SPAM

Avant que le pain ne devienne dur et granuleux comme une slab de ciment…

Avant qu’on ne fasse pleuvoir de la coriandre sur tout ce qui se mange…

Avant qu’on ne déguste du poisson cru en gloussant de bonheur comme des Inuits…

Il y avait le Spam.

 

Après avoir sustenté les soldats américains pendant la Deuxième Guerre mondiale, le Spam a fait son entrée dans les garde-manger civils d’Amérique du Nord.

Pour les mères déprimées comme la mienne, c’était une bénédiction. Une viande qui passait de la canne à la tranche de pain sans qu’on n’ai besoin de la faire cuire ni de la réfrigérer, que demander de plus le lundi midi quand les enfants revenaient de l’école et qu’on avait érigé un périmètre de sécurité infranchissable autour de la laveuse à tordeur et que les vitres embuées bloquaient les maigres rayons de soleil qui filtraient encore entre les sheds de la ruelle.

Pour les femmes énergiques et déterminées comme ma belle-mère, c’était l’aliment du futur, un pur produit de l’industrialisation et du progrès, un aperçu des promesses de la modernité, au même titre que, pour rester dans le domaine de l’alimentation, le mélange à gâteau Betty Crocker et le jus d’orange Tang.

Au Québec, le Spam est aujourd’hui aussi difficile à trouver que les truffes en Trumpélie. Si vous faites votre épicerie en ligne, il n’y a que chez Walmart que vous pourrez en dénicher. De toute manière, qui oserait aborder le gérant de son marché d’alimentation préféré pour réclamer qu’il en garnisse les tablettes?

En Trumpélie, cependant, le Spam se vend encore confortablement, probablement mieux que les bijoux de Caroline Néron chez nous. Il se décline d’ailleurs en 15 variétés, dont le Spam teriyaki et le Spam au chorizo. Ça ne s’invente pas.

Le fabricant du Spam, Hormel Foods, n’essaie pas de faire passer son produit pour ce qu’il n’est pas. La compagnie embrasse résolument et humoristiquement les caractéristiques de son produit et la condescendance des gastronomes avertis. C’est ainsi que l’on apprend sur son site qu’elle a vendu plus de 8 milliards de boîtes de Spam à travers le monde et qu’il existe à Austin, au Minnesota, un musée consacré aux produits Spam. Slogan maladroitement traduit : «Nous donnons un tout nouveau sens au mot cubisme.» Chapeau.

https://www.spam.com

Le Spam, c’est tout ce qu’un aliment ne doit pas être. Trop transformé, trop gras, trop salé, trop sucré, trop douteux quant aux origines de ses ingrédients («porc et jambon»), trop emballé dans sa canne d’aluminium aux couleurs criardes. Le Spam ne mérite même pas le nom d’aliment. Il s’agit d’un produit industriel hérité d’une époque révolue. Et s’il semble, à en croire les statistiques de la compagnie, avoir encore un avenir devant lui (du moins en Amérique du Nord et en Asie), il compromet certainement celui de la survivance sur la planète.

 

***

 

Quand le Spam m’a sauté aux yeux dans l’allée où je cherchais du thon en boîte, j’étais bien déterminée à écrire un blogue sarcastique, déjanté et hilarant sur le sujet. Je me tapais sur les cuisses seule devant mon écran d’ordinateur.

Et puis, c’est comme si les deux boîtes qui traînaient sur mon bureau depuis lundi s’étaient insinuées dans mon inconscient et m’avaient fait ramollir. Le goût d’en rire a commencé à me déserter.

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Et je crois bien qu’il m’a définitivement quittée quand j’ai écrit les passages sur les mères des années 60.

Je ne suis pas la première à qui ça arrive. Ce n’est pas que je me compare, tant s’en faut, mais le Spam a déjà inspiré nombre d’artistes, dont le plus connu est sans doute Andy Warhol.

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Andy Warhol, SPAM, 1980.

Deux designers ont signé un ouvrage complet sur le sujet, rien de moins qu’un genre de bible du Spam.

Grunge Frame Background

http://thebookofspam.com

Le Spam, avec sa composition, son emballage, son marketing, est un produit si affreux, voire si répugnant, qu’il en acquiert une sorte de perverse beauté.

Le Spam, c’est comme la porno: personne n’en consomme, mais il s’en mange 12,8 boîtes par seconde dans le monde. C’est peut-être justement la chair rose et salée du Spam qui m’inspire cette comparaison, mais je me dis que le Spam est à l’alimentation ce que la porno est à l’amour. On n’a pas tous les moyens de s’offrir du bœuf wagyu.

À propos de moyens, les échantillons que j’ai achetés au marché d’alimentation de mon quartier coûtent 2,90$ US pour 340 grammes, soit environ 8,50$ US le kilo. Le Spam demeure donc presque deux fois moins cher que le bœuf haché mi-maigre.

Et là, vous commencez à voir pourquoi j’ai perdu le goût de rigoler comme la bourge cultivée et condescendante que je suis?

Selon les estimations de 2017 du Census Bureau, le taux officiel de pauvreté se chiffre à 12,3% aux États-Unis. Autrement dit, 39,7 millions d’Américains vivent dans la pauvreté. Par ailleurs, plus de 75% des ménages pauvres sont dirigés par des femmes (données de 2012).

Des femmes comme ma mère et ma belle-mère.

Notre ancien Premier Ministre, Philippe Couillard répondrait probablement qu’avec 2,90$, à plus forte raison 2,90$ US, on peut se procurer une courge, des légumineuses, des oignons et des tomates et concocter une casserole drôlement plus nutritive qu’une canne de Spam.

