Six résolutions pour l’avenir

Chroniques de la Trumpélie du Sud en Legaultélie

 

En temps normal, autrefois, naguère, je serais rentrée aujourd’hui de la Trumpélie du Sud. Au cours des huit dernières semaines, j’aurais pris prétexte des grands événements ou des anecdotes de la vie quotidienne pour jeter un regard tantôt tendre, tantôt critique et parfois même incrédule sur la culture américaine.

Mais voilà, le coronavirus en a décidé autrement, et j’ai pris sagement et précocement la route du Nord. Depuis, et malgré mes efforts, je n’ai trouvé rien d’autre que vous-savez-quoi comme sujet pour mes chroniques. De même, je n’ai trouvé rien de mieux que l’humour comme approche, tous mes ex-psys vous diront que c’est mon moyen de défense préféré.

Il n’en reste pas moins que mon beat, comme disent les journalistes, c’est la Trumpélie, pas la Legaultélie. Cette dernière est assez bien nantie merci en chroniqueurs, blogueurs, donneurs d’opinions, influenceurs et autres grandes gueules. Et puis, misère, il se dit tant de choses sur cette bibitte qui vient de squatter l’humanité que je ne vois pas bien ce que je pourrais ajouter aux trounoirillions de lignes écrites sur le sujet.

C’est pourquoi, fidèle à l’habitude que j’ai prise ces dernières semaines, je vous laisse en guide d’au revoir ma dernière liste de la saison 2019-2020.

L’expérience du confinement m’a  permis de prendre des résolutions fermes pour l’avenir, quel qu’il soit, l’important étant qu’on en ait un. Voici donc trois choses que je veux être et trois choses que je ne veux pas être.

***

Mon chien Roméo aimait l’océan à la folie. Il se précipitait dans les vagues trois fois hautes comme lui, avalait avec délectation de grandes lampées d’eau salée qu’il s’empressait de dégobiller sitôt remonté en voiture et pourchassait les goélands avec la ténacité d’une blogueuse à la recherche d’un public. De retour au Québec, il s’est mis à arpenter ventre à terre le lac gelé, puis à patauger dans la bouette laissée par la lente fonte des neiges. Il n’attache aucune connotation affective au fait qu’il neige encore le 8 mai.  Il juge qu’un museau égratigné vaut bien le plaisir de harceler un chat. Il a de l’amour, de l’exercice et des croquettes. Il est heureux.

Je veux être comme Roméo.

Version 2

Roméo.

L’auteur autrichien Stefan Zweig a beaucoup écrit, a beaucoup voyagé et a eu beaucoup d’amis. Mais il est né au mauvais moment, puisqu’il a connu deux guerres. Dans l’intervalle, lui qui est juif, il s’enfuit à Londres pour échapper au régime nazi. Il se voit vieillir et cela ne lui dit rien qui vaille. Il observe l’humanité et il se décourage. En 1942, il perd espoir et avale toute sa bouteille de somnifères.

Je ne veux pas être comme Stefan Zweig.

 

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Stefan Zweig.


 

«Quand je n’ai pas de bleu, je mets du rouge.» Picasso a-t-il lui aussi peint en confinement et attendu trop longtemps une commande par internet? Sa phrase est sans doute devenue célèbre parce que sa désarmante simplicité cogne aussi fort au propre qu’au figuré.

Je veux être comme Picasso.

Picasso

Pablo Picasso.

 

Comme un peu tout le monde, je suis excédée. J’ai des fourmis dans les jambes, les contradictions du gouvernement me hérissent et je n’ai toujours pas compris comment on peut changer la couche d’un trottineur très vigoureux à deux mètres de distance. Néanmoins…

Je ne veux pas être comme ce manifestant.

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Depuis le début du confinement, j’ai passé des heures et des heures à élaguer dans mes rangements: vêtements, souvenirs, livres, dossiers. J’ai jeté, donné, recyclé, brûlé. Mais pas encore assez. Leonard Cohen a écrit pas moins de 80 couplets pour sa chanson «Hallelujah». Il en a conservé quatre.

Je veux être comme Leonard Cohen.

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Leonard Cohen.

 

La délation au lieu de la compassion, la docilité au lieu de la lucidité, la hargne au lieu de la réflexion.

Je ne veux pas être comme cette vieille dame, à la marque des 2:30 de la vidéo présentée ici.

Police


 

Luc Bédard a lui aussi beaucoup surveillé l’humanité pendant le confinement, surtout celle qui est payée pour nous surveiller. Il en a tiré cinq portraits. Je veux être le dernier…

Bonjour, belle dame du Sud du Nord,

Vous ai-je avoué que vos récentes chroniques sous forme de listes m’ont impressionné à un point que je fus tenté d’en faire autant mais me suis aussitôt senti comme la grenouille voulant devenir, etc., etc., en tout cas y’a un bœuf dans cette fable et ça finit mal?

Qu’à cela ne tienne, je me suis laissé inspirer un peu quand même. Ma formation en étant cependant une de (mauvais) psychologue et non d’écriveux, je me contenterai de quelques portraits de personnages qui ont en commun d’avoir été investis par la pandémie, à leur corps généralement défendant, d’une sorte de pouvoir. Ils ou elles travaillent dans des épiceries, hôpitaux, pharmacies, ou des services vraiment essentiels comme la SAQ, et ont pour fonction de faire respecter la distanciation sociale et tout ce qui s’ensuit.

Ne me prenant pas pour une bouteille de seven-up dégazéifiée, je me permettrai de coiffer cette galerie de personnages du titre «Les caractériels», m’inspirant bien sûr du dude La Bruyère, qui avait évidemment nettement moins de talent que moi, le nono.

Les caractériels, par Luc de la Bédardière

 

Le sous-fifre frustré

Aussi connu sous divers synonymes, comme «aspirant SS né trop tard», «boss des bécosses» ou «bec-sec», ce personnage a toujours rêvé d’être polisse (sic), gardien de prison ou, faute de mieux, «gérant-associé» d’un walmart, mais s’est toujours vu ravaler au ras des pâquerettes en attendant de se trouver dessous. Promu détenteur d’une autorité inespérée, on le voit, armé d’une baguette dont il voudrait bien qu’elle se transforme en cravache ou en taser, diriger une file d’attente avec de grands moulinets et des AVANCEZ! RECULEZ! N’APPROCHEZ PAS! d’une virilité qui transcende les genres, lesquels n’ont qu’à bien se tenir. Terrifiant.

L’obsessionnel

Ce tempérament caractérise les ceusses qui avaient déjà de la misère, dans la vie, avec l’ambiguïté, l’incertitude ou toute autre forme d’affaire pas claire ou peu s’en faut. Armé d’un galon à mesurer précis au nanomètre près et d’une horloge atomique, il s’assure du respect maniaque du deux mètres et des vingt secondes tels que proprement distanciés, et voit par la même occasion à ce que les flèches sur le sol soient suivies dans l’exact sens qu’elles indiquent, même si elles vous mènent directement à la porte ouvrant sur le précipice dont tout  le monde sait qu’il a été creusé en laboratoire par les Chinois. Qu’importe qu’on n’aille nulle part, on va y aller précisément. 

