir, vous n’ignorez donc pas, dis-je, que je fais partie d’une minorité atteinte de ce qu’on appelle les troubles obsessionnels. Je ne perdrai pas mon temps à expliquer à une normonormative ce qu’il en est, mais disons, pour faire court, que nous, obsessionnels, sommes marqués pour toujours par un doute intérieur que nous passons notre journée à combattre et se reforme dès le lendemain.

Revenons donc, si vous le voulez, à la raison qui m’a fait vous haïr ferme depuis votre chronique du 10 janvier où vous insérâtes, dans le bien nommé «mot de la pas fine», un problème de logique du genre qui fait qu’on se sent con, ou encore plus con, rien qu’en le regardant. Je m’y serais peut-être attaqué, d’autant plus que vous avez, dans un rare geste de pitié, suggéré des réponses. J’allais presque vous en remercier jusqu’à ce que je voie la dernière solution, qui justement n’en était pas une : qu’il n’y ait pas de solution.

C’est peu de dire que je sentis alors le tapis universel glisser sous mes pieds. Je passe ma vie, madame, à tenter de me rassurer, me dire que la vie a un sens et que, pas plus con qu’un autre, je le connais et maîtrise à peu près. Parfois cependant, genre au milieu de la nuit, s’ouvre devant moi le gouffre absolu de l’existence. C’est le néant qui m’interpelle comme les sirènes gardant la porte d’un trou noir ou, si vous préférez, les sorcières de Macbeth m’avisant qu’il ne sortira rien de moi et que je ne m’en sortirai pas.

Se pourrait-il en effet que la vie, en effet, soit aussi vide que le trou entre mes dents qui s’agrandit de jour en jour, conséquence du vieillissement et d’une mâchoire qui s’oriente de plus en plus vers la diversité morphologique, ledit trou me laissant entrevoir de plus en plus sombrement l’absence de lumière au bout du tunnel qui m’aspirera avant même que j’aie le temps de ne le pas voir? La vie, au bout du compte, se résumerait-elle à cette phrase : circulez, il n’y a pas de solution?

Et pourtant, pourtant… Y en a tant qui ne doutent jamais et diable que je les envie. Les militants véganes qui attaquent les boucheries de quartier ne doutent pas. Les anti-choix ne doutent pas, non plus que les Trumpiens en général. Les partisans peu cérébrés des armes, que vous nous présentâtes plus d’une fois pêchant et prêchant sur le pont du haut de leur amoureuse l’AK-47, ne doutent pas, non plus que les climatosceptiques. Tous ces gens, sûrs et certains d’eux-mêmes jusqu’au dernier quark du dernier atome du trognon de leur inconscient, foncent sur la roche et lui font tellement peur qu’il se peut bien qu’elle se décide enfin à ne pas redescendre dans la nuit.

Ils auront enfin gagné, et atteint le sommet de l’inconscience absolue de tous les dangers, de toutes les horreurs, dans l’explosion d’un immense champignon magique qui nous fera enfin entrevoir le sens, le but, la fin, en quelque sorte, de la vie. Et alors, une fois pour toutes, le monde s’éteindra.

Votre tout dévoué pupille du Grand Nord,

Luc Bédard

 

 

 

 

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À l’orée des Everglades

evergladesCette semaine, je prenais mon petit déjeuner (inclus) dans un motel cheap situé à l’orée du Parc national des Everglades. (Comment vous dire à quel point il faut aimer la nature pour se rendre jusque-là?) Tout entière habitée par la perspective de patauger dans le plus grand marécage du monde, entourée de pythons et d’alligators, je mangeais tranquillement mes toasts dans une assiette en styromousse, après les avoir enduites de beurre de pinotte au moyen d’un couteau en plastique, et je tétais mon café dans un gobelet en carton. À côté de moi, deux madames (je ne sais pas pourquoi je les appelle comme ça, elles devaient avoir à peu près mon âge – peut-être parce qu’elles ne portaient pas de bottines de randonnée top-techno), les deux yeux fermés ben dur, mains jointes, têtes baissées, marmonnaient un bénédicité interminable avant de s’attaquer à l’omelette qui arrive en camion-citerne dans ce genre d’établissement. Derrière moi, une famille de mennonites se préparaient des gaufres de provenance semblable. Comment ai-je pu déterminer l’appartenance de ces bonnes gens à un groupe religieux en particulier? Comme ceci :

Mennonites

 

Profitant du wifi (inclus), j’aperçois dans l’édition électronique du Washington Post qu’un représentant républicain du Missouri a déposé devant l’assemblée de son État un projet de loi qui interdirait aux bibliothèques de conserver des ouvrages présentant un contenu sexuel inadapté à l’âge des enfants. Des comités de parents seraient chargés d’évaluer les livres et de dresser la liste des ouvrages acceptables. Les bibliothèques publiques qui désobéiraient aux recommandations des comités pourraient perdre leur financement. De plus, les bibliothécaires qui refuseraient de se conformer à la loi s’exposeraient à des amendes importantes et même à une peine d’emprisonnement allant jusqu’à 12 mois.

Le législateur en question s’appelle Ben Baker. En plus de ses fonctions de représentant, il est ministre du culte, missionnaire et ex-doyen des études à l’Ozark Bible Institute and College.

***

Avez-vous lu le marquis de Sade? Moi oui, puisque j’ai fait des études dites « littéraires ».

Ça, madame-monsieur, c’est ce qu’on peut appeler sans crainte de se tromper du contenu sexuel.

Du lourd.

(De même que les écrits érotiques d’Apollinaire. Oui, oui, l’auteur de tous ces beaux poêêêêêêêmes sur la ville de Paris et ses ponts.)

Le marquis de Sade a passé la majeure partie de sa vie en prison ou dans un asile de fous. Quelque part au milieu du XXe siècle, il a été en quelque sorte réhabilité dans la mesure où on a commencé à le considérer comme un des précurseurs de la Révolution française, voire comme un protagoniste du siècle des Lumières. (Je résume à l’extrême.)

Les œuvres du marquis de Sade ont passé elles aussi la majeure partie de leur existence en prison, c’est-à-dire à l’index.

Est-ce que le sadisme a disparu au cours de ces siècles?

***

Virant et viraillant, en conflit ouvert et physique avec mon oreiller motonneux (je vous ramène à la fin de la journée, dans mon motel cheap à l’orée des Everglades), je me suis demandé ce qui arriverait si on bannissait tous les romans Harlequin, toutes les comédies romantiques Netflix et tous les films Hallmark de la semaine. Est-ce que la position du missionnaire, sans bébelle ni pelule, entre partenaires adultes, mariés et hétérosexuels disparaîtrait?