Encore faut-il savoir ce qu’est une courge (parfois, le caissier de l’épicerie me demande ce que c’est avant de puncher le prix), encore faut-il la trouver au dépanneur si on n’a pas de char pour se rendre dans une grande surface et encore faut-il avoir le temps et l’énergie de touiller tous ces sains ingrédients (ce n’est pas évident quand vous avez trois jobs ou que vous êtes déprimée).

Quand j’ai ouvert la canne de Spam classique (et non la seconde que j’ai achetée, le Spam à la dinde), j’ai fait le même trip que Marcel Proust avec ses madeleines, en moins bien écrit et en plus prolétarien.

Il m’est revenu l’odeur âcre de l’eau de Javel du lundi midi, la texture de la laine mouillée des mitaines en hiver, les vagues de couleur enfermées pour toujours à l’intérieur des billes.

Des souvenirs pas chers, un peu tristes, mais indélogeables, comme le Spam.

 

Le mot de la pas fine

Je n’ai pas pu résister à partager ce chef-d’œuvre avec vous. Vous n’êtes pas obligés de me remercier par écrit.

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Transitions

Son premier roman, publié chez Leméac en 2017, a reçu d’élogieuses critiques. L’extrait que je vous présente aujourd’hui se retrouvera – ou pas – dans le second. André Hamel n’y va pas de main morte avec les transitions puisqu’il décrit rien de moins que l’implosion de l’Amérique du Nord.


 

Un bon nombre du million de fêtards qui s’agglutinent à Times Square pour voir tomber la boule géante à minuit le 31 décembre portent une couche. En effet, on ne trouve aucune toilette, même portable, à des kilomètres à la ronde et pas un seul commerçant disposé à accommoder les gens.

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Si vous vous trouviez loser d’avoir fait le passage à 2019 devant le Bye Bye, dites-vous que vous aviez au moins les pieds au chaud et les fesses au sec.

À l’instar des consommateurs qui font la queue pendant des heures les pieds dans la sloche pour se procurer le dernier iPhone, les fêtards de Times Square ont peut-être l’impression de participer à ce qu’ils appellent l’histoire. Ou de se sentir portés par un mouvement plus fort qu’eux-mêmes. Dommage que cette force soit désormais fabriquée de toutes pièces par GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft). Chose certaine, leur détermination témoigne de l’importance quasi magique que beaucoup de gens accordent aux transitions de toutes sortes.

Il est toujours agréable d’ouvrir une bouteille de champagne, mais tout dans la vie et dans l’univers est affaire de transition. (C’est une raison de plus pour ne boire que du champagne.) Même les événements soudains comme les explosions se décortiquent à l’échelle atomique en une séquence de réactions. Les grandes découvertes et inventions, voire les eurêka, de l’histoire de l’humanité constituent toujours l’aboutissement plus ou moins surprenant d’une longue recherche. On ne tombe pas enceinte tout d’un coup. On ne meurt même pas tout d’un coup.

Rien ne change le 1er janvier, comme le chantait Bono. Et c’est tant mieux. Nous pensons célébrer une transition soudaine, mais en réalité, nous levons nos verres au fait qu’à l’échelle de nos sens rien n’a encore changé, que nous avons vécu une autre année et que nous espérons que ça dure au moins jusqu’à la fin de la nouvelle.

Toutes les sociétés, des plus primitives aux plus évoluées (en principe), ont leurs rites de passage. Au  Québec, nous en avons plus ou moins abandonné plusieurs avec le temps, tels le baptême, le mariage et les rituels funéraires, et nous en avons adopté ou inventé d’autres: party du 31 décembre, demande en mariage lourdement scénarisée, «gender reveal», bal de fin d’études et j’en passe. Les anciens rites présentaient le défaut majeur d’être orchestrés par l’Église catholique, mais ils marquaient néanmoins l’intérêt et la bienveillance de la collectivité envers des individus qui traversaient une étape décisive et déstabilisante de leur vie. Surtout les morts. N’empêche que le rite était censé bénir leur voyage vers l’Au-delà et qu’il apportait une forme de soutien social aux endeuillés.

 

L’humanité: qu’est-il arrivé?

Mon ami le peintre Mark Cohen vous est désormais familier:

Dystopie albertaine

Le fun dans l’art de la manifestation, le faux dans l’art de la récupération

En décembre, l’Armory Art Center de West Palm Beach lui a consacré une exposition sous le titre Mankind: What Happened? («L’humanité: qu’est-il arrivé?») À cette occasion, Mark a distribué aux visiteurs un long essai qui expliquait sa démarche artistique. C’est un texte au ton si personnel, si direct, si authentique qu’il détonne dans l’ensemble du discours excessivement intellectualisé et inutilement complexe des artistes contemporains. Je vous en présente ici une version française élaguée.

Bien sûr, Mark est un baby-boomer qui a le loisir de se questionner et de se chercher une mission jusqu’à un âge que certains qualifieraient d’avancé. Je pense cependant que tout lecteur, quel que soit son âge, peut s’identifier à sa démarche, pour peu qu’il conçoive que des mots comme «retraite» peuvent être remplacés par n’importe quel vocable exprimant l’idée de transition.