L’IMPAVID-19

Ce personnage pourrait, à première vue, passer pour un être humain ordinaire. Tant qu’il ne parle pas. Car c’est au son de sa voix qu’il trahit immanquablement son inénarrable absence de tout atome de ce qui pourrait ressembler à une quelconque sensibilité. En fait, il avait tout d’abord été conçu pour être absolument muet, mais les règles de distanciation sociale ont obligé ses concepteurs à le doter d’une voix synthétique qui répète inlassablement et sans intonation aucune la même phrase. On l’entendra ainsi ânonner PAS D’ACCOMPAGNATEUR – PAS D’ACCOMPAGNATEUR – PAS D’ACCOMPAGNATEUR à l’entrée d’un hôpital, d’une résidence pour personnes âgées ou, suite logique, d’un salon funéraire près de chez vous.

L’insécure

Ce personnage n’avait jamais, au grand jamais, cherché à acquérir quelque pouvoir que ce soit , où que ce soit et sous quelque forme que ce soit. On le distingue par son regard perpétuellement hagard, sa recherche compulsive d’une porte de sortie ou même simplement d’une craque dans le mur où disparaître une fois pour toute dans l’interstice séparant deux atomes. C’est d’une voix terrifiée qu’il vous prie, vous supplie en fait, de vous laver les mains et de prendre un panier qu’il vient de désinfecter en s’en excusant bien bas. Vivement le retour d’une sorte de normalité qui le dispenserait enfin de paraître exister.

La normale ben correcte

En fait, cette catégorie regroupe l’immense majorité des gens appelés à diriger tant bien que mal la circulation des distanciés en ces temps pandémiques. Attentionnée, humaine, ferme sans être rigide, souriante sans avoir l’air de rire de vous, vous invitant d’une voix gentille et avec égards à procéder aux obligatoires ablutions d’à peu près vingt secondes sans exagérer dans un sens ou dans l’autre, cette personne est, en somme, normale. Elle ne fait pas d’histoire et conséquemment, n’en inspire pas non plus. Les gens normaux, heureux, gentils mais pas trop n’ayant en effet jamais intéressé personne, elle ne nous intéressera donc pas non plus. C’est plate de même et merci, belle dame du Sud du Nord, de m’avoir laissé sévir comme un misérable microbe dans votre admirable blogue.

Luc Bédard

 

 

 

 

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Dix petites annonces

Chroniques de la Trumpélie du Sud en Legaultélie

Dix petites annonces inspirées par le point de presse du 29 avril 2020 de la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault


 

Concitoyens du village des irréductibles Gaulois! C’est moi Assurancetourix, votre druide! Voilà plus de 50 ans que vous repoussez les légions romaines grâce à la force surhumaine que vous confère ma potion magique. À présent, il est temps de vous reposer. Découvrez la version 2.0 du précieux breuvage. Il vous suffit de le faire boire aux Romains du camp retranché de Babaorum sous prétexte d’étancher leur soif de divertissement. Ils deviendront aussitôt dociles et obéissants et vous n’aurez même plus à lever le poing pour les assommer, car ils s’écraseront d’eux-mêmes.

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Femme cherche homme aimant les voyages et les soupers au restaurant. Il doit être à l’écoute, compréhensif, bon cuisinier, en excellente santé physique et mentale, de belle apparence, cultivé, avec diplôme universitaire, non-fumeur, propre sur sa personne, libre, sans enfant, à l’aise financièrement, docile et obéissant. Doit posséder une voiture.


 

Mon élevage situé à Mascouche produit depuis 10 ans des lignées de champions. Venez dès aujourd’hui choisir un chiot. Les bergers québécois sont reconnus pour être des chiens de famille exceptionnels, car ils sont dociles et obéissants. Prix spécial pandémie.

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Chéri, tu cherches à mettre un peu de wow dans ta pandémie? Je saurai te satisfaire. Docile et obéissante, je réaliserai tes fantasmes les plus fous et je me soumettrai à tous tes désirs, même les plus secrets. Je t’attends. Propreté et discrétion garanties. Masque facultatif.

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Salam habibi! Planifie dès maintenant ton prochain voyage chez les Bédouins! Évite les files d’attente et réserve ta randonnée au moyen du formulaire ci-dessous. Mes chameaux dociles et obéissants te feront traverser le désert de la Pandémie en tout confort, inch’allah.

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Avec ses cinquante ans d’expérience dans l’enseignement du piano et son diktorat en musique obtenu au Conservatoire de l’armée russe à Novossibirsk, Madame Kourbaplatiska se fait fort de préparer ses élèves aux concours internationaux les plus prestigieux. Dociles et obéissants, les candidats doivent se soumettre à une discipline de (rideau de) fer. Ils devront par exemple renoncer à toute vie sociale, au magasinage, aux sports d’équipe et aux déplacements hors de leurs soyouz (communautés) respectifs. En revanche, ils pourront aspirer à voir leur portrait accroché dans les corridors du Kremlin.


 

Conforme aux préceptes véganes les plus stricts, la start-up Ascète&Cénobite vous offre son nouveau shampooing 100% naturel, Confinemasté. Offrez-vous des cheveux dociles et obéissants, sans déchets, parabènes, parfum, couleur, mousse, fun ni sensualité. C’est la nouvelle tendance!


 

Le laboratoire GenX2000 cherche des personnes disposées à participer à une étude clinique. Les sujets doivent être âgés de 60 ans et plus, en bonne santé et capables de se déplacer. Cette étude randomisée à double aveugle a pour but de prouver que l’association de deux nouvelles molécules, l’enweyaméson et le tayeulvieuxcon, pourrait produire des résultats extrêmement satisfaisants auprès des aînés qui gardent de manière inexplicable le goût de l’activité physique, de la culture, voire même du sexe. En effet, le tayeulvieuxcon potentialise par un facteur de 100 l’action lénifiante et abrutissante de l’enwéyaméson. Lors des essais préliminaires, les sujets traités ont démontré une nette propension à la docilité et à l’obéissance, tandis que les sujets du groupe placebo avaient encore le goût de penser par eux-mêmes.

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Dix chevaux à vendre (rapidement). Raisons de la vente: je voulais juste faire des p’tits tours petoum-petoum avec des picouilles dociles et obéissantes, mais mon père m’a donné les chevaux du soleil, pis là c’est le bordel. J’ai pus le contrôle, pis Zeus est en ciboire. Toute offre raisonnable sera acceptée. Écrivez-moi à: phaeton@olympe.gr

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Pierre-Paul Rubens, La Chute de Phaéton, 1604-1605.


 

Tu as besoin d’arrondir tes fins de mois?  Tu aimes les voyages exotiques? Tu es capable d’avaler de grosses capsules? Tu es docile et obéissant? Alors tu es notre homme et on est là pour toi!

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Dix remarques à propos du confinement

Chroniques de la Trumpélie du Sud en Legaultélie

 

1. L’adulation des foules est éphémère.

Il y a trois semaines, Horacio Arruda faisait figure de héros national. On imprimait des tee-shirts à son effigie, on lui composait des chansons, on créait des gifs affectueux à partir de ses pantomimes. Cette semaine, son étoile a pâli. C’est trop long, c’est trop vite, il va nous rendre fous, il va nous tuer. Sic transit gloria mundi.