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***

Quand j’étais à l’école secondaire, aimer les livres et y plonger dès qu’on avait cinq minutes devant soi ne constituait vraiment pas la voie royale vers la popularité. Personnellement, j’ai été sauvée du rejet par mon penchant pour les pitreries et la contestation de l’autorité. J’en viens parfois à me demander si les nerds d’hier ne deviendront pas les cool, voire les héros de demain.

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Saviez-vous que la Bible a longtemps été à l’index au Québec? Dans sa sagesse, en effet l’Église estimait que le catholique moyen ne possédait pas l’équipement intellectuel et moral pour dealer avec le texte fondateur de sa religion.

***

Si vous avez lu l’édition du 13 janvier du Devoir, vous avez déjà compris que je fais écho à la chronique de Jean-François Nadeau (avec qui je ne suis pas toujours d’accord, tant s’en faut): https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/570672/censure-en-enfer

***

Le livre est toujours en danger. Et vraiment pas juste à cause du sexe. Le sexe, dans les livres, c’est la pointe (du sein) qui coiffe l’iceberg. De tout temps, on a brûlé des livres : au Moyen Âge, sous l’Inquisition, sous le régime nazi, sous McCarthy aux USA dans les années 1950. Pour des questions politiques, religieuses, économiques. Pour assurer le pouvoir. Pour maintenir l’oppression. Pour perpétuer l’ignorance. Pour punir. On devrait pourtant avoir appris, depuis le temps, que les idées, bonnes ou mauvaises, résistent au feu, et qu’il ne suffit pas de cacher les livres ou de les brûler comme un canapé infesté pour se débarrasser des punaises.

D’où l’importance de lire ou de relire Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, pendant qu’on le peut encore: https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/plus-on-est-de-fous-plus-on-lit/segments/prestation/56502/farenheit-451-livre-feu-hbo-montag-ray-bradbury

 

Le mot de la pas fine

Il paraît que mon énigme de la semaine dernière était difficile. En réalité, elle ne l’est pas tellement et je postule que vous vous êtes laissés décourager par la forme rebutante de ce genre de question : « Ah non, merde, pas capable, c’est le genre de problème qu’on nous balançait pour soi-disant mesurer notre intelligence et évaluer nos chances de réussir dans la vie, et je n’ai jamais ramassé que des résultats dans les deux chiffres, pfffft, moi! pis c’est drette pour cette raison que vous me pognez en train de lire un blogue semblable. »

La réponse est: d) n’importe lequel des nombres 3, 5, 19, 50 ou 99.

Toutes les dispositions dans lesquelles les nombres augmentent jusqu’à 99 puis diminuent vont satisfaire à toutes les conditions. Ainsi :

  • 2, 50, 99, 19, 5, 3
  • 2, 3, 50, 99, 19, 5
  • 2, 3, 5, 99, 50, 19
  • 2, 3, 5, 19, 99, 50
  • 2, 3, 5, 19, 50, 99

Tous les nombres donnés, sauf 2, peuvent donc être placés à l’extrême droite.

Le site duquel j’ai tiré cette énigme indique que seulement 27% des gens obtiennent la bonne réponse. Vingt-sept pour cent des sujets assez geeks pour s’amuser à des problèmes du genre compte tenu de toutes les autre raisons qu’on a de se casser la tête dans la vie…

Ce n’est pas grand monde, et c’est inquiétant. Car si on accepte de bonne grâce d’aller nulle part à marcher sur un tapis roulant pour garder la forme, ou d’imposer à notre corps des postures de yoga contre nature pour rester souples, je me dis qu’on devrait peut-être prendre soin de nos facultés mentales.

Par les temps qui courent, hein?

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La, la, la, lassitude

Le droit aux armes

Ils sont revenus. (https://chroniquesdelatrumpeliedusud.wordpress.com/2019/03/30/le-pont-du-delire/ ) Cette fois, ils ont bien pris soin d’apporter leurs cannes à pêche. Et puisqu’ils « pêchent », la loi floridienne leur donne le droit de porter leurs armes. Quand un machin comme ça me frôle l’épaule pendant que je déguste sur une terrasse l’unique hamburger-frites que je me permets par 15 jours, le coeur me lève.

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Photo: The Palm Beach Post

 

L’impérialisme culturel

Partout au monde, il faut fournir un effort supplémentaire pour voir dans une salle un film autre qu’américain. Comme si l’hégémonie des États-Unis sur la culture en général et le cinéma en particulier était fragile, galas et cérémonies s’enchaînent pendant les mois d’hiver pour faire la promotion du septième art trumpélien sous couvert de distribuer des récompenses. Dimanche soir dernier, par exemple, avait lieu le gala des Golden Globes. On nous l’annonçait sur toutes les plateformes depuis des semaines. Et toutes les plateformes, grands journaux en tête, spinnent sur la soirée depuis. On scrute les tenues, on analyse les expressions, on décortique les discours. Le cirque culminera autour de la soirée des Oscars, qui se tiendra le 9 février.

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Pôv ti-Pitt, y paraît qu’il ne peut même pas sortir avec sa mère parce que tout le monde va penser que c’est sa nouvelle blonde.

 

Le coup de la marchette

Lundi dernier, à New York, Harvey Weinstein s’est pointé à son procès en s’appuyant sur un déambulateur. Tenue délabrée, visage hagard, il n’avait rien négligé pour avoir l’air d’un vieillard faible et pathétique. Un accessoiriste génial avait même pensé à ajouter des balles de tennis maganées aux pieds de l’appareil, dans le plus pur style CHSLD.

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Et tout le reste

Et puis, bien sûr, à chaque heure de chaque jour : Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump, Trump.

C’est bruyant, les USA. Le vacarme est incessant. Il est culturel, politique, social, religieux, économique, littéraire, journalistique et artistique. Si j’avais choisi de passer mes hivers parmi une gang de Québécois, comme la majorité des snowbirds, ce bruit serait moins perceptible. Mais j’ai décidé de vivre parmi les Trumpéliens, comme les Trumpéliens.

Je n’attends pas que vous me l’ordonniez pour « assumer ».

C’est dur à battre, à trois heures d’avion, l’océan à perte de vue, les couchers de soleil que je peux admirer de ma terrasse en tétant mon premier verre de vin, les merveilleux oiseaux qui se posent dans les arbres de la réserve, derrière chez moi, en plein hiver.

Mais il y a des jours où j’ai juste envie de monter sur le toit et de crier :

« Vos gueules. »

 

Le mot de la pas fine

Un petit problème de logique, ça vous dit? Il provient d’un site de jeux scientifiques où je m’amuse parfois à faire de petits exercices pour entretenir les trois neurones qui me restent.