Mankind: what happened – Un texte de Mark Cohen, artiste peintre

Il y a cinq ans, je marchais dans le bois avec mon ami le rabbin Howard Shapiro. J’en étais à un carrefour dans ma vie et j’avais besoin d’aide. Alors j’ai demandé à mon ami: «Que dit la Torah à propos de ce que je devrais faire du reste de ma vie?» Il s’est arrêté et a dit: «Je suis à la retraite. Je ne suis plus supposé faire ça.» Puis, après un bref instant, il a ajouté : «Sois bon.» Et nous avons repris notre marche. […]

Je voulais changer de vie. Aussi ai-je observé des gens que je respectais au cours de leur transition vers une nouvelle vie. J’ai ainsi compris qu’on ne se retire pas vraiment: on continue à faire ce que l’on a toujours fait, mais différemment. C’était rassurant.

J’étais prêt à devenir peintre après une longue carrière en publicité et marketing. J’en avais eu l’ambition toute ma vie. Mais je ne voulais pas abandonner les autres choses que j’avais toujours faites. Je ne les ai donc pas abandonnées; j’ai graduellement fait de la place à la peinture et j’ai aménagé le temps que je consacrais à mes autres activités. […]

J’ai vite découvert que le plus difficile, en peinture, est le choix du sujet. Je n’avais aucune envie de peindre des plages, des palmiers ou des paysages. Je voulais devenir un exemple pour mon fils et ma fille; je voulais leur montrer qu’on pouvait faire quelque chose de valable même tard dans la vie. Ce qui me ramène à l’injonction du rabbin Shapiro: «Sois bon.»

«Sois bon», pour moi, signifie: «Fais ce qu’il faut» (Do the right thing). Et ce qu’il me fallait faire, c’était peindre pour dénoncer l’injustice. Dans un discours prononcé au Amherst College le 26 octobre 1963, le président John F. Kennedy a passionnément défendu les artistes qui s’engageaient socialement: «S’il est arrivé que nos grands artistes aient été les critiques les plus sévères de notre société, c’est parce que leur sensibilité et leur besoin de justice, qui devraient motiver n’importe quel artiste véritable, leur a fait prendre conscience que notre nation n’atteint pas son plein potentiel. Je connais peu de choses qui soient aussi importantes pour l’avenir de ce pays que la reconnaissance pleine et entière de la place de l’artiste.»

Mon but en tant qu’artiste est de remettre en question nos idées préconçues sur les problèmes sociaux comme les génocides, le terrorisme au pays et à l’étranger, le racisme, les incarcérations de masse, la brutalité policière, l’extermination des animaux, les tueries et la violence due aux armes à feu en général, voire de trouver de nouvelles réponses à la question: «Qu’est-ce que l’art?»

J’espère que mes peintures rendront les gens mal à l’aise, car je crois que le malaise pousse les gens à se questionner sur les raisons pour lesquelles ces problèmes semblent si difficiles à aborder et à résoudre.

J’espère que, devant ces images, les gens se demanderont: «Qu’est-ce qui est arrivé à l’humanité?» J’espère que nous pourrons tous faire un pas en avant et nous demander: «Que puis-je faire pour rendre le monde meilleur?»

 

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Saving Rhinos (Sauver les rhinocéros), 250 cm X 210 cm

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Las Vegas, Nevada/Stephen Paddock, 285 cm X 205 cm

 

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David vs. Goliath, 300 cm X 210 cm

 

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Charlottesville, VA, 270 cm X 180 cm. Si jamais vous regardez The BlacKKlansman, de Spike Lee, vous apercevrez cette même image à la toute fin du film.

 


André Hamel, vieil écrivain de la relève et auteur de Mourir d’oubli, un premier roman publié chez Leméac en 2017, propose un extrait d’un livre imaginaire qu’une vieillarde inquiète lira peut-être à un vieillard dément dans un roman qu’il, l’auteur ou son narrateur, prévoit publier à l’automne 2019. Ce texte, qui raconte l’implosion de l’Amérique du Nord survenue vers la fin des années 201X, aurait pu conserver longtemps son caractère d’inédit, n’eût été qu’il soit ici et maintenant publié, puisqu’il peut encore arriver qu’il n’échappe pas au massacre à la tronçonneuse auquel l’auteur se livre depuis quelques semaines sur son cher manuscrit, mettant ainsi en pratique la belle et torrieuse règle du «kill your darlings» à laquelle les éditeurs, quelques fois avec raison, d’autres fois avec déraison, toujours soumettent leurs auteurs quand ceux-ci n’ont pas la sagesse de s’y soumettre eux-mêmes.


 

VOYAGES DE NORBERT NOBERT EN DES TEMPS OUBLIÉS

Chapitre 7 – Voyage avec un portulan dans l’Outretemps

 […] Elle nous raconte que l’Amérique du Nord, sous le coup du dépit politique qui suivit la burlesque élection, aux États-Unis, d’un improbable président et son rocambolesque désistement dans les jours suivants sa mise en accusation pour agression sodomite en Oklahoma, l’adoption par le Canada d’un ridicule costume national dont le bas à pompon d’inspiration grecque était l’élément distinctif et la nomination du plus puissant des barons de la drogue à titre de Procureur général du Mexique, elle raconte que cette Amérique confondue et dépitée, et sous le coup aussi du désenchantement économique provoqué par le fait qu’il était devenu patent pour tous que la Chine avait gagné la guerre des changes et des terres rares et était devenue l’unique détentrice de la dette des trois États nord-américains, elle raconte que sous l’effet de ce dépit et de ce désenchantement, sous le coup de cette immense lassitude, l’Amérique du Nord implosa. S’écroulèrent et se dissolurent en un immonde magma ce qu’étaient, et que sont encore dans notre temps, le Mexique, les États-Unis d’Amérique et le Canada.