2.  Néanmoins, certains jouissent d’une popularité durable.

Prenez Ricardo. Je veux être Ricardo. Il est beau. Il est riche (quoique moins ces temps-ci). Il compte des milliers et des milliers de fans admiratifs. Tous les jours, bénévolement semble-t-il, il nous propose un plat réconfortant, avec sa caméra à l’envers, ses petites gaffes cute et sa joie de vivre inébranlable. Ricardo nous ferait avaler n’importe quoi. C’est lui qui nous a fait bouffer des trucs pas mangeables comme la sriracha et le sambal oelek. C’est lui qui est à l’origine de la pénurie de farine et de levure dans les épiceries. Il nous dirait de manger de la chnoutte que nous obéirions. («Cher Ricardo. Bravo pour ta recette de pâté à la chnoutte («le meilleur»). Cependant, j’ai remplacé la bave de rat par de la sauce soya, la farine de grillon par de la chapelure et comme je n’avais pas de granules de cyanure j’ai mis des graines de moutarde. Mon chum a adoré, lui qui d’habitude déteste manger de la chnoutte. Est-il possible de congeler cette recette?»)

À propos d’obéissance et de déglutition, Donald Trump a poursuivi hier sa quête d’un prix Nobel (de médecine, cette fois-ci), en avançant l’hypothèse selon laquelle on pourrait se débarrasser du coronavirus en s’injectant ou en avalant un désinfectant.  Je ne serais pas étonnée que les casquettes rouges du Mid West suivent leur idole et se mettent à trinquer au peroxyde ou au Lysol. Les mêmes qui rejettent des restrictions destinées à leur sauver la vie en criant qu’ils préfèrent la liberté à la peur et que le confinement s’assimile à l’esclavage. (Ils savent de quoi ils parlent puisqu’ils ne l’ont aboli qu’en1976 dans le cas du Kentucky.)

Cheers les boys.

3. J’ai eu une hallucination fugitive mais ô combien délectable.

Mon docteur, oui, oui, celui qui veut me couper la viande, le vin blanc, les talons hauts et tant qu’à y être toute nourriture trois jours par semaineme conseillait fortement de fumer quelques cigarettes par jour afin de me protéger contre la covid-19. Moi qui m’étais promis de recommencer vers 85 ans, je peux à présent espérer devancer cette date

4. Puisqu’il est question de vieillesse, voici une pensée encourageante.

La crise actuelle dans les chasseldés, comme dirait le docteur Arruda, sera certainement suivie de réformes en profondeur. Les chasseldés nouveaux n’ouvriront vraisemblablement pas leurs portes avant plusieurs années, mais ce sera juste à temps pour nous accueillir. On va-tu être assez ben.

CHSLD de rêve

5. Partout au Québec et dans le monde, qu’ils soient balayeurs ou pédégés, les gens perdent leur emploi.

Force est de constater, cependant, que des liens étroits avec le Parti libéral du Québec garantissent une longue carrière de haut fonctionnaire, quel que soit le parti au pouvoir. 

6. À propos de politique, le fameux dicton américain m’est revenu à l’esprit.

Be careful what you ask for, you might get it. («Faites attention à ce que vous demandez car vous pourriez l’obtenir») François Legault et la CAQ la voulaient, la job? Ben, ils l’ont.

7. Je me prends de plus en plus pour une astronaute.

J’en suis venue à voir ma maison comme la station spatiale. J’y vis dans une relative autosuffisance. Cependant, les intrants doivent être soigneusement sélectionnés, livrés et rangés. Les sorties dans l’espace hostile (dewors) se planifient rigoureusement et longtemps à l’avance, et elles nécessitent le port d’un équipement spécial. Je fais des expériences scientifiques, sur la germination des graines de piment vert, comme chacun sait. («Houston, I have a problem.») Et à l’instar de David Saint-Jacques et de Chris Hatfield avant lui, j’essaie de communiquer avec le monde extérieur grâce aux médias sociaux. (Je n’ai pas tellement plus de talent en musique que ce dernier.)  Comme eux, je ne suis ni vraiment heureuse ni vraiment malheureuse, je suis occupée et j’observe l’univers de ma fenêtre.

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8. Je ne regarde plus la tivi en streaming, ni de tivi tout court du reste.

Les séries sont ou bedon débiles ou bedon terriblement compliquées. Amateurs de Babylon Berlin, de La Casa de papel, de Dark, où allez-vous donc chercher votre durée d’attention?

9. Posez-vous honnêtement la question. De qui vous ennuyez-vous vraiment?

Je veux dire, vraiment vraiment?

10. S’entêter à partager sa station spatiale avec un chien et deux gros chats hirsutes et casaniers quand on souffre d’allergies, c’est accepter de connaître de fréquentes séries d’éternuements.

Éternuer bruyamment cinq fois de suite pendant qu’on fait la file à la porte de la pharmacie, même derrière un masque et un coude replié, même en région, c’est s’assurer d’un bon deux mètres de distance entre soi et les autres. 

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Dix choses à éviter pour réussir votre confinement

  1. Conclure que vous êtes le seul être au monde à connaître une baisse de libido en confinement.

Ying Ying et Le Le, les pandas du zoo de Hong Kong, vivent ensemble dans un enclos depuis 10 ans. Ils se sont envoyés en l’air pour la première fois la semaine dernière. Faut-il y voir un signe d’espoir ou au contraire un motif de découragement pour l’humanité confinée?

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2. Surestimer les distances.

Deux mètres, ce n’est pas ça.

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La dernière fois que j’ai attendu à la porte d’un commerce (essentiel), la file s’allongeait jusqu’au milieu de la rue et les gens couraient plus de risque de se faire happer par une voiture que d’attraper le virus.

 

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3. Compter sur La Presse+ pour connaître votre avenir.

Jusqu’à mardi, nous n’avions pas les scénarios du gouvernement. Nous les avons  à présent, mais voilà que nous devrons nous passer de notre horoscope quotidien à compter de demain. Il faut croire qu’on ne peut pas tout savoir.

4. Croire que le sang de Jésus vous protège de la covid-19.

Je répète une de mes publications Facebook de cette semaine, mais c’est juste une trop énorme transgression du cinquième commandement: «Tu ne tueras point.» Voyez cette vidéo.

 

Jésus peut peut-être faire bien des choses pour vous, mais il n’a certainement pas chopé le coronavirus et, par conséquent, son sang ne contient pas d’anticorps.

5. Dans le même ordre d’idées, si vous êtes comme ces Trumpéliens, penser que saint Pierre vous lancera, à votre arrivée: «Fake news.»

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6. Crier devant votre tivi, à 13 heures chaque jour, que si vous participiez aux points de presse quotidien de nos trois mousquetaires nationaux, vous poseriez des questions moins longues/plus intelligentes/moins répétitives/moins insultantes/plus claires/name it. Autrement dit, oublier que ce sont ces «fatiquants» de journalistes qui vous permettent de garder le contact avec le monde extérieur.

7. Péter une coche dans un lieu public. Rappelez-vous qu’il y a désormais des caméras un peu partout. C’est ce qu’aurait dû fait le dude qui a écrapouti un gardien de sécurité dans le stationnement d’un Walmart. C’est ce qu’aurait dû faire également le dit gardien de sécurité, car lui aussi avait semble-t-il des ratés dans son système de gestion de la colère.

8. Vous reprocher de faire les pires dad jokes du Québec.

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9. Sous-estimer la longueur de votre repousse. Si vous avez fait faire votre teinture juste avant le confinement, soit le 12 mars, votre repousse mesure aujourd’hui un demi-pouce au moins.