Voici une rangée de six nombres.

Aucun de ces nombres ne peut se trouver à côté de deux autres plus grands que lui.

Le nombre 2 est situé le plus à gauche.

S’il existe une disposition qui satisfait à tous les critère, quel(s) nombre(s) pourraient être situés le plus à droite?

Choix de réponse

  • a) le nombre 3 seulement
  • b) le nombre 50 seulement
  • c) le nombre 99 seulement
  • d) n’importe lequel des nombres 3, 5, 19, 50 ou 99
  • e) aucune disposition ne satisfait à tous les critères en même temps

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Réponse et interprétation des résultats la semaine prochaine.

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God Save the Queen

Oui, oui, on peut avoir un coup de blues en Trumpélie du Sud, même – surtout – quelques jours avant Noël.

Et pour se traiter, il y a bien sûr les remèdes habituels à considérer.

Les drogues illégales (qui comprennent encore le cannabis en cette contrée) : trop pissouse pour acheter ça ici. J’aurais peur de finir vieille crisse en chef dans la prochaine saison de Orange is the New Black.

Les drogues légales : très faciles à obtenir auprès des disciples d’Esculape trumpéliens moyennant des talents modérés en art dramatique. Ils dégainent leur carnet d’ordonnances aussi prestement que les policiers leur gun. Sauf que j’ai assez de problèmes comme ça avec l’élément suivant.

Vino : mon docteur prétend que là (avec les talons hauts) réside la source de tous mes maux. Mon docteur, soit dit en passant, ne fume pas, ne consomme pas d’alcool, ne boit pas de café, ne mange ni viande, ni matières grasses, ni sucre, ni sel, ni aliments transformés, court (pieds nus) une heure par jour, médite deux autres heures et ne pige pas l’ironie. La dernière fois qu’il m’a admonestée, j’ai rétorqué que chacun a sa manière de dealer avec l’angoisse existentielle, hein, doc?

Love Actually : je vous aurai décidément tout avoué.

 

Love-Actually-Final

 

Bien sûr, il y a Netflix, dont les gros bonnets ne devraient pas tarder à m’appeler pour co-écrire leur prochain documentaire à présent que ma carrière connaît une ascension stellaire.

Et sur Netflix, on peut évidemment visionner la série The Crown, magnifique et un peu soporifique. À regarder en tout cas si la question de votre utilité dans l’univers est à l’origine de votre blues de décembre. Vous verrez, il y a plus inutile, plus pogné et plus alcoolique que vous.

La vraie reine, le vrai remède

Mais la reine, la vraie reine, la reine des reines, la plus folle, la plus pétée, la mère de tous les comiques, humoristes et autres clowns, c’est elle, et j’ai nommé l’immortelle Carol Burnett.

 

Parmi la foultitude de sketches issus du Carol Burnett Show qu’on peut visionner sur YouTube, ceux où la comédienne parodie la reine Elizabeth surnagent parce que, peut-être grâce à The Crown et à Downton Abbey, ils parviennent à demeurer actuels sans même l’avoir ambitionné. Limite, vous pourriez rire en les regardant même si la seule langue que vous connaissiez était le youkaguir.

En soixante-cinq ans de carrière, Carol aura touché à tout. Or c’est surtout grâce au Carol Burnett Show qu’elle entre au panthéon de l’humour. Cette émission de variétés diffusée par le réseau américain CBS aura duré 12 saisons.

Douze saisons et 288 épisodes composés de numéros de variétés, de parodies, d’imitations et de sketches. L’époque et le contexte interdisaient à Carol les jokes de cul hard, la méchanceté sans utilité ni intérêt, les sacres et la critique politique. En revanche, Carol possédait un sens du timing inégalé, un visage en caoutchouc, une diction polyvalente et une forme physique exceptionnelle. De plus, le réseau lui donnait droit à une débauche de costumes, de décors et de figurants, à des acolytes talentueux et fidèles ainsi qu’à une armée de scripteurs. Chose certaine, on ne l’a jamais entendue se plaindre que sa liberté d’expression était brimée.

Le cabotinage était de mise, certes, de même que le décrochage rituel. Ces deux procédés appartiennent à un code sur lequel les humoristes classiques québécois (Olivier Guimond et Denis Drouin, Dominique et Denise, par exemple) ont abondamment tablé. Mais le public en raffole et en redemande et puis qui, à part mon docteur, aurait pu réprimer ses fous rires dans des situations pareilles?

Dans cette extravagante parodie de Gone With the Wind (« Autant en emporte le vent »), Carol dévale l’escalier monumental non pas une mais deux fois, encombrée dans sa crinoline surdimensionnée. Le gag du rideau, par ailleurs, devrait figurer dans la liste représentative du patrimoine immatériel de l’humanité.

 

God save queen Carol.

Le mot de la pas fine

Y aurait-il parmi vous une âme assez charitable pour me démêler dans les neuf épisodes de Star Wars?

En tout cas, que Noël soit avec vous.

Darth

 

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Confidences à 32 000 pieds

Elle était belle comme une mirabelle, comme le disait Réjean Ducharme.

Je lui ai dit bonjour, comme je le fais chaque fois qu’un inconnu prend place à côté de moi dans un avion. Pour le meilleur ou pour le pire…

Ses cheveux longs brillaient, ses yeux brillaient, son sourire brillait.

Tout était élégant et raffiné chez elle : ses ongles, ses chaussures, sa façon de croiser les jambes. Moi, je suis incapable de me croiser les jambes dans un siège d’avion.

Elle m’a montré le livre qu’elle a tiré de son (élégant) sac de voyage. Ça parlait de l’effet de la musique sur le cerveau. Ça m’a plu.

Tout me plaisait chez cette femme.

Au-dessus de New York, je savais que son père se mourait de la maladie d’Alzheimer.

Au-dessus de Philadelphie, mon CV n’avait plus de secret pour elle.

Au-dessus de Baltimore, j’apprenais qu’elle était divorcée depuis deux ans. Au-dessus de Washington, cinq minutes plus tard, je comprenais qu’elle allait rejoindre son amoureux et que cet amoureux était nul autre que son ex-mari.

À ce stade, nous nous sommes dit nos prénoms et nous avons convenu de nous tutoyer.

Notre conversation s’est interrompue quelques minutes le temps qu’A. avale ses craquelins Air Canada. Sans se couvrir de miettes comme moi je l’aurais fait.

Les confidences ont repris de plus belle. Au-dessus de Charlotte, je lui avais révélé mes angoisses les plus profondes et mes rêves les plus fous.