Après quelques mois d’une insoutenable errance politique, un nouveau monde émergea de l’intolérable chaos. Après que le prix du lait écrémé fabriqué à partir de substances laitières eut dépassé par un multiple de cent celui du Coke, du Pepsi et du Red Bull léger, diète, sans sucre, sans aspartame ni caféine, rien que des bulles, après que les coûts des soins de santé, qui s’étaient progressivement gonflés d’un multiple de plus de dix dans les mois précédents, eurent explosés à la surprise générale et plus particulièrement à celle feinte des pseudo-décideurs qui alors et là-bas, comme ici et toujours, faisaient office de modérateurs sociopolitiques, après que les grands assureurs et réassureurs se furent mis sous la protection de la loi qui les dispensa de payer leurs créanciers, d’honorer les chèques émis à l’ordre de leurs clients et surtout d’en émettre à l’ordre de leurs employés impayés, après que ce qui restait encore de la peau de chagrin des États providentiels se fut trouvé en défaut de paiement auprès de leurs obligataires, grandes sociétés d’assurances, fonds de retraite sous-capitalisés, fonds d’actions, d’obligations, fonds de fonds et fonds alternatifs toujours sur la brèche, tous financés-siphonnés à l’aide de puissantes pompes à phynances dissimulées sous les grands traités de la fracturation universelle, après que se furent en apparence effrités, c’est-à-dire repliés et mis en réserve, les pouvoirs régionaux, grands-régionaux, nationaux et supranationaux, après que se furent effondrées les digues qui retenaient les boues toxiques du bassin de décantation des résidus de la croissance qu’était devenu le monde et que se mirent à grossir et jaillir et bouillonner et s’écouler et se précipiter sur l’Amérique des torrents merdiques accumulés depuis des décennies d’extraction, de prélèvement et d’accumulation de profits, après tout cela et plus encore et à la faveur de ce grand barda brouhahassant émergèrent dans les campagnes, les villages et les quartiers des villes, s’éveillèrent comme des virus dormants des chefs de clans belliqueux et guerriers dont le pouvoir se construisit sur la détresse des enculés de l’espérance des jours meilleurs, sur le désenchantement des infatigables metteux d’épaule à la roue, sur l’incroyance des éternels adorateurs du progrès et de sa marche inéluctable, sur la déroute des migrants de l’intérieur du rien, tous emmurés dans ce désarroi qu’avait provoqué chez eux l’Éclipse.

L’Éclipse, raconte Smeralda Square, c’est le nom que donnent certains à cette pandémie politique au cours de laquelle régna le plus grand désordre. Après qu’il eut semblé que la règle séculaire de l’alternance démocratique ne tenait plus ni jamais plus ne tiendrait, serait sortie des cavernes, dans lesquelles elle avait été contenue jusque-là, la petite truanderie traditionnelle et précaire: trafiquants et magouilleurs de coins de rue, racketteurs et squimmeux d’hospices, arnaqueurs et crosseurs anonymes, petits véreux et gros verrats des petits bars, bums de ruelle et barons de la ferraille, tous acclamés par les pourfendeurs des esties de plateauniciens du nowhere, toutes allégeances, obédiences et tenures confondues. Ce beau chaos aurait facilité, l’éclipsant par une insupportable anarchie et d’innombrables guerres de clans, la réorganisation occulte de la grande truanderie pérenne qui attendait son heure, pendant que passait l’orage, comme elle le fait depuis l’invention de la guerre et du pillage, ce couple d’inséparables dont les formes les plus évoluées sont les génocides nationaux et le crédit international. Battirent dans la pénombre les portes tournantes de la duplicité et s’agitèrent calmement les éminences jusqu’à ce que de la chiennerie ambiante émergent des noms nouveaux comme Sam Santos Simmer, dit Jesus, à l’est, Lady Latimer Parridge à l’ouest et Doris Dumont Deshane au centre qu’acclamèrent aussitôt les foules affamées et assoiffées d’ordre, chefs charismatiques apparemment venus de nulle part et qui, dans la clameur des hourras et des vivats qui les accueillirent, s’activèrent à la refaçon du monde, dissipation du désordre et instauration de l’ordre nouveau, ordre qu’on dit qu’il ne pouvait être que la véritable nature des choses.

Au découpage horizontal du continent en Canada, États-Unis et Mexique, héritage des guerres des XVIIIet XIXsiècles et des consolidations politiques conséquentes des XIXet XXe  siècles, les forces nouvelles substituèrent un découpage vertical allant du Panama à l’Arctique et calqué sur la géomorphologie continentale: la Great Eastern Ameriland à l’est, la New Grande Louisiana au centre et la Great Western Ameriland à l’ouest. Ainsi, aux yeux de leurs sujets, les nouveaux maîtres inscrivirent leur pouvoir dans l’apparente pérennité du relief terrestre. Grâce à eux, proclamèrent-ils, le droit originel de la terre mère sur ses enfants était rétabli, sa primauté reconnue. Aux désormais caducs droits des armes, des dieux, des peuples et des hommes succédait enfin, juste retour de l’ordre créateur de toutes choses, le droit matriciel de la terre mère, le droit des aubes radieuses et des matins rieurs. Finis les soirs rouges. Dorénavant, il n’y aurait de jours que des jours d’une intense douceur pour ceux qui, depuis leur bannissement des vallées verdoyantes et leur exode vers les abîmes arides, n’avaient connu que la souffrance.