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10. Vous énerver, vous impatienter, déprimer, sacrer, vitupérer, vociférer, vous décourager, vous rebeller, brailler, chialer, perdre patience, perdre courage, perdre le Nord. J’ai tout essayé, par souci d’exactitude journalistique. Ça ne sert à rien. Il ne reste que la boisson.

 

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La tentation

Chroniques de la Trumpélie du Sud en Legaultélie

 

Son charme est incontestable. Son aura a des reflets d’ambre ou de pourpre. Si proche et si loin… Vous n’auriez qu’à ouvrir la porte…

Mais vous n’êtes pas ce type de personne. Vous réservez d’habitude ce genre d’aventure à vos vacances à Playa Tequila ou au lendemain de Noël. Vous ne voulez pas tricher. Tant de choses, déjà, foutent le camp dans votre vie: vous portez les chaussettes dépareillées qui croupissaient au fond de votre tiroir; vous ne vous êtes pas brossé les dents de la journée et vous ne vous en portez pas plus mal; c’est la troisième fois cette semaine que vous regardez La mélodie du bonheur; vous vous rendez compte qu’il n’y a pas tant de gens qui vous manquent vraiment, en fin de compte.

Et si j’en prenais l’habitude, vous interrogez-vous. Dites-vous qu’il y a des gens, en ce moment même sur la planète, qui fabriquent des figurines en poils de chat, qui classent leur mousse de nombril par couleur ou qui font des puzzles tout blancs de 4000 pièces.

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Cela pourrait vous mener à la détente, à l’indolence, voire au sommeil. Rassurez-vous, c’est une réaction normale après le plaisir. Une réaction normale qui ne s’opposera pas à votre devoir civique si vous placez votre rendez-vous à 13h45, lorsque Legault, Arruda et McCann commencent à répondre aux questions en anglais.

Le fruit défendu vous travaille le corps. Vous n’auriez qu’un geste à faire. Laisser sa chaleur vous envahir, s’insinuer en vous, se répandre dans toutes vos veines. Pourquoi attendre encore quelques heures? Qui sait où nous en serons à l’heure du souper? Que nous reste-t-il sinon l’instant présent?

Un conseil de prudence s’impose cependant: prenez soin de fermer vos rideaux. L’heure est à la délation. La foule a le jugement facile. L’obéissance a la cote. Un snowbird enfermé dans sa roulotte qui doit purger sa peine de deux semaines pour avoir passé trois mois au soleil pendant que le reste du Québec s’enfargeait dans les congères pourrait lui-même se retrouver en manque, vous surprendre en flagrant délit et vous dénoncer. Car il n’y a qu’un pas entre le plaisir des sens et les rassemblements honteux. Un peu plus et vous pourriez en venir à taponner sans vergogne des cannes de tomates en dés chez Métro.

«Je résiste à tout sauf à la tentation», disait Oscar Wilde. Vous savez bien que tôt ou tard, vous allez flancher. Car outre le snowbird dont j’ai parlé plus haut, celui-là même qui perd son bronzage dans un camping de Lévis, qui pourrait être témoin de votre dépravation? Vous n’avez qu’à vous assurer que vous avez bien mis fin à votre dernier appel FaceTime. Et si par malheur cet appel mal interrompu vous exposait à votre boss que le télétravail empêche de bosser en paix, demandez-vous un peu ce qu’il portait, lui, sous le bureau? Mmmm? Du linge mou? Un tutu? Rien pantoute? Pire?

Après, enhardi par cette première transgression, vous pourriez devenir sentimental, créatif, voire un peu poète. On sait bien, du reste, que les poètes ont de tout temps abusé ignoblement de la chose. Bien sûr, vous ne prendrez aucun risque et vous demeurerez le bon petit soldat que vous êtes depuis le début.

Mais, qui sait, votre esprit pourrait s’envoler au-delà de cet hiver qui n’en finit plus et prendre son essor au-dessus des tas de neige noire qui seront encore là quand le pic sera passé. Il pourrait suivre les outardes parce que c’est une des dernières choses qui ont encore l’air de marcher dans la nature. Vous pourriez demander plus, demander moins, demander mieux. Vous pourriez même rêver d’une vie où l’on n’aurait plus besoin des magasins à une piasse pour donner un rush au pauvre monde.

Alors, allez-y donc, prenez-le donc votre verre de vin le midi.

 

Le mot de la pas fine

Le mot de la pas fine, cette semaine, c’est un mot de poète, le poète Guillaume Apollinaire:

«Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente»

 

 


Bonjour, belle dame du Sud du Nord,

La journée de mardi avait pourtant bien commencé. Je m’étais promis de ne pas boire avant 17h00. Bon, peut-être 16h30, ou 16h00. En tout cas, 15h00, c’était ma dernière offre.

Tout ragaillardi par cette audacieuse résolution, j’enfile mes souliers de marche préférés… et te me voilà-t-il pas que cette journée à peine commencée me niaise déjà: une fissure dans le cuir dudit soulier. Dans un réflexe antécovidien, je me dis bah, facile à réparer sans doute, suffit de me rendre au village où ma cordonnière préférée te me recoudra ça rien que sur une. Mais la réalité de me gifler aussitôt: de cordonnière, y en a pas. Elle est sur «pause», comme le printemps, les bistrots et le bonheur.

Enfilant une paire de chaussures de rechange – j’en ai stocké 600 en prévision de -, j’entreprends ma balade du matin pendant qu’en moi s’agitent de sombres pensées. Je coule un regard vaguement dégoûté sur le paysage de mon coin de la Dystopie du nord et constate qu’il se décline encore dans des tons de blanc sale et de gris mal blanchi. J’envie les Montréalais, à peine 70 km plus au sud où je n’ai plus le droit de me rendre, qui peuvent battre la semelle sur du bitume sec comme un coup de matraque, admirant les terrasses vides où, à une autre époque, grouillait dans une promiscuité obscène une humanité déjà décadente.

Je pense distanciation sociale, fissure, que dis-je? cratère entre les générations, les nations et même les MRC, la vôtre reniant maintenant la mienne située à peine plus au nord. Je pense aux postillons forcés de franchir deux mètres et plus pour aller se poser, la plupart finissant à la rue. Je pense aux spermatozoïdes bloqués aux frontières d’amours déjà vacillantes et maintenant confinées dans son chacun sa télé et pas ce soir chéri, c’est le point de presse.

J’en étais là de mon spleen matinal quand je l’ai vue: la fissure, la vraie. Celle du lac tout près de chez moi. M’est revenue alors en tête la phrase de Leonard Cohen, notre Canadian anglais à nous, où il parlait de la lumière qui finissait toujours par pénétrer à travers «a crack in the wall»  ou kekchose comme. Ça m’a achevé. Cette craque dans le lac irait s’agrandissant, et la lumière y deviendrait de plus en plus vive et persistante à mesure que s’allongeraient les jours. Et j’y verrais de plus en plus clair et de plus en plus longtemps. Shit.

Je prendrais de plus en plus conscience de la fragilité de l’humanité mondialisante et autodestructrice. Je me rendrais compte qu’il y aurait un après et que cet après ne le serait qu’en attendant le prochain virus, cataclysme ou astéroïde égaré. J’avais jusqu’ici vécu dans une bienheureuse imbécillité, rarement altérée par d’importuns moments de lucidité où je me rendais bien compte qu’on fonçait dans le mur et que tout disparaîtrait mais bof, tant que je pouvais écouter La Poule aux œufs d’or, The Price is Right et les reprises des Belles histoires des pays d’en haut, y avait moyen de dormir.