Elle m’écoutait attentivement, me regardait intensément avec des yeux pétillants et me répondait par des commentaires empathiques, pertinents ou humoristiques.

Nous n’entendions pas les mioches brailler, les moteurs rugir, les petits chiens-chiens aboyer.

Au-dessus de Savannah, nous parlions en phrases courtes de la merveilleuse horreur de vieillir, des amours qui survivent à toutes les crises climatiques de la vie et de la Suisse qui vous offre de tirer votre révérence sans qu’une ministre tente de vous convaincre qu’il y a des démences heureuses.

« Est-ce que je suis trop intense? », m’a-t-elle demandé.

Tu rigoles. À ce stade, elle possédait suffisamment d’information compromettante à mon propos pour me faire chanter jusqu’à la fin de mes jours.

Au-dessus d’Orlando, l’appareil a amorcé sa descente et l’océan est apparu, indigo et turquoise et aigue-marine, parsemé des minuscules points blancs des voiles.

J’ai à peine jeté un coup d’œil à l’Atlantique malgré le ravissement qu’il m’inspire toujours, car A. me racontait qu’elle avait assisté à la naissance de ses cinq petits-enfants.

L’avion a atterri en faisant badaboum et la chaleur est devenue sensible avant même que les portes s’ouvrent.

Quand il a fallu s’extraire de nos sièges, nous nous sommes serré la main et je lui ai souhaité d’être heureuse.

Je suis descendue le cœur léger, un tantinet euphorique. J’avais retrouvé ma Trumpélie du Sud et tout allait pour le mieux.

 

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Moi ça me fait encore rire…

 

Le mot de la pas fine

Si l’avenir de votre vie sentimentale vous inquiète davantage que l’avenir de la planète, prenez l’avion. Une étude commandée par la banque britannique HSBC en 2018 a révélé que 1 passager sur 50 trouve l’amour à bord d’un avion. Voilà une statistique qui se compare avantageusement au taux de « succès » des sites de rencontre. Il semble en effet que 20% des gens qui se trouvent dans des relations stables se sont rencontrés sur Internet et que 7% des mariages célébrés en 2015 ont uni des gens qui s’étaient trouvés grâce à un site de rencontre.

 


Je n’allais pas parler de la pyramide de Maslow sans que ça ne titille mon complice blogueur Luc Bédard. Car psychologue de profession, il en connaît un bout sur le sujet. Voici donc, sous forme épistolaire, sa réponse à ma première chronique de l’hiver 2019-2020.

Bonjour, belle du Sud

Si je vous écris du loin d’un Nord frette et blanc comme un lavabo, c’est pour vous permettre de le retrouver, le Nord, car il me semble, hélas ! que vous l’avez trop facilement perdu en le quittant pour de plus vendredi-folles contrées où, si j’en crois vos propos de la semaine dernière, les inégalités sociales se creusent au rythme où ici s’élèvent les congères. 

Cour

Ma cour arrière, le 28 NOVEMBRE!!!

Vous vous en tenez en effet aux étages les plus au sud de la pyramide de Maslow (ou Lowmas, comme on dit dans le verlan de Macronie), évitant de regarder plus haut ce qui pourrait bien être l’étoile du berger. Le problème est que la pyramide elle-même, dont on a appris récemment qu’elle avait été en grande partie construite par des esclaves mondialisés avant la lettre, est aujourd’hui remise en question dans ses fondations mêmes, de même que dans l’ordre de ses paliers.

Non qu’elle ne soit pas populaire auprès du public, au contraire. Le palier le plus au nord, en particulier, fait le bonheur d’un peu pas mal toutes sortes de monde en cette ère de valorisation tous azimuts de l’initiative individuelle, la réussite personnelle et la « découverte » de soi. Tenez, au hasard, j’ai googlé ladite construction et en ai trouvé l’illustration ci-dessous, prise sur un site appelé  « « Richesse et finance » qui prétend montrer aux gens comment tirer le maximum d’autrui, mais j’ai aussi trouvé la célèbre pyramide sur un autre site qui fait la promotion de la « phytospiritualité » (si, si !), où l’on présente une espèce de GPS pour atteindre un dieu qui est nul autre que soi-même et ça tombe bien car il est pas mal plus facile à rejoindre par Messenger que le locataire du ciel ovale.

Pyramide

Maslow n’a bien sûr pas tout faux. Nul ne peut s’élever dans la hiérarchie sociale s’il ne survit pas d’abord à sa propre naissance dans une pauvre étable. Et comme il en est des étables comme de l’égalité entre humains, à savoir qu’elles sont toutes semblables mais certaines le sont plus que d’autres, il arrive que d’aucuns sont dès l’auge nourris avec une cuillère d’argent fabriquée à partir des mines renfrognées d’habitants de pays sales, et c’est tant mieux car il faut que nos leaders de demain soient pleins dès le départ. On comprendra aussi que les mêmes leaders doivent protéger leur étable à cinq étoiles contre les appétits des crottés nés du mauvais bord, comme doit le fait ce pauvre milliardaire que vous évoquâtes et qui se prémunit tant bien que mal contre les ondes miséreuses des crottés de West Palm. Un saint, vous dis-je.  

Il reste que si  vous vous étiez aventurée juste un étage plus haut, vous auriez découvert avec ravissement les besoins sociaux, qui remportent tout juste, sur le podium des priorités absolues de Maslow, la médaille de bronze. Le problème, voyez-vous, c’est que l’être humain étant un animal désespérément grégaire ne pouvant survivre par lui-même une fois sorti du néant, il doit absolument se reposer sur les autres pour passer au travers son insignifiante existence. Ne vous laissez surtout pas berner par les histoires de Rémus et Romulus élevés par une louve, les enfants sauvages trouvés dans Central Park et faisant coin-coin comme leur famille adoptive, ou un président pas élevé pantoute. Ce sont, sauf pour ce dernier exemple, des fake news.

Nul n’est une île, en somme. Les constructions psychologisantes – et c’est pourtant un psychologue qui vous écrit – du genre de celle de Maslow font rapidement oublier que nous vivons dans un monde où l’ascenseur social est le plus souvent bloqué pour ceux à qui on ne l’a pas déjà renvoyé. Je vous comprends fort bien de vous en être tenue aux premiers paliers. On y tombe de moins haut.

Votre tout dévoué du Nord, Luc Bédard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Besoins fondamentaux en Trumpélie

Manger en couleurs

Mettons que je m’improvise sociologue et que j’avance la théorie suivante:  la culture, c’est la manière dont un peuple répond à ses besoins fondamentaux.