[Pages manquantes ou illisibles]

 

http://www.lemeac.com/catalogue/1648-mourir-d-oubli.html?page=1

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Cute

En années de chien, il y a quelque chose comme 150 ans qu’elle et moi dialoguons par et pour l’écriture. Une piqûre de sa plume acérée et on est accro. Cette semaine, je vous présente Johanne Tremblay.


 

J’ai récemment adopté un chiot dans un refuge de mon quartier.

Version 2

C’est la chose la plus cute que j’aie jamais vue. Malgré les 18 races qui se disputent une place dans ses chromosomes. Quand il court, ses coussinets roses font un tout petit bruit velouté sur le plancher: tape, tape, tape. Quand il secoue la tête, ses longues oreilles noires jouent la même toune, mais à une cadence plus rapide: tap-tap-tap-tap.

Roméo est vite devenu la coqueluche du quartier. Pas étonnant. Le chien de Peter a l’air d’un croisement entre un raccoon et une mouette. Celui d’Alice aurait pu prêter sa tête à un des dragons de Game of Thrones et ce, sans ajout d’effets spéciaux. Roméo n’est pas juste cute, il est gentil aussi. Contrairement au chien de Bob, par exemple, qui interdit à son maître, sous peine d’éviscération, de poser les yeux sur autre chose que lui.

Trouvé dans une rue avec ses deux frères, Roméo faisait partie des 3,3 millions de chiens qui entrent chaque année dans un des refuges de la Trumpélie. Puis, en s’installant chez moi, il a joint les rangs des 78 millions de chiens de compagnie qui vivent aux États-Unis. Ma maison a réintégré la masse des 44% de foyers américains qui comptent un représentant de la race canine.

Évidemment, sitôt après avoir fourré mon nez dans la fourrure suprêmement soyeuse de Roméo, je me suis ruée chez PetSmart pour ajouter ma substantielle quote-part au 69,5 milliards de dollars du marché des animaux de compagnie (une somme équivalente au produit intérieur brut de la Slovénie).

Partout où je vais pour socialiser adéquatement Roméo, à la quincaillerie, dans un stationnement, dans les rues du quartier, les passants lancent en l’apercevant des petits cris suraigus: «Oh my Goooood, what a cuuuuuuute puppyyyyyyyy!» Les vidangeurs, les policiers, les propriétaires de pitbulls avec des tatous embrouillés et des dents en argent, personne n’y échappe.

Très peu de gens, en effet, sont imperméables au cute. L’extrait suivant explique bien le phénomène.

Des études qui remontent aux années 1940 démontrent que presque toutes les créatures qui possèdent des traits semblables à ceux d’un bébé (de grands yeux, un front bombé, des membres courts) sont susceptibles de faire naître notre affection. C’est évident pour ce qui est des phoques et des koalas, et surprenant pour ce qui est des axolotls (un genre de salamandres). On peut même trouver mignonne une créature imaginaire comme Mickey Mouse. […] D’autres études montrent clairement les raisons pour lesquelles les chiens cherchent à attirer notre attention [avec leur apparence attendrissante]. La sécrétion d’ocytocine, la supposée hormone de l’amour, monte en flèche chez le chien comme chez son propriétaire quand ils se regardent l’un l’autre dans les yeux. Ce phénomène déclenche la même boucle de rétroaction que celle qui s’amorce entre les mères humaines et leurs bébés. Autrement dit, plus les chiens s’arrangent pour attirer notre regard, plus ils nous attachent à eux.

Sarah Elizabeth Adler, »Puppy Cuteness is Perfectly Timed to Manipulate Humans », The Atlantic, novembre 2018.

 

Je ne suis pas différente des autres, mais je me garde une petite gêne, comme en témoignait déjà l’édition du 5 décembre 2012 de ce blogue. (Vous m’excuserez de m’autociter sans vergogne.)

https://chroniquesdelatrumpeliedusud.wordpress.com/2012/12/05/lily-sen-va-a-disneyland/

 

Le cru et le cute

Puisque le cute favorise notre attachement envers les petits êtres sans défense, il mérite sans conteste une place de choix parmi les stimuli et nous ne devrions pas avoir honte d’y céder sans retenue.

De même, si une bordure de papier peint à motif de chatons ensoleille nos jours, pourquoi se priver de l’apposer sur les murs de la cuisine?

Et si on trouve que les fleuris, les frisons et les falbalas mettent notre beauté naturelle en valeur, pourquoi délaisserait-on le cute pour des lignes épurées et une coupe épurée?

C’est autre chose en art.

Dernièrement, un soi-disant amateur a reproché à mes peintures de ne pas être cute. Je l’ai chaleureusement remercié. Jamais, en effet, quelque chose de cute n’a fait avancer les arts visuels, la musique ou l’architecture.

C’est pas pour être chiante que je fais cette distinction. C’est juste que le cute et l’art appartiennent à deux mondes différents et qu’ils servent des fonctions différentes. En d’autres mots, ils n’ont pas d’affaire l’un avec l’autre. Si, devant une œuvre d’art, vous avez envie de vous exclamer «Cute! Adorable! Mignon! Craquant! Mangeable! Attendrissant! Irrésistible!», vous pouvez être certains de deux choses:

1) Si l’oeuvre est ancienne, son éventuelle présence dans un musée ou un bouquin s’explique par des critères autres que sa valeur intrinsèque.

2) Si elle est contemporaine, ne l’achetez pas. (Ben non, voyons donc, vous pouvez l’acheter si vous voulez, je ne suis pas une talibane de l’art, mais ne pensez pas que vous faites un investissement.)