Cette lumière aveuglante venue du lac, je la détestais déjà. Je suis rentré chez nous et ai attaqué mon vin du midi. Après quelques verres, la béatitude est revenue. J’ai trinqué avec l’avenir, et d’une grande poignée de coudes un peu trop souvent levés, nous avons chanté ensemble: ça va bien aller!

Luc Bédard, votre voisin du nord du Nord

 

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Conseils pour réussir votre confinement

Chroniques de la Trumpélie du Sud en Legaultélie

 

Pour tromper l’ennui, mousser votre créativité ou calmer vos craintes, je vous offre aujourd’hui mes conseils coups de cœur.

  1. Revisitez votre recette familiale de crastillon. Ce plat traditionnel, c’est comme le cipaille et la canasta: iI en existe autant de variantes que de familles. Alors faites preuve de créativité et surprenez vos proches en y ajoutant par exemple du curcuma ou du matcha pour lui donner une jolie couleur.

 

 

2. Repassez votre linge mou. Cela va structurer votre journée et vous conférer un sentiment de contrôle.

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3. Lisez du Schopenhauer. Vous n’allez rien comprendre, mais vous allez avoir l’impression d’être smatte.

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4. Bien que tout cuisinier digne de ce nom ait publié sa recette ces derniers jours, abstenez-vous de confectionner des tartelettes portugaises. En effet, l’odeur de ces pâtisseries va attirer tous vos voisins à moins de 2 mètres de votre four et ça, c’est verboten. Si vous tenez absolument à  faire un tour du côté de la cuisine portugaise, optez plutôt pour un plat de morue. Votre isolement deviendra total.

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5. Si, en plus de tenir vos voisins de condo à distance, vous voulez vraiment les emmerder, vous avez toujours à votre disposition les plats indiens à base de cari.

6. Vous jouez du yukulele, de la bombarde, du gazou? Faites comme tous les musiciens du monde. Organisez-vous avec votre pote qui vit à Plougastel-Louannec pour réaliser grâce à FaceTime un duplex dé-timé d’absolument n’importe quelle toune imaginable. Mieux encore, remplacez les paroles traditionnelles d’une chanson, qu’il s’agisse de l’Air des bijoux de Faust ou de Au clair de la lune, par des consignes de prévention : «Au clair de la lune, lavez-vous les mains. Touche pas à ma plume…  Gna gna gna gna gna.»

7. Mangez vos rôties matinales au-dessus de votre iPad. Après, ouvrez votre fil Facebook et rendez-vous à la section «Vous connaissez peut-être». Faites défiler les visages jusqu’à ce qu’un sous-groupe de miettes dessine une moustache parfaite à l’une des connaissances de vos connaissances. Faites une capture d’écran et partagez.

8. Si les voyages vous manquent déjà, regardez cette vidéo. Il paraît qu’une chose semblable m’est déjà arrivée mais je ne pourrai pas la raconter à mes petits-enfants car je m’étais lourdement droguée à l’aéroport de Nairobi, entre les ballots de maïs, les chèvres maigrichonnes et les Indiana Jones assis par terre à fumer le cigare. Quand j’ai repris mes sens, j’étais assise devant un café crème et un croissant à l’aéroport Charles-de-Gaulle. Mes compagnons de voyage étaient un peu secoués mais moi j’avais le goût de m’acheter une sacoche. Tout était rentré dans l’ordre.

 

9. Mesdames, si vous avez en ce moment des fantasmes sexuels mettant en scène Horacio Arruda ou François Legault, dites-vous que c’est l’effet du confinement. C’est temporaire. Vous allez naturellement revenir à Brad Pitt et George Clooney lorsque la vie reprendra son cours normal.

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Bye, bye, Cocovide-45

Chronique de la Trumpélie du Sud en Legaultélie

 

J’ai failli rester. Planquée sous mon palmier, à commander chez Walmart mon sauvignon blanc à saveur de pamplemousse.

Et puis j’ai comparé les duos: Trump/Pence d’une part et Legault/Arruda de l’autre. Y’avait pas photo. Fallait que je me tire là où mes chances de survie étaient les meilleures.

Car si le système de santé du Québec a deux vitesses, celui de la Trumpélie en compte 21, comme mon bécique, et je ne voyais pas clairement sur lequel des pignons j’allais tomber si d’aventure il venait à l’idée du coronavirus de squatter mon body.

J’ai donc paqueté mon linge d’été et dit bye bye à Cocovide-45, celui qui donne raison à Céline Dion quand elle chante que le monde est mené par des fous (tous sauf Monsieur Legault). Si vous en doutiez encore, regardez cette vidéo et vous serez vite convaincu, comme moi, que l’homme aurait bientôt sur la conscience, s’il en avait,  la mort de milliers de ses concitoyens.

 

 

Parcourir 2750 kilomètres en deux jours, c’est comme partir de Montréal pour Québec, s’apercevoir qu’il fait frette sur la terrasse Dufferin et qu’on a oublié sa tuque, retourner à Montréal la chercher, repartir pour Québec, se rappeler une fois rendu sur la rue du Petit Champlain qu’on a oublié de nourrir son canari, retourner à Montréal et reprendre la 20 vers l’est, pis tant qu’à faire, cette fois, pousser jusqu’à Forestville. Et recommencer le lendemain.

Pour échapper à l’emprise du virus, j’ai lunché dans le stationnement désert d’une église de l’État de New York d’un œuf dur, de p’tits poissons au fromage et d’un jus de légumes tablette, abritée de la pluie froide par le hayon du char, sous une enseigne qui clamait: «Jesus saves.» C’est toujours ben ça de pris.

Jesus

Ce n’était que le début du festival des feelings bizarres.

J’ai retrouvé mes trois arpents de bois deboutte et mes épinettes qui ne respectent pas entre elles la distance salutaire.

Finalement, j’ai agi en bon petit soldat, mais je ne saurai jamais si j’ai fait la bonne affaire.

Un autre élément qui s’ajoute à la longue liste des choses qu’on ne saura jamais, genre:

  • qui a tué Kennedy;
  • s’il y a une vie après la mort;
  • si cette balle de tennis attrapée à la volée en fond de terrain puis ratée était out anyway;
  • de quoi le Québec aurait l’air si Cartier avait abouti plus au sud;
  • si le but d’Alain Côté était bon;
  • où en serait le Québec si on avait voté oui;
  • comment un dude en est venu à croire que bouffer des écailles de pangolin allait lui durcir la bite.

Le mot de la pas fine

Ça ne me fait pas du bien de voir la chambre à coucher de Luc de Larochellière, le sous-sol de Michel Rivard et l’escalier contemporain de France Beaudoin. Je trouve même ça malaisant. T’as pas de chance que je regarde ta chanson/ton monologue/ta prestation enregistrés chez toi sous le coup de l’émotion, sauf si tu t’appelles Yannick, Yo-Yo Ma ou Ricardo. Pis le dude qui chante Nessun dorma du haut de son balcon florentin.