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On n’a pas dépassé le deuxième échelon de la fameuse pyramide de Maslow qu’on recense déjà une foule de différences entre la Caquélie et la Trumpélie.

Commençons par le commencement et prenons le premier des besoins de l’échelon du bas: manger.

Je limite au minimum mes visites au supermarché du coin, le célèbre Publix, laissant la tâche à Chum dont la compétence en la matière dépasse la mienne de deux ou trois années-lumière. (Genre: sa liste d’épicerie est mise en page en fonction de la disposition des allées. Tsé.) À vrai dire, le fameux Publix m’inspire davantage comme artiste que comme cuisinière, étant donné le magma de couleurs qui gicle sur nos rétines à chaque tour de roue du chariot.

Je suppose qu’il en faut, des couleurs, pour attirer l’attention du consommateur trumpélien inondé de stimulations sensorielles à la journée longue.

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Les poissons aussi aiment changer de tête pour le temps des Fêtes.

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Ça, c’est le produit qui m’a inspiré cette chronique. Je me suis demandé s’il s’agissait de jouets pour les chiens, de bubulles pour le bain ou de tampons à récurer.

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Une idée de projet pour remplacer les boules du Village?

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Je pense que j’aimerais mieux boire de l’eau… Bon, OK, peut-être pas.

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Oui, mais c’est du vrai sucre!

 

Fried Chicken and Country Fried Rib Feast

De toutes les couleurs, le brun est sans doute la plus répandue. C’est celle des aliments frits. Cardiologues trumpéliens, vous n’êtes pas à la veille de troquer votre Porsche contre une Kia.

 

Safari au pays des grand prédateurs

La sexualité est-elle un besoin fondamental? Ça a l’air que les psychologues ne s’entendent pas là-dessus. En tout cas, c’est un besoin physiologique et, à ce titre, elle me permet d’épargner mes genoux de blogueuse et de demeurer sur le premier échelon de la pyramide ci-haut mentionnée.

Si l’affaire Weinstein a fait du bruit au Québec, l’affaire Epstein a peut-être été un peu moins médiatisée. Ce pédophile milliardaire s’est (vraisemblablement) suicidé en prison en juillet dernier, alors qu’il pouvait s’attendre à demeurer enfermé jusqu’à sa mort naturelle étant donné la nature des abominations qu’il avait commises.

La version australienne de l’émission Sixty Minutes (voir ici si vous comprenez l’anglais) révèle qu’Epstein possédait une somptueuse demeure à Palm Beach, lieu de résidence secondaire et bientôt principale de Donald Trump, et qu’il s’approvisionnait en chair fraîche de l’autre côté de l’Intracoastal, à West Palm Beach, une municipalité qui – j’y ai quelquefois fait allusion dans ces pages – comporte sa part de quartiers défavorisés.

 

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La résidence de Jeffrey Epstein à Palm Beach,

Revenu moyen par ménage à Palm Beach: 94 562 $US.

Revenu moyen par ménage à West Palm Beach: 45 027 US$.

Palm Beach: 96% de Blancs.

West Palm Beach: 57% de Blancs et 32% de Noirs.

Intracoastal en moins, Epstein avait le même modus operandi lorsqu’il séjournait dans ses résidences de New York, de Londres ou des Îles Vierges.

Selon une de ses victimes, Epstein et sa complice Ghislaine Maxwell (la fille de l’ex-magnat de la presse britannique Robert Maxwell) auraient fait des milliers de victimes. Mineures.

Rien qu’ici en Florida.

Y’a pas à dire, tout est big en Trumpélie, même le nombre de victimes d’un prédateur sexuel.

Mais surtout, même le fossé entre les classes sociales. Ce fossé qui prend ici la forme d’un canal aux eaux turquoise mais qui n’en favorise pas moins toutes les formes d’exploitation.

Reliquat du Far West: la fin de l’impunité?

Il subsiste plusieurs reliquats du Far West dans la législation américaine. Celui dont je veux vous parler ici me force à me hisser sur la deuxième marche de la pyramide, là où se situe le besoin de sécurité.

Ce reliquat, qui demeure dans le droit floridien, c’est la loi du Stand your ground (« Défendre son territoire »). Elle permet aux citoyens de recourir à une force létale s’ils ont de bonnes raisons de croire que cela est nécessaire pour prévenir une mort imminente, un préjudice physique important ou l’exécution d’un crime.

C’est cette loi qui a débouché sur la mort de Trayvon Martin, un adolescent noir, en 2012, abattu à bout portant en Floride par le surveillant blanc (bénévole civil) du quartier où il résidait. Celui-ci a été déclaré non coupable.

Lueur d’espoir venue du même État: le 9 octobre dernier, un homme blanc a été condamné à 20 ans de prison pour le meurtre d’un homme noir avec qui il s’était pris aux cheveux au sujet d’une place de stationnement. L’accusé a plaidé le « stand your ground », mais le tribunal, dans sa sagesse, a plutôt conclu à un crime raciste.

Mais comment la victime est-elle morte?

Je n’en reviens pas que vous me posiez cette question, vous qui me lisez religieusement pour la troisième année consécutive.

La victime est morte des suites d’une blessure causée par une balle tirée du Glock de calibre .40 que le meurtrier transportait (légalement) dans sa poche.

Ben quin.

Mais ne vous faites pas pogner ici avec dans votre poche un seul millilitre de CBD produit à partir de cannabis. Parce que ça, c’est grave.

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Le mot de la pas fine

Catherine, tu peux aller te rhabiller. (La pognez-vous?) Regarde qui s’est pointé aux audiences liées à la procédure de destitution contre Donald Trump. Attagirl, Pissi Myles.

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La terre est plate

J’ai parcouru le week-end dernier les 2700 kilomètres qui séparent la Trumpélie du Sud des Laurentides. C’est du millage, comme on dit. Or, dans tout ce périple, je n’ai ni vu ni senti de courbure. J’en déduis que la terre est plate.

Mike Hugues, dont j’ai parlé l’an dernier sur cette tribune, avait raison après tout.

Bien sûr, il y a le problème des photos prises de l’espace. Je postule qu’il s’agit d’habiles montages Photoshop.

Si je suis capable grâce à Photoshop d’enlever trois pouces à mon tour de taille sur chacune des photos qu’on prend de moi, je ne vois pas pourquoi un bon infographiste ne pourrait pas nous faire croire que, vue de la surface lunaire, la terre a la forme d’une boule.

Il y a aussi ce qu’en disent les scientifiques et leurs modèles, mais tout le monde sait qu’ils sont à la solde de sociétés multinationales, voire secrètes ou pire, pharmaceutiques, et qu’on ne peut prêter foi à leurs affirmations.