 

En architecture

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Qui ne serait pas heureux de passer ses vacances dans une aussi coquette maisonnette de la Trumpélie du Sud? Cute.

Fallingwater, also known as the Edgar J. Kaufmann Sr. Residence,

Cette maison dessinée par Frank Lloyd Wright, baptisée Fallingwater, se trouve en Pennsylvanie. Important.

 

En arts visuels

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Jeune fille au bichon frisé de l’artiste suisse Fritz Zuber-Buhler (1822-1896). C’est pas parce que c’est ancien ou même bien exécuté que c’est mémorable. Cute.

Kandinsky

Composition V, du peintre russe Wassily Kandinsky, a été peinte en 1911 et est considérée comme une des toutes premières oeuvres d’art abstrait. Important.

En musique

Les chansons de The Sound of Music nous émeuvent et nous ravigotent, surtout dans le temps des Fêtes. Cute.

La musique de Bach garde sa splendeur et sa complexité depuis plus de 300 ans. Important.

 

Votre blogue préféré sera en pause des Fêtes jusqu’au 4 janvier. Je vous parlerai alors d’un sujet approprié pour la première semaine de l’année: les transitions. Joyeuses Fêtes!

 


Auteure du blog www.johannetremblayetmoi.com et d’un recueil de nouvelles publié en 2015, Un mercredi comme les autres, Johanne Tremblay consacre le temps que lui laisse son travail de traductrice à l’écriture d’un premier roman. Elle vit à quelques coins de rue de Montréal.


Chien

Johanne Tremblay

Je n’ai jamais été très chien.

Pas plus que les maisons où ont grandi mes parents, celles où j’ai vécu n’ont jamais abrité de chien. Les Cookie, Pompon et Farouk de mes amies m’indifféraient (au mieux) ou me tombaient sur les nerfs. J’ai toujours trouvé que les chiens des maisonnées où j’allais garder avaient bien peu d’amour-propre, toujours prêts qu’ils étaient à s’éjarrer à la moindre caresse. Je les envoyais généralement passer la soirée au sous-sol jusqu’au retour de leurs maîtres. Lassie? Le Vagabond? Macaire? Je n’en ai jamais rien pensé.

Je vous imagine trop bien, lisant ceci, en train de me classer dans le camp des sans-cœur, vous disant que des gens comme moi sont le ferment des conflits de clôture et des guerres mondiales. Mes amis pourraient néanmoins attester que j’ai d’autres belles qualités. Je composte mes déchets de table, j’utilise volontiers les transports collectifs et je suis disposée à payer trois fois le prix pour un shampooing en pain zéro déchet.

Des circonstances particulières nous ont amenés, mon mari et moi, à emménager récemment dans une ville où tout le monde, ou presque, est très, très chien. Dès que je sors faire une course, je croise au moins cinq clébards et leurs maîtres. [Oui, je sais. Des crinqués véganes dénoncent le vocable «maître» pour désigner la personne qui tient la laisse du chien et paye pour son détartrage dentaire. Je les invite néanmoins à poursuivre leur lecture en dégustant des nounours en jujube, des biscuits Patte d’ours ou des craquelins Goldfish.]

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Toujours est-il qu’il m’aura fallu plus de cinquante ans pour comprendre que l’amour du chien est affaire de culture bien plus que de prédispositions génétiques ou morales. Dans cette ville très anglo que j’habite, des arbres sont plantés en mémoire de chiens qui ont trépassé après une quinzaine de Noëls célébrés en famille ou auprès d’une vieille douairière. Les parcs à chiens y sont plus joliment aménagés que certains espaces verts d’Ahuntsic ou de Rosemont. Ça m’impressionne.

J’ai connu quelques histoires d’affection canine. Je garde un souvenir attendri d’un certain Balzac (qui repose en paix) et, récemment, de Viviana, la précieuse compagne de ma cousine, qui l’a sauvée d’une vie de misère et de tiques costaricaines. Vivi m’a même procuré, pendant les dix jours où je l’ai gardée (sans jamais l’envoyer au sous-sol), des moments de joie sincère que je chéris encore, un an plus tard. Quand, aujourd’hui, j’aperçois un chien posté devant un commerce, fixant la porte comme si le reste de sa vie en dépendait, j’envie celui ou celle qu’il espère.

Je compte sur le congé des Fêtes pour regarder les histoires crève-cœur ou rigolotes de la série documentaire Dogs, sur Netflix. Dans la mesure où toutes celles de ma connaissance qui l’ont vue ont pleuré leur vie à chaque épisode, j’y vois une sorte de test ultime pour déterminer si j’ai un puppy intérieur qui n’attend que son heure (ou celle de ma retraite) pour s’exprimer.

Il ne restera alors qu’un problème à résoudre: mon mari n’a jamais été très «chien».

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Intense

Intense? Vous ne savez pas ce que c’est si vous ne lisez pas, à la suite de ce texte, le coming out de Luc Bédard.


 

«It’s Christmas time in the city.» Et l’un de mes voisins tient à être visible de la station spatiale.

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Ne trouvez-vous pas que la folie de Noël glisse sur une pente enneigée descendante depuis quelques années au Québec? Préoccupations écologiques, soucis financiers, différends familiaux, fatigue, écoeurement pur et simple, on a de moins en moins envie de s’exciter la fibre noëllienne: « – Tu fais quoi, pour Noël? – Bof.»

