À l’orée des Everglades

evergladesCette semaine, je prenais mon petit déjeuner (inclus) dans un motel cheap situé à l’orée du Parc national des Everglades. (Comment vous dire à quel point il faut aimer la nature pour se rendre jusque-là?) Tout entière habitée par la perspective de patauger dans le plus grand marécage du monde, entourée de pythons et d’alligators, je mangeais tranquillement mes toasts dans une assiette en styromousse, après les avoir enduites de beurre de pinotte au moyen d’un couteau en plastique, et je tétais mon café dans un gobelet en carton. À côté de moi, deux madames (je ne sais pas pourquoi je les appelle comme ça, elles devaient avoir à peu près mon âge – peut-être parce qu’elles ne portaient pas de bottines de randonnée top-techno), les deux yeux fermés ben dur, mains jointes, têtes baissées, marmonnaient un bénédicité interminable avant de s’attaquer à l’omelette qui arrive en camion-citerne dans ce genre d’établissement. Derrière moi, une famille de mennonites se préparaient des gaufres de provenance semblable. Comment ai-je pu déterminer l’appartenance de ces bonnes gens à un groupe religieux en particulier? Comme ceci :

Mennonites

 

Profitant du wifi (inclus), j’aperçois dans l’édition électronique du Washington Post qu’un représentant républicain du Missouri a déposé devant l’assemblée de son État un projet de loi qui interdirait aux bibliothèques de conserver des ouvrages présentant un contenu sexuel inadapté à l’âge des enfants. Des comités de parents seraient chargés d’évaluer les livres et de dresser la liste des ouvrages acceptables. Les bibliothèques publiques qui désobéiraient aux recommandations des comités pourraient perdre leur financement. De plus, les bibliothécaires qui refuseraient de se conformer à la loi s’exposeraient à des amendes importantes et même à une peine d’emprisonnement allant jusqu’à 12 mois.

Le législateur en question s’appelle Ben Baker. En plus de ses fonctions de représentant, il est ministre du culte, missionnaire et ex-doyen des études à l’Ozark Bible Institute and College.

***

Avez-vous lu le marquis de Sade? Moi oui, puisque j’ai fait des études dites « littéraires ».

Ça, madame-monsieur, c’est ce qu’on peut appeler sans crainte de se tromper du contenu sexuel.

Du lourd.

(De même que les écrits érotiques d’Apollinaire. Oui, oui, l’auteur de tous ces beaux poêêêêêêêmes sur la ville de Paris et ses ponts.)

Le marquis de Sade a passé la majeure partie de sa vie en prison ou dans un asile de fous. Quelque part au milieu du XXe siècle, il a été en quelque sorte réhabilité dans la mesure où on a commencé à le considérer comme un des précurseurs de la Révolution française, voire comme un protagoniste du siècle des Lumières. (Je résume à l’extrême.)

Les œuvres du marquis de Sade ont passé elles aussi la majeure partie de leur existence en prison, c’est-à-dire à l’index.

Est-ce que le sadisme a disparu au cours de ces siècles?

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Virant et viraillant, en conflit ouvert et physique avec mon oreiller motonneux (je vous ramène à la fin de la journée, dans mon motel cheap à l’orée des Everglades), je me suis demandé ce qui arriverait si on bannissait tous les romans Harlequin, toutes les comédies romantiques Netflix et tous les films Hallmark de la semaine. Est-ce que la position du missionnaire, sans bébelle ni pelule, entre partenaires adultes, mariés et hétérosexuels disparaîtrait?

9782280307413

 

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Quand j’étais à l’école secondaire, aimer les livres et y plonger dès qu’on avait cinq minutes devant soi ne constituait vraiment pas la voie royale vers la popularité. Personnellement, j’ai été sauvée du rejet par mon penchant pour les pitreries et la contestation de l’autorité. J’en viens parfois à me demander si les nerds d’hier ne deviendront pas les cool, voire les héros de demain.

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Saviez-vous que la Bible a longtemps été à l’index au Québec? Dans sa sagesse, en effet l’Église estimait que le catholique moyen ne possédait pas l’équipement intellectuel et moral pour dealer avec le texte fondateur de sa religion.

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Si vous avez lu l’édition du 13 janvier du Devoir, vous avez déjà compris que je fais écho à la chronique de Jean-François Nadeau (avec qui je ne suis pas toujours d’accord, tant s’en faut): https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/570672/censure-en-enfer

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Le livre est toujours en danger. Et vraiment pas juste à cause du sexe. Le sexe, dans les livres, c’est la pointe (du sein) qui coiffe l’iceberg. De tout temps, on a brûlé des livres : au Moyen Âge, sous l’Inquisition, sous le régime nazi, sous McCarthy aux USA dans les années 1950. Pour des questions politiques, religieuses, économiques. Pour assurer le pouvoir. Pour maintenir l’oppression. Pour perpétuer l’ignorance. Pour punir. On devrait pourtant avoir appris, depuis le temps, que les idées, bonnes ou mauvaises, résistent au feu, et qu’il ne suffit pas de cacher les livres ou de les brûler comme un canapé infesté pour se débarrasser des punaises.

D’où l’importance de lire ou de relire Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, pendant qu’on le peut encore: https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/plus-on-est-de-fous-plus-on-lit/segments/prestation/56502/farenheit-451-livre-feu-hbo-montag-ray-bradbury

 

Le mot de la pas fine

Il paraît que mon énigme de la semaine dernière était difficile. En réalité, elle ne l’est pas tellement et je postule que vous vous êtes laissés décourager par la forme rebutante de ce genre de question : « Ah non, merde, pas capable, c’est le genre de problème qu’on nous balançait pour soi-disant mesurer notre intelligence et évaluer nos chances de réussir dans la vie, et je n’ai jamais ramassé que des résultats dans les deux chiffres, pfffft, moi! pis c’est drette pour cette raison que vous me pognez en train de lire un blogue semblable. »

La réponse est: d) n’importe lequel des nombres 3, 5, 19, 50 ou 99.

Toutes les dispositions dans lesquelles les nombres augmentent jusqu’à 99 puis diminuent vont satisfaire à toutes les conditions. Ainsi :

  • 2, 50, 99, 19, 5, 3
  • 2, 3, 50, 99, 19, 5
  • 2, 3, 5, 99, 50, 19
  • 2, 3, 5, 19, 99, 50
  • 2, 3, 5, 19, 50, 99

Tous les nombres donnés, sauf 2, peuvent donc être placés à l’extrême droite.

Le site duquel j’ai tiré cette énigme indique que seulement 27% des gens obtiennent la bonne réponse. Vingt-sept pour cent des sujets assez geeks pour s’amuser à des problèmes du genre compte tenu de toutes les autre raisons qu’on a de se casser la tête dans la vie…

Ce n’est pas grand monde, et c’est inquiétant. Car si on accepte de bonne grâce d’aller nulle part à marcher sur un tapis roulant pour garder la forme, ou d’imposer à notre corps des postures de yoga contre nature pour rester souples, je me dis qu’on devrait peut-être prendre soin de nos facultés mentales.

Par les temps qui courent, hein?

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Un commentaire pour À l’orée des Everglades

  1. Johanne dit :

    Avec la bière et les chips, ton billet fait partir des plaisirs du vendredi (je suis sûre que tu préfères concubiner avec la bière et les chips plutôt qu’avec la crème Budwig au retour d’une marche santé). Cela dit, même si je fais partir de ceux qui n’ont même pas lu ton énigme jusqu’à la fin, je lirai volontiers Fahrenheit 451, dont j’ai entendu parlé sans jamais aller plus loin. Cheers!

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