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Je crois désormais que la terre est plate car c’est ce que mon expérience personnelle, mes perceptions personnelles, mon vécu personnel me suggèrent. Si, moimoimoi, avec mes cinq sens, et mon sixième tant qu’à y être, je n’obtiens en fait d’information subjective que des suggestions à l’effet que la terre est plate, pourquoi m’embarrasserais-je de points de vue différents, de témoignages d’experts, d’expériences menant à des conclusions contraires? J’y crois, donc c’est vrai.

Anyway, le monde, la réalité et la vérité vont s’éteindre en ce qui me concerne en même temps que moi et cette assurance confère à mes croyances une valeur finale et incontestable.

Pendant que je suivais les outardes vers la Caquélie (je l’avais prédit, nanana), l’Alabama et l’Ohio ont adopté des lois qui interdisent à toutes fins utiles l’avortement. Au final, la peine de prison d’un violeur pourrait être sensiblement plus courte que celle d’un médecin coupable d’avoir pratiqué un avortement.

J’ai même eu vent de projets plus ou moins vagues de réimplanter de force dans l’utérus l’embryon prélevé dans une trompe lors d’une grossesse ectopique et d’enquêter sur les cas de fausse couche qui pourraient sembler douteux.

Depuis que je me suis réinstallée sur mes trois arpents de neige, 450 000 téléspectateurs insatisfaits ont signé une pétition pour exiger que les scénaristes de la série Game of Thrones récrivent la huitième et ultime saison. Je n’ai lu nulle part qu’un mouvement aussi vaste se soit mis en branle pour contester les lois anti-avortement.

Remarquez, je comprends ces fans. Moi aussi, j’ai trouvé que Guerre et paix, L’insoutenable légèreté de l’être et Cent ans de solitude finissaient drôle. Mais que voulez-vous, je ne me suis plaint à personne: on m’a appris que j’étais née pour un petit pain.

En même temps que je retrouvais mes chats et mon pain tranché Saint-Méthode, je relisais les billets que j’ai signés ici depuis novembre 2018. J’ai parlé notamment d’un grimpeur solitaire, des nouvelles saintes de la culture pop, des power couples, des riches et de leurs caprices, des vedettes qui se déguisent et de Donald Trump, beaucoup de Donald Trump.

Or je constate que le véritable fil conducteur de cette saison n’est pas Donald Trump mais bien l’ego et toutes ses incarnations.

Dans un monde obsédé par l’ego, la Trumpélie est l’empire de l’ego. Ce n’est pas complètement sa faute, mais depuis qu’elle s’est déclaré une destinée manifeste, elle n’a pas beaucoup travaillé sur son détachement bouddhiste, mettons.

Si la valeur ne se mesure qu’à la renommée, s’il n’y a d’élégance qu’à travers une sacoche hors de prix, s’il n’y a de beauté que dans la pratique assidue et rigoureuse du soin personnel, il ne peut y avoir de Vérité que de vérités individuelles.

Dès lors, que faire d’autre que de devenir une vieille dame indigne qui prend son petit-fils par la main pour marcher avec lui jusqu’au bout de la terre (plate) en lui parlant d’art, de poésie et de nature.

Et aussi d’un peu de politique.

 

Le (vrai) mot de la fin

Mon dernier souper en Trumpélie, je l’ai pris dans un petit resto sympa du sud de l’État de New York. Le napperon de papier portait cette citation de Vaclav Havel, l’auteur et homme d’État tchèque. Il paraît qu’elle est célèbre, mais je ne l’avais jamais vue. Merci, Lost Dog Café. Ces paroles m’ont donné… espoir.

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Soit nous portons l’espoir en nous, soit nous ne le portons pas. L’espoir est une dimension de l’âme et il ne dépend pas par essence d’une observation particulière du monde ou d’une estimation de la situation… Dans ce sens profond et puissant, l’espoir n’est pas la même chose que la joie venue du fait que tout va bien ou que la volonté d’investir dans des entreprises qui sont manifestement destinées à un succès rapide; c’est plutôt une capacité de travailler pour un projet parce que ce projet est bon, et pas seulement parce qu’il a une chance de réussir… L’espoir n’est résolument pas la même chose que l’optimisme. Ce n’est pas la conviction qu’une chose va bien finir, mais la certitude qu’une chose a un sens peu importe son résultat.

 

 

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Deux listes

Après mon billet, André Hamel nous offre un extrait inédit de son prochain roman à paraître chez Leméac.


Premier lundi de mai à New York

Le Met Gala est une soirée qui se tient tous les ans à New York, le premier lundi de mai, afin de recueillir des fonds pour le Metropolitan Museum of Art Costume Institute (Institut du costume d’Art du Metropolitan Museum). Le choix des invités est confié à Anna Wintour, éditrice du magazine de mode Vogue et grande prêtresse de la vacuité dispendieuse. Coût du billet: 35 000 USD.

Et supposons que le rêve de ma vie est d’assister à ce gala et que je sois disposée à encaisser mon REER à cette fin. Est-ce à dire que je sors mes stilettos achetés en vente chez Aldo et que le tour est joué?

Naaaan.

Car Anna Wintour n’inscrit sur sa liste que des noms de vedettes/icones/idoles du showbiz trumpélien. Des A-listers, comme on dit, des staaaars, des power couples.

L’événement est toujours assorti d’un thème, auquel les invités ne sont pas tenus de se conformer, quoique la pression soit forte.

Demandez à mes amis: j’adore les partys à thème. Décorer la maison avec un budget en argent de deux piasses et en temps de deux jours, écumer les friperies pour se trouver un costume, j’adore. Un éclat de rire vaut bien un peu de ridicule, surtout auprès d’une gang qui a été témoin au fil des ans de vos 50 nuances de grise.

Mais disons que je garde ça intime.

Si vous pensiez que les soirées des Oscars, Grammys et autres remises des Nobel de la culture cheapo-pop forment le cadre des plus extrêmes excentricités vestimentaires, ajustez vos iPads sur les sites qui valent vraiment la peine que vous y perdiez votre temps et sachez qu’ils équivalent à des perrons d’église par un dimanche des années 50 comparés au Met Gala.

Toutes les supercélébrités se collent à un créateur de mode pour l’inviter à leur gosser une tenue, que dis-je, un édifice qu’on dirait issu de l’union contre nature du Cirque du soleil et du pont Champlain.

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Notre Céline nationale, nouvellement désinhibée et fortement inspirée par un séjour déshydratant à Las Vegas.