L’enthousiasme des Trumpéliens, lui, ne se dément pas. Pas plus pour Noël que pour toute autre chose. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons pour lesquelles j’entretiens une telle adoradétestation envers les Américains: ils sont INTENSES.

(Je crois bien du reste que je partage cette ambivalence avec une vaste majorité de la population terrestre.)

Je déteste l’insondable aveuglement des Américains en ce qui a trait notamment aux armes, au conservatisme dit religieux et, comme dirait Monsieur Provigo, au choix du président. J’adore leur insurpassable compétence dans des domaines comme les arts et les sciences. En musique, par exemple, ils me jettent littéralement par terre, comme dans cet extrait où apparaissent les plus grands des plus grands chefs avec leurs orchestres. (Il s’agit du finale de L’Oiseau de feu de Stravinsky.)

 

 

patrice_desbiensSi les Américains sont intenses dans l’admirable et intenses dans l’exécrable, les Québécois, en revanche, sont beaucoup plus modérés. Nous nous pétons les bretelles avec notre soi-disant caractère latin parce que nous traversons les rues aux feux rouges, mais il est permis de douter de notre brasier intérieur considérant que notre débat le plus enflammé des dernières semaines a trait à un tee-shirt.

 

Ouègne, y’est intense

Au Québec, l’adjectif «intense», lorsque accolé à une personne, sert de synonyme fourre-tout à un tas d’autres qualificatifs: passionné, dévoué, énergique, dynamique, déterminé, persévérant, véhément, ferme, engagé, agité, inébranlable, éloquent, original, coloré, maniaque. Ainsi, on dit d’un François Bellefeuille qu’il est intense, d’une Denise Bombardier qu’elle est intense et d’un David Saint-Jacques qu’il est intense.

(Non mais, dites-moi, qui ne se sent pas comme un mognon fini à côté d’un gars qui est à la fois médecin, ingénieur, astrophysicien, polyglotte, astronaute en orbite active, mari, père et, comme si le baluchon du Père Noël n’était pas assez plein de même, éminemment invitable-à-votre-after-party-de-bureau-les-filles? Que le p’tit Jésus qui va bientôt naître me pardonne, j’ai perdu pas mal de temps dans ma vie à vider des bouteilles avec des copains, à tricoter des chandails pour mes êtres chers et à regarder Love Actually au lieu de m’exercer à calculer en pouces et en centimètres la distance au carré entre Sorel et la position de la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko le 25 décembre. Fin de la parenthèse.)

La plupart du temps, l’adjectif «intense» dans son acception québécoise comporte une connotation péjorative. C’est parfois un compliment, mais c’est le contraire le plus souvent. Je sais, on me l’a souvent balancé. Il y a par exemple entre «Hé que t’es intense!» et «Hé que t’as un beau char/chien/gâteau aux fruits!», une différence d’intonation subtile mais néanmoins lourde de reproche et de distanciation.

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L’alternative?

(«T’es intense» est suivi de près dans le palmarès des bêtises qui m’ont été adressées par «Tu penses trop». Mais qu’est-ce donc que penser juste assez? Ils sont où le piton, la pédale de brake, la dosette, le compte-gouttes? Et puis, quelle est donc l’alternative? Pensez-vous que c’est en ne pensant pas beaucoup qu’on écrit un blogue hebdomadaire et furieusement populaire?)

 

Intensément modérés

Non, nous n’aimons pas beaucoup les excès. Nous avons le «Ah, ta yeule!» toujours proche dans le gorgotton. Nos manifestations les plus retentissantes des dernières années ont consisté en des concerts de casseroles familiaux, conviviaux et festifs.

À ceux qui ouvrent déjà une bouche pleine de cannes en bonbon ou de caribou, c’est selon, pour me traiter d’assimilée, je rétorque que non, je ne crache pas dans la soupe aux pois traditionnelle et ne me plains pas de l’exceptionnelle qualité de vie dont nous jouissons au Québec. Un pays où l’on peut acheter des guidis de Noël au centre commercial sans avoir à repérer les abris possibles en cas d’apparition d’un tireur fou. Un pays où les femmes peuvent obtenir un avortement sans se faire postillonner au visage par des pro-vie hystériques qui les traitent de meurtrières. Un pays où ce que l’on connaît de la droite rime avec CAQ.

Ce dont je pourrais me plaindre, cependant, c’est que nous désirons autant être rassurés que stimulés. Notre besoin de calme et de sérénité n’a d’égal que notre peur de l’ennui. René Lévesque était intense. Les électeurs lui ont préféré Robert Bourassa, quitte à le qualifier de plate après coup. Nous avons flushé le Minuit chrétien avec chorale, les cierges, l’encens, la procession vers la crèche, les grandes orgues, les chapes scintillantes et les dentelles des surplis à la Messe de minuit, mais nous n’allons plus à l’église parce que c’est plate.

En fait, alors que les Américains raffolent de l’intensité en toutes choses, nous ne la tolérons finalement que chez nos artistes. Diane Dufresne, Hubert Lenoir, Xavier Dolan, Fred Pellerin, Cœur de pirate, Phil Roy, Dan Bigras ne sont pas des personnalités reposantes, mais il leur faudrait se lever de bonne heure pour perdre notre affection et notre admiration.

Dans le monde du sport, de même, l’intensité constitue souvent la voie royale vers l’immortalité, à condition que vous travailliez fort dans les coins, et fait de vous en quelques buts et passes l’idole du public québécois.