 

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Western au temps du corona

Le confinement volontaire et l’éloignement social sont moins durs au soleil, je serais bien hypocrite de vous dire le contraire. Néanmoins, il faut bien s’occuper si l’on ne veut pas se limiter aux bains de soleil et ajouter le mélanome à la liste de tous nos maux potentiels. Faque une fois qu’on a répété pour la énième fois la Sonate à la lune (avec des résultats toujours aussi affligeants), qu’on a relu l’Iliade et l’Odyssée, comme disait Charlebois, et qu’on a fait les ongles à son chien, il faut bien s’occuper, question de se retenir de fabriquer du Purell avec de la vodka et du Jello vert.

Pour ça, il y a Netflix, Apple et Amazon, bien entendu. C’est sur cette dernière plateforme qu’attirée par l’odeur thérapeutique du crottin, j’ai acheté la série Yellowstone. Je confesse que toute image de Kevin Costner coiffé d’un stetson, même à l’âge canonique de 65 ans, a l’heur de me faire oublier pendant quelques instants la peste bubonique, la lèpre et le choléra.

Ah! les fabuleux paysages du Montana et de l’Utah! Ah! les chevaux qui hennissent et galopent à qui mieux mieux dans les prairies verdoyantes! Ah! le meilleur de la musique country en bande sonore!

 

Une fois émoussé ce premier émerveillement, cependant, il ne reste qu’un mélange tex-mex indigeste de Dynasty, du Parrain et des Sopranos. Les prises de vue bucoliques, les cascades, les animaux à la tonne, tant d’argent et d’énergie dépensés au service d’un récit lourdingue, compliqué pour e-rien, et d’un dialogue sentencieux! Il s’agit ni plus ni moins d’un roman savon à saveur western où, au milieu de la deuxième saison, on compte essentiellement trois personnages féminins, deux d’entre eux n’ayant que des jos pour les différencier de tous les autres machos du scénario.  Pow pow, t’es mort. Mon esti, quin, prends mon poing sua yeule. Touche pas à c’te plotte-là, c’t’à moé. T’es-tu un homme ou bedon un fif? (Je traduis librement, là.)

Je souhaite que les autorités compétentes en matière de santé mentale émettent un avis interdisant le visionnement de ce navet honteux aux personnes sensibles et aux scénaristes frustrés qui, comme moi, n’ont entendu tout au long de leur carrière que la même ritournelle: coupe cette scène/ce dialogue/ce décor, pas d’argent pour faire ça.

En conclusion, ne gaspillez pas les économies que le coronavirus vient de rétrécir comme peau de chagrin et évitez Yellowstone. Pour Costner dans la fleur de l’âge, revoyez Bull Durham. Pour les westerns, il y a John Ford et Sergio Leone. Pour (ne plus) savoir comment être un homme, lisez Luc Bédard ci-après.

 

Le mot de la pas fine

 

À propos de Far West, je vous invite aujourd’hui à comparer ce clip-ci…

 

à celui-là…

https://lp.ca/z64Z7r

 


PurellBonjour, belle dame du Sud,

Je vous le jure, j’allais vous répondre. Je veux dire: répondre à votre chronique du 6 mars dernier, où vous posiez fort pertinemment et éloquemment la question des plaisirs coupables. Ma réponse était là, germant dans le terreau fertile de mon cerveau paranoïaque.

Puis je suis tombé, en zappant sur Netflix, sur une série où, en sus des avertissements pour langage vulgaire (on nous abreuvait sans doute de «putain, mec, tu déconnes grave!» et autres insanités dues au f…ing  doublage en français dit international, donc de France), on ajoutait qu’on s’exposait, en visionnant cette série, à voir des scènes de consommation… de tabac! Si, si! Entre deux rafales de AK-47 bien fumantes, on risquait de voir un ou des personnages s’allumer une Mark Ten, une Marlboro ou quelque autre insanité insalubre et sale qui risquerait de nous faire envie, le tout confinant au porntabagisme. Ça m’a mis dans une telle colère, j’en fume encore.

Le temps de boire deux ou trois bouteilles de vin pour me calmer, je me suis rendu à l’évidence et à la police de la pensée. On en est là, me suis-je avoué. Nous vivons une époque formidable qui ne tolère plus la plus microscopique toxine dans l’anti-corps de notre judéo-chrétien intérieur collectif. On multiplie à l’infini les safe spaces où l’on peut cacher à tout un chacun ce sein, cette clope, ce steak, ce mononcle blanc hétéro qu’il ne saurait voir.

Le problème avec le virus de la pureté idéologique, c’est qu’une fois qu’on est infecté, il est difficile de le garder pour soi et en soi. Ce qui n’était au départ qu’un isolement volontaire pour soi  et ses proches – pas trop proches tout de même, minimum deux mètres – creuse un cratère de plus en plus large et profond entre soi et les autres, us and them comme chantait Pink Floyd.  Le microbe se propage à une vitesse dont on perd vite la trace et le contrôle, il se mondialise, du mamelon dénudé au Superbowl on passe à une actrice professionnelle qu’on presse de ne pas jouer le rôle d’une transgenre si elle ne l’est pas pour vrai dans sa vie qui n’a dès lors plus rien de privé. À quand les rôles d’agonisants réservés aux ceusses en phase irrémédiablement terminale?

Je vous laisse là-dessus, chère amie, je dois relire un texte, pour m’en bien imprégner, de La Presse de ce matin où une militante trace pour nous, pauvres mecs à qui il faut pardonner car ils ne savent pas ce qu’ils sont, la ligne exacte entre les vrais et les faux «alliés féministes». Elle nous prévient d’ailleurs: si ça ne fait pas mal, c’est qu’on n’en est pas.

Est-ce si compliqué et douloureux d’avoir un peu d’empathie envers les ceusses qui diffèrent de nous? Des fois, c’est bien simple, il me prend des envies de (re)devenir le pur macho cromagnon qui se terre sans doute dans mon chromosome Y. Pendant un instant, je pense que même que ça me ferait  quasiment du bien… 

Votre bien impur ami du Nord,

Luc Bédard

 

 

 

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Tempête de poussière américaine

Dès les premières pages du best-seller American Dirt, de Jeanine Cummins, j’ai compris que j’entamais le genre d’ouvrage dont je raffole. Un de ces livres qui font voyager dans le temps et dans l’espace, qui rendent compte de l’expérience humaine de manière étonnante, qui engendrent des surprises et des émotions fortes, qui présentent des réalités étrangères (ou, au contraire, analogues) à la mienne. Le tout dans une langue et un style efficaces et travaillés. Je ne m’attends pas nécessairement à un chef-d’œuvre. Je sais pertinemment qu’il n’est pas donné à tous les écrivains d’écrire Cent ans de solitude, Voyage au bout de la nuit ou L’avalée des avalés.

Parfois, on a juste besoin d’un divertissement pas con plutôt que d’une sublime illumination.

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American Dirt (qui n’est pas encore traduit en français) raconte l’histoire de Lydia, une Mexicaine dans la trentaine qui mène une existence paisible à Acapulco avec Sebastian, son mari journaliste, et Luca, son fils de huit ans. Passionnée de littérature, elle tient une petite librairie. Elle y rencontre un jour un client cultivé et charmant, Javier, avec qui elle se lie d’amitié, à force de discussions de plus en plus intimes. Sebastian, de son côté, fait enquête sur les cartels qui rendent la ville d’Acapulco (et une bonne partie du Mexique) invivables depuis quelques années. Il découvre ainsi que Javier est nul autre que El Jefe, le chef sanguinaire du plus puissant de ces cartels. Lydia met fin à sa relation avec Javier. Sebastian publie un portrait sans complaisance de El Jefe et, quelques jours plus tard, lors d’une fête de famille, il est sauvagement assassiné, avec 15 autres membres de la famille de Lydia. Elle et Luca échappent miraculeusement au carnage.