 

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Hailee Seinfeld. Pareil comme moi quand je dis: « Non merci, pas de vin. »

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Si le chapeau te fait…

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Les chaussures de Serena Williams. C’est sûr qu’il y a plein de balles à courailler pendant une soirée pareille.

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Il faut savoir lire entre les lignes des diktats de la mode pour s’habiller comme Cara Delevingne.

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La chanteuse Katy Perry est parée en cas de panne de courant.

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La chaussette mi-jambe fait un retour.

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Lady Gaga avait empilé trois autres costumes sous celui-ci.

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L’acteur Ezra Miller n’avait pas assez d’yeux pour tout regarder.

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J’espère que les boulettes sont véganes.

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On sent que ce dude n’a pas de complexe.

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Le même dude, descendu de son palanquin.

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RuPaul, roi des drag queens, avait choisi une tenue masculine.

Pour voir encore plus de tenues déconcertantes: https://www.nytimes.com/2019/05/04/fashion/what-is-the-met-gala-and-who-gets-to-go.html

Et les voilà qui se pointent sur le tapis rouge (rose), qui prennent la pose, qui font des moues, qui jettent un regard de mépris sur le laquais à qui l’on confie la tâche d’étaler leur ample traîne sur le sol. Finalement, ils détournent le regard de ce monde de petites gens, de cloportes, de culs-terreux pour se diriger vers le saint des saints, le lieu ésotérique où les journalistes ont encore plus de mal à pénétrer que dans la salle de presse de la Maison-Blanche.

Toute cette mascarade se déroule avec un sérieux, une solennité dis-je, que même la cour d’Angleterre n’ose plus assumer.

Il faut quand même posséder une assurance, une confiance made in Hollywood pour se prêter à un jeu pareil en se disant qu’on va éblouir la planète et non pas la faire s’écrouler de rire.

Il faut vraiment s’être construit un château de l’ego.

 

Pendant ce temps, chez Comfort Systems USA, en Trumpélie du Sud…

Par l’entremise d’une artiste de ma connaissance, je suis tombée cette semaine sur la liste ci-dessous. Elle provient d’une responsable de la sécurité au travail qui bosse dans une entreprise de chauffage et climatisation.

58864899_10214002553473283_7954179737411125248_oIl s’agit d’un aide-mémoire sur la conduite à tenir en cas d’irruption dans la shop d’un tireur actif. Le document décrit les caractéristiques d’un tireur actif et les actions à exécuter en présence d’un tel personnage.

Je vous rappelle qu’il s’agit d’une entreprise qui fabrique et installe des climatiseurs. Ce n’est pas le Pentagone ni le siège de l’OTAN.

Ils sont rendus là.

Dans le même club sélect que les écoles, les églises, les mosquées et les synagogues.

 


Cette semaine, je vous offre en primeur un second passage inédit du prochain roman d’André Hamel, qui paraîtra aux éditions Leméac à l’automne. Celui qui se qualifie lui-même de «vieil écrivain de la relève» présente ainsi l’extrait: «Le narrateur est la proie d’un délire minuscule dans lequel il confond les temps, les lieux et les êtres: il est un enfant, il est un vieillard; il est de Biddeford, de Ville-Mars ou du village natal, il est d’hier et d’aujourd’hui. Cette scène de fiction s’inspire très librement d’une réalité décrite par Mark Paul Richard dans Not a Catholic Nation: The Ku Klux Klan Confronts New England in the 1920s, 2015.

 

Saco et Biddeford, 1924

André Hamel

Depuis Saco, de l’autre côté de la rivière, je vois que s’avance en direction de Biddeford une troupe d’hommes sans noms ni visages, tous vêtus d’une tunique blanche. La tête et le visage recouverts d’une capuche pointue, ils arborent sur la poitrine, à hauteur du cœur, un insigne fait d’un cercle rouge contenant une croix blanche légèrement pivotée vers la droite, et qui pourrait ressembler à un «K», une croix qui en son centre contient une goutte rouge, une goutte de sang, le sang pur de la race et de la religion des hommes blancs, anglo-saxons et protestants d’Amérique. Ils marchent, les Klansmen, les suprématistes accourus de tout le Maine et des États voisins, ils marchent pour défendre leur pays contre l’invasion des catholiques sournois et retors, grands faiseurs d’enfants, contre ces papistes dont la présence souille et menace l’âme d’une nation. Ils marchent pour que revive leur Amérique, celle que célébra quelques années plus tôt D.W. Griffith dans The Birth of a Nation. Nouveaux pères de la nation, ils marchent pour redonner à l’Amérique sa grandeur, ils marchent en direction de ceux-là qu’ils se promettent de terroriser et qui en ce bel après-midi de l’été 1924, pour protéger et défendre leurs femmes et leurs enfants, bloquent les deux ponts qui vont entre Saco et Biddeford: les Irlandais sur le Bradbury Bridge, les Canadiens français sur le pont de la Factory Island, qui les uns chantent «Oh Danny boy the pipes the pipes are calling», qui les autres «Un Canadien errant, banni de ses foyers, parcourait en pleurant des pays étrangers». Ce ne sont pas des chants, c’est une clameur qui parvient à la tête du défilé du Klan, une clameur accompagnée du martèlement assourdissant des pelles, des pioches et des gourdins que frappent en cadence, sur le tablier des ponts d’Elm Street et de Main Street, les défenseurs des quartiers irlandais et canadien de Biddeford, descendants amnésiques, maganés et poqués des Molly Maguire de Pennsylvanie, des Métis de la rivière Rouge ou des Patriotes de la Richelieu et de la rivière du Chêne.

Un enfant s’est échappé du rassemblement des femmes, s’est détaché de l’ombre des jupes. Il a rejoint la pleine lumière du pont de l’île des Factories. Il trépigne de crainte et de bonheur d’être chez les hommes, d’être du côté de ceux qui, à l’heure où le train nolisé par ceux-là du Klan quittera Saco, célébreront rudement à la bière et au whisky blanc leur victoire contre le Ku Klux Klan qu’ils auront mis en déroute par leur force tranquille, contre le Ku Klux Klan qui ne fera pas ce soir flamber en territoire catholique les croix des vainqueurs, tandis que les femmes, la crainte toujours au cœur, borderont leurs petits pour qu’ils n’entendent pas les chants guerriers de leurs pères. Il sera question d’unions, de syndicats, de chevaliers du travail. George Trottier, l’enfant de Biddeford devenu grand, épousera Mary McPherson avant de migrer un jour vers Ville-Mars, ou vers mon village, pour y travailler au moulin à papier, et son fils le midi lui apportera, à lui l’homme libre derrière la haute clôture de broche, un bon repas chaud dans la nouvelle boîte à lunch qu’il se sera procurée à la Ferronnerie Tremblay de Ville-Mars, ou à la Quincaillerie Robert de mon village. Son fils, après avoir appris à lire, à écrire et à compter, apprendra le grec et le latin, la science et la philosophie, et les bonnes manières. Puis il découvrira le monde aussi loin qu’Istanbul, Byzance ou Constantinople, Saint-Fafouin-d’en-Bas, mon village ou Ville-Voisine. Il traversera en auto le parc des Laurentides jusqu’à Ville-Mars pour n’y rien voir et franchira les montagnes Blanches pour se rendre à Biddeford et y boire un mauvais café au Cotton Mill Cafe, sur Factory Island. C’est ainsi qu’ils se seraient raconté leur(s) vie(s), l’un à l’autre, l’homme au chapeau et l’enfant à calotte, l’un et l’autre tant de Ville-Mars que du village natal.