 

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Acapulco, paradis perdu pour des milliers de touristes en quête de soleil. La ville se classerait aujourd’hui au deuxième rang mondial pour le nombre d’homicides par 100 000 habitants.

Dès lors, Lydia et Luca doivent prendre la route du Nord (El Norte) pour échapper aux sbires du cartel. Là réside l’essentiel du roman : dans le quotidien des migrants qui, venus du Mexique et d’Amérique latine, s’exposent à tous les dangers imaginables pour survivre et, autant que possible, trouver un peu de paix.

J’étais déjà sensible au sort des migrants, mais je crois que je n’avais pas pris la pleine mesure des horreurs qu’ils traversent.

Sauter dans des trains en marche, endurer la faim, la soif, le froid, la chaleur, subir des vols, des viols, des agressions, des extorsions, des deuils, se blesser, tomber malade, être arrêté, être détenu, être pourchassé, la liste des épreuves est interminable. Dans le livre de Cummins, en revanche, les manifestations de bonté, de solidarité et d’entraide sont nombreuses et allument des lueurs d’espoir dans un paysage autrement glauque.

J’ai aimé que Cummins choisisse comme personnage principal une femme instruite de la classe moyenne. J’ai compris qu’elle voulait nous montrer que les colonnes de migrants ne sont pas formées que de paysans pauvres et que le fléau des cartels empoisonne tous les groupes de la société.

J’ai aimé que le chef du cartel soit dépeint comme un personnage ambigu, complexe, contradictoire.

Je trouvais que l’auteure évitait le piège du tout noir ou tout blanc.

Je me disais que le livre tombait pile et allait peut-être sensibiliser les Trumpéliens aux politiques ignobles de leur président en matière d’immigration (ou plutôt de répression de l’immigration).

 

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Sauf que… j’avais tout faux.

J’ai appris au moment où je lisais les derniers chapitres que ce livre soulevait l’ire des écrivains latinos.

Que reprochent-il à l’auteure? Des tas de choses, comme :

  • Elle s’étend de manière indécente et sensationnaliste sur les traumatismes des personnages (« trauma porn ») et exploite ainsi l’expérience des migrants.
  • Elle présente les Mexicains seulement comme des victimes torturées qui n’aspirent qu’à une chose : émigrer aux USA.
  • Elle décrit le Mexique comme un enfer invivable alors que des millions de gens y mènent une existence paisible et productive.
  • Elle dépeint le chef du cartel comme un homme sophistiqué et cultivé, et non comme la brute épaisse qu’il devrait être, à l’instar de tous ses semblables.
  • Elle se laisse aller à des invraisemblances.
  • Elle demeure apolitique.
  • Elle fait des fautes de langue dans les courts passages écrits en espagnol.
  • Et enfin, elle se rend coupable, vous l’aurez deviné… d’appropriation culturelle, un concept dont j’ai déjà parlé.

Le monde littéraire trumpélien est bouleversé par cette houleuse controverse, tant et si bien que la grande prêtresse de toutte aux USA, Oprah Winfrey, après avoir fait entrer le livre au panthéon de son Book Club, tiendra bientôt un débat télévisé sur le sujet, question de faire éclater la vérité objective.

En attendant, mon fun est fini.

Pire, je me sens niaiseuse.

Niaiseuse d’avoir pris tant de plaisir innocent à cette lecture. Niaiseuse d’avoir été si captivée par l’histoire que j’ai complaisamment pardonné des passages à tendance guimauve. Niaiseuse d’avoir pensé que le récit était pertinent et approprié à l’époque.

Je n’aime pas me sentir niaiseuse.

Je n’aime pas non plus que la lecture, comme tant d’autres de mes plaisirs excessifs, me procure un sentiment de culpabilité.

Le pire, c’est que je ne peux pas donner tort aux écrivains latinos. Ils ont raison de clamer qu’ils ont écrit, publié ou tenté de faire publier ou traduire des dizaines de livres meilleurs que celui-là, mais qu’ils n’ont jamais bénéficié des avantages dont la parution de American Dirt a été entourée. Comme l’avance dans les sept chiffres versée à Cummins. Comme l’imprimatur d’Oprah Winfrey. Comme les droits d’adaptation au cinéma. Comme les tournées de promotion à travers toute la Trumpélie. Comme les meilleurs spots dans les librairies. Comme les comptes rendus dans tous les grands médias.

Le nœud du problème, c’est que le monde littéraire trumpélien est contrôlé par une poignée de méga maisons d’édition dirigées par des Blancs. Des Blancs qui voient la réalité à travers leurs yeux de Blancs privilégiés, qui sortent l’artillerie lourde du marketing pour deux ou trois ouvrages seulement chaque année et qui s’attendent à un confortable retour sur investissement.

Dans un marché où 25% des adultes n’ont lu aucun livre au cours des 12 derniers mois, et où l’Américain moyen lit quatre livres par année.

Toujours est-il que si je me sens niaiseuse, c’est mon problème. Mais que les dénonciateurs de l’appropriation culturelle me prennent pour une niaiseuse, je le vis moins bien. J’aimerais qu’ils fassent confiance à mon propre jugement. J’ai lu suffisamment dans ma vie pour savoir que les créateurs prennent des libertés et attachent plus ou moins d’importance, c’est selon, à l’exactitude des détails documentaires. Je sais qu’ils ne faut pas croire tout ce qu’ils écrivent. Je sais qu’ils sont influencés par leur propre culture, par leur mauvaise conscience, par leurs biais. Je sais faire la part des choses. Et la lectrice/spectatrice que je suis conserve toujours une certaine vigilance. À mon avis, cependant, c’est l’empathie qui prime.

 

Le mot de la pas fine

Dernièrement, lors d’un court séjour à Montréal, j’ai vu le film Mafia inc.

Je me demande à présent si Podz, le réalisateur, et Sylvain Guy, le scénariste, sont prêts à répondre aux accusations d’appropriation culturelle que le crime organisé ne devrait pas tarder à leur adresser.

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Les sirènes qui ne veulent pas mourir

Après mon billet sur les corps imaginaires, lisez ce que dit Luc Bédard sur les corps recomposés, dans la lettre qu’il m’a envoyée en réaction à ma chronique du 31 janvier dernier


 

 

Avant Disney World, avant Sea World, avant Universal, il y avait en Floride les sirènes de Weeki Wachee Springs State Park, près de Tampa.

 

Elles ont failli disparaître à plusieurs reprises, mais elles ont surmonté toutes les vicissitudes.

Trois fois par jour, 365 jours par année, elles appliquent leur maquillage waterproof, enfilent leur longue queue iridescente et plongent dans un boyau interminable pour gagner le bassin alimenté par une source de la rivière Weeki Wachee. Elles se retrouvent alors devant la vitre qui les sépare du monde terrestre et du public assis dans les gradins.

Là, pendant trente minutes, elles pirouettent et virevoltent comme autant de petites Sylvie Fréchette trumpéliennes, s’approvisionnant en air sporadiquement au moyen d’un long tuyau. Leurs sourires sont éclatants, leurs longues chevelures flottent au gré du courant et leurs petits soutien-gorges en forme de coquillages ne se détachent jamais.