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Hamburger et classes sociales

Vous voulez vous faire couper les ongles d’orteil sous le même toit que Donald Trump? C’est possible à Palm Beach, si vous payez les frais d’adhésion de 200 000 $ et la cotisation annuelle de 14 000 $ à Mar-a-Lago.

Rien de trop beau à Palm Beach

Vous mourez d’envie de posséder un piano à queue de neuf pieds recouvert de peau d’alligator? C’est possible d’en acquérir un à Palm Beach si vous casquez les 974 000 $ qu’il en coûte.

Et tout ce qui manque à votre collection d’œuvres d’art est un Willem de Kooning à une couple de trounoirillions? Vous le trouverez dans une galerie de Palm Beach.

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C’était la première fois que j’avais un élan du coeur pour les alligators.

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Willem de Kooning, Sans titre, 1989, huile sur toile, prix sur demande, galerie Mark Borghi, Palm Beach.

Caressée par la brise marine et léchée par l’Atlantique, Palm Beach est fleurie et colorée grâce à son architecture d’inspiration ibéro-vénitio-méditerranéenne. La seule raison de lui nier un charme certain est de s’attarder à la partie de sa population qui affiche avec obscénité les signes les plus convenus et les plus ostentatoires de la richesse: Rolls Royce avec chauffeurs, diamants gros comme des balles de golf, palaces à l’architecture douteuse mais au luxe ahurissant.

Et, bien entendu, restaurants hors de prix. J’en ai essayé quelques-uns, au risque d’hypothéquer le confort de mes vieux jours. (Bonjour les patates en poudre à Barrette.) Dans la plupart des cas, l’on vous sert sans chaleur des plats sans grande personnalité.

Je n’en ai pas encore visité qui n’ait pas de hamburger à son menu.

De fait, je n’ai pas encore vu de menu en Trumpélie où le hamburger n’apparaisse pas.

Si vous êtes au sud du 45parallèle et que vous avez envie d’un hamburger là-là-tu-suite, vous allez en trouver dans les cinq minutes, c’est une certitude absolue, et il vous coûtera entre 1,79$ et 27,99$.

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Selon Huff Post, les Américains mangent près de 50 milliards de hamburgers par an. Cela signifie que chaque habitant en avale trois par semaine.

McDonald dit vendre 75 hamburgers par seconde. De chaque heure. De chaque jour. De chaque semaine.

La consommation annuelle de viande rouge et de volaille aux États-Unis a atteint 222 livres par personne en 2018, selon le Département de l’Agriculture (Consumer Reports).

Les Américains utilisent huit fois plus de terres arables pour nourrir les animaux que pour nourrir les humains (PBS).

J’arrête ici car des statistiques du genre, on pourrait en égrener à l’infini sans se donner de mal de tête à les chercher.

(Et vous vous sentiez mal parce que vous vous êtes concocté un p’tit pâté chinois façon môman en guise de comfort food pour vous consoler de ce sinistre printemps? Pffft. Retournez à votre tofu coutumier et ne péchez plus.)

Si vous pensiez que ces statistiques déboucheraient sur un plaidoyer en faveur du véganisme, vous êtes tombés sur le mauvais blogue.

Ces chiffres me permettent en réalité de postuler que le hamburger est l’un des seuls, sinon le seul, pont qui subsiste entre les classes sociales en Trumpélie.

 

La dernière luncheonnette

À mi-chemin entre l’église presbytérienne que fréquente Donald Trump et l’église catholique où se recueillait John Kennedy et à un jet de pierre de la synagogue de Palm Beach, un auvent rayé vert et blanc jette depuis 80 ans une ombre dansante sur le trottoir.

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C’est celui de Green’s Pharmacy.

Comme son nom l’indique, Green’s Pharmacy est un lieu où l’on vend des médicaments sur ordonnance, du Pepto-Bismol et de la crème solaire. Mais Green’s Pharmacy est aussi, et surtout, une luncheonnette et, à ce titre, l’établissement possède sans conteste une importance historique, patrimoniale et, surtout, sociologique.

 

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S’attabler à la Green’s Pharmacy, c’est un peu voyager dans le temps.

 

Le décor a très peu changé depuis la fondation du commerce en 1938.

Le menu non plus, avec ses spécialités mi-kosher, mi-deep America.

Le hamburger coûte 11,45, ce qui n’est ni une aubaine ni un scandale.

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On y rencontre des gens très âgés qui mangent leur omelette d’une main tremblotante, accompagnés par leur infirmier personnel.

On y croise des cols bleus en pause, quelques beach bums blonds et des madames avec de petits chiens blancs aux yeux noirs et globuleux.

On dit que Kennedy venait y boire son milk-shake sans garde du corps à chacun de ses séjours.

Si on a vraiment une chance inouïe, mais alors là pas de danger que ça m’arrive à moi, on peut y rencontrer Bruce Springsteen.

«Nous traitons tout le monde de la même façon, lance Allen Rutman, gérant de l’établissement depuis plus de 25 ans. Les gens connus savent déjà qu’ils sont connus.»

J’en suis moi-même témoin, tout le monde a effectivement droit au même service bourru et expéditif et aux même soupirs d’exaspération en cas d’indécision. Toutes les boulettes de hamburgers sont tournées sur la plaque avec la même vigueur. Sous sa cloche de plastique, le gâteau aux carottes fond au même rythme pour tout le monde.

Et que vous remontiez sur votre vélo ou dans votre Bentley, vous retournerez chez vous avec, accroché à vos vêtements, le même relent de graillon.

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Le mot de la pas fine

Et que vous remontiez sur votre vélo ou dans votre Bentley, votre taux de mauvais cholestérol est trop élevé s’il dépasse 1,6 g par litre de sang.

 

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