Entre les spectacles, du matin jusqu’au soir, elles astiquent le décor sous-marin, reprisent leurs costumes et balaient les déchets laissés par les touristes dans le reste du parc thématique.

Pour dix dollars l’heure.

Et pourtant, les sirènes retraitées parlent de leur carrière sous-marine avec des larmes salées dans les yeux et retournent dans le bassin pour le fun, toutes bédaines dehors, afin de renouer avec la magie. Les aspirantes, elles, font des nageoires et des mains pour pénétrer dans ce cercle fermé d’êtres mythiques. Même si les auditions sont si exigeantes que la comparaison avec une athlète olympique prend tout son sens. Même si l’eau est froide. Même si la formation dure un an. Même si elles sont conscientes de participer à un spectacle qui se classe probablement parmi le top 10 mondial du kitsch.

Si vous avez un abonnement à Amazon Prime, vous pouvez visionner ici un intéressant  court-métrage documentaire sur le sujet:

https://www.amazon.com/Spring-Delaney-Buffett/dp/B076HWCRP1?creativeASIN=B076HWCRP1&linkCode=w61&imprToken=juxNq7dX6de-mIBsDH1K2w&slotNum=3&ascsubtag=%5B%5Dc2%5Bp%5Dcjbgwrtgs003uulyejfxp7b5v%5Bi%5DvUbNZ4%5Bd%5DD%5Bz%5Dm%5Bt%5Dw%5Br%5Dgoogle.com&tag=thecutonsite-20

La troupe du Weeki Wachee Springs State Park compte quelques garçons, aussi motivés que les filles. Ils jouent le rôle de princes. Car comme il n’existe pas de Beyoncé sans Jay-Z, de Sophie sans Justin, de Melania sans… Louboutin, il n’existe pas de sirène sans un prince.

Les théories ne manquent pas pour expliquer le pouvoir d’attraction que la Trumpélie du Sud continue d’exercer sur le touriste. Pour ma part, je postule que la Floride plaît non pas seulement en raison du climat, des plages et de la Key lime pie, mais bien parce qu’on y trouve toujours plus vieux que soi, plus mal en point que soi et, surtout, plus quétaine que soi.

C’est reposant.

 

Un personnage vieux comme le monde

Le concept de créature mi-femme, mi-poisson est certainement l’un des plus répandus dans les mythologies, toutes époques et toutes cultures confondues. Tantôt charmantes, tantôt cruelles, les sirènes fascinent ou terrifient le marin. Elles lui veulent du mal… ou trop de bien pour son bien.

 

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Dans le tableau Les sirènes et Ulysse (1837), le peintre William Etty a représenté les sirènes tentant d’envoûter Ulysse et ses matelots. Elles étaient si irrésistibles que nos aventuriers devaient s’attacher pour s’empêcher d’aller les rejoindre.

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Le café est-il fait avec de l’eau salée? A-t-il un goût d’algues?

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Heille, Disney, la couleur rouge n’est plus visible à compter de trois mètres de profondeur. J’ai appris ça dans un Club Med où j’ai aussi découvert la tequila et… entéka.

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La sirène au destin tragique issue de l’imagination d’Andersen. Une toute petite chose triste assaillie par des hordes de touristes dans le port de Copenhague.

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Tom Hanks et Daryl Hannah dans le film Splash. On dirait bien que l’eau salée n’abîme pas les cheveux des sirènes. Y’en a qui ont toutte.

 

L’une des versions de la légende veut que les sirènes s’amusent et batifolent dans les abimes aquatiques pendant les deux premiers siècles de leur vie, puis qu’elles soient subitement submergées par une infinie mélancolie. La seule manière pour elles de s’extirper de cette profonde dépression sous-marine est de remonter vers la surface, même si cela suppose de traverser les rejets douteux d’un navire de la Carnival Cruise ou d’échouer sur une île de bouteilles d’eau Naya. Là, mal équipées pour la vie terrestre, elles attendent et languissent jusqu’à ce qu’elles se trouvent une raison de vivre.

 

Un chum.

C’est sûr qu’il est difficile de vivre sans quand on gagne 10 $ l’heure.

 

Le mot de la pas fine

Je suis tout à fait consciente d’être habitée par un esprit particulièrement mal tourné, mais je confesse m’être toujours interrogée sur l’aboutissement charnel des idylles mouillées entre sirènes et héros, étant donné l’anatomie de la protagoniste. Je devrais probablement me rassurer puisque même Elisa et son amphibien dans le film The Shape of Water, quoique le problème fût inverse, ont semble-t-il trouvé un moyen de matérialiser leur confluence.

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Bonjour, belle dame du Sud,

Pardonnez-moi tout d’abord pour le mot « belle ». Cette entrée en matière sent son vieux macho pas sudiste mais c’est tout comme. Quant au mot « dame », il participe d’une innommable présomption quant au genre auquel ce dude ose vous épistoler avec ou sans votre consentement. À jeter, ou du moins composter.

Il fut pourtant un temps où il semblait naturel que les messieurs trouvent belles les dames qui auraient peut-être été des messieurs si elles avaient pu mais elles acceptaient leur sort et leur genre comme nous, nordistes, acceptions les neiges qui étaient celles d’antan et on n’y pouvait mais.

Les neiges d’antan se trouvant maintenant on ne sait plus où, l’animal humain regarde la nature du bas des pâquerettes qui n’y poussent plus. Ainsi en est-il du corps ou du genre. L’expression « se faire belle » (pour aller danser, selon une chanson populaire à Jeunesse d’aujourd’hui qui est maintenant avant-avant-hier) se voulait à demi une métaphore. On n’imaginait pas qu’un jour, on se ferait faire belle par les bons soins d’une industrie pharmaceutique omnivore acoquinée, ou vice-versa, à des charcuteurs patentés qui te refont une tronche comme on rase une forêt, sans états d’âme et pour la piastre.

Même les mecs, même jeunes me dit-on, s’y mettent à grands coups d’épilation électrotechnique au laser du chest et d’ailleurs.  Les envie-je ? You bet ! J’en parle comme d’un qui sait ce qui en retourne, moi qui n’ai jamais consenti à avoir la gueule et l’allure générale que j’ai et l’aurais bien retournée chez Amazon, ou du moins accepté de fort bon gré de l’envoyer réparer dans un magasin à rayons. Meuh non. Les gars, sous peine d’avoir l’air de filles et c’était pas un compliment, devaient vivre avec les cartes que leur ADN leur avait distribuées. Ç’a commencé à changer avec les SPAM promettant une augmentation significative de la graine en échange de notre numéro de compte Desjardins – c’était confidentiel, dans le temps, croyez-le ou non. Aujourd’hui, si t’es pas content de ton sexe, on te le change, tiens, ou te me le retravailles ou te me le repeinturlures à neuf, c’est à la tête, si on peut dire, du client ou de la cliente.

Bien sûr, je n’ai pas la nostalgie du temps où hommes et femmes, à quarante ans, en paraissaient soixante-dix en âges constants. Ni de celui où les jeunes filles apprenaient à détester leur sexe, au propre comme au figuré. Mais entre le détester et s’en délester, quelque chose, quelque part, me semble perdu. Vieillis-je ? Bien sûr, et j’en ai l’air, croyez-moi.

Votre ami et serviteur du Nord,

Luc Bédard

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