Mais gare! En matière d’intensité, il faut savoir jusqu’où aller trop loin, même quand on est chanteur ou hockeyeur. P.K. Subban était intense. C’est pour ça que le Canadien l’a slaqué.

Les boss de sa nouvelle équipe trumpélienne l’adorent.

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Sortie tardive autant que temporaire du placard et ciel qu’on s’amuse

Luc Bédard

C’est pas drôle de vivre dans un placard. On y est à l’étroit, et les mouvements intempestifs que m’imposent ma maladie – car c’en est une, quoi qu’en disent les «normaux», et même parmi eux les anormaux – ne s’y peuvent toujours déployer dans toute leur ampleur et leur magnificence pour aboutir à l’intense satisfaction y recherchée.

Vous devez bien vous demander ce que je fais, depuis quasiment ma naissance – car c’est de naissance – dans un placard, et un pas grand encore. Puisque vous insistez, je vas en sortir un instant pour vous confier tout net mon secret que vous garderez pour vous: je m’y adonne à une activité d’autant plus méprisable qu’elle n’apporte au mieux qu’un soulagement bien temporaire et, après une brève période dite réfractaire, exige impérieusement que l’on s’y soumette de nouveau. Ça ne rend pas sourd mais ne facilite pas la vie pour autant.

Je parle, vous l’aurez, perspicaces comme que vous êtes, sans doute compris, des tics nerveux, conséquence d’un problème neurologique auquel le premier scientifique qui s’y est intéressé a donné son nom: Gilles de la Tourette, syndrome dont je suis atteint de façon relativement modérée mais inconfortable pareil et on voit bien que c’est pas vous, non c’est pas une vie, merde, d’avoir des lecteurs aussi peu compatissants.

Les tics en question sont le plus souvent moteurs. Personnellement, je connus mon premier dès l’âge de six ans. Je me le refais parfois par nostalgie. Il s’agissait d’un superbe soulèvement asymétrique et spasmodique de l’épaule gauche, d’une beauté résolument disgracieuse. Mes parents voulaient que je m’en débarrasse. Ce que je fis, en chrétien obéissant que j’étais, pour l’aussitôt remplacer – l’économie tourettienne devait rouler – par un autre, impliquant le clignement intempestif des deux yeux, parfois en harmonie, parfois dans un ordre aussi chaotique que le programme du PQ avec pas d’indépendance. Et comme l’indépendance dans ledit programme du parti susdit, un tic tourettien devient d’autant plus impérieux qu’on essaie de le combattre ou le cacher. Alors en public, on le dissimule tant bien que mal, ça énerve, mais les gens qui nous connaissent s’abstiennent par compassion de nous le rappeler, sauf s’ils sont eux-mêmes atteints du syndrome dit de Martine-Ouellet et ne savent conséquemment pas ignorer ce qu’ils savent et rien qu’à wère, on wé ben.

Cela dit, y a pas, dans le syndrome de la Tourette, que les tics moteurs, notre économie est bien plus diversifiée que ça. On trouve aussi les tics verbaux. Certains de mes confrères tourettiens, à ce que j’ai lu, ne peuvent s’empêcher de prononcer en public des mots grossiers, se référant souvent au monde coloré de la scatologie ou du sexe le plus vil et donc le plus trippant, scandalisant leur public d’autant plus que ces accès les prennent généralement de façon soudaine et inopportune, genre au milieu d’un examen au milieu d’un cours qui a lieu dans une classe qui est dans l’école qui est dans la ville et laridon, laridée. En suis-je atteint? Ç’a l’air que non. Ma psychiatre m’a plus d’une fois affirmé que les mots grossiers et phrases pas rapport dont j’émaille à tout moment mes propos n’ont rien à voir avec la neurologie et ne sont imputables qu’à ma malfaisance tentaculaire et généralisée. Bon, on ne peut pas tout avoir.

Si les tics représentent la face visible du tourettien lambda, le syndrome s’accompagne aussi d’un trait de caractère moins évident mais tout aussi épuisant. Je l’ai appris dans un article de journal il y a quelques années. On y écrivait que le tourettien est un être intense, trop intense. Il fait toutttt trop: parle trop fort, bouge trop fort, exprime ses émotions avec une intensité tout aussi démesurée que mal avisée, marquant la plus petite peine ou satisfaction par des ô, des ah, des wow, des crisse! et autres imprécations tout aussi abusives. Quand j’ai lu cet article m’expliquant pourquoi ma blonde appelait le 911 du moment qu’elle m’entendait réagir à un savon échappé sur mon gros orteil gauche dans la douche, j’ai crié, sauté, dansé stupidement comme dans les annonces de Wayfair quand que la dame trouve une lampe affreuse à mettre sur sa non moins cheap table, en somme ce fut une orgie de manifestations à côté desquelles les gilets jaunes font figure d’imitateurs fort peu remuants. En somme, j’étais plutôt un peu soulagé.

Je vous laisse là-dessus, on m’appelle du placard. Pour écrire ce texte, j’ai dû en effet retarder toute une séquence de tics tous plus spectaculaires les uns que les autres, qui maintenant me réclament comme ils se réclament de moi. J’en ai un tout nouveau, qui implique à peu près 75% des muscles de mon corps, ainsi qu’une bonne partie des poumons, ainsi que la rotule et le pancréas. N’essayez surtout pas d’imiter, ça relève de la cascade et vous n’êtes que des amateurs. C’est bien fait pour vous et votre vie plate, tiens.

 

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Au firmament

En deuxième service: réussir sa vie selon Luc Bédard. Ne ratez pas ça.


Au firmament de la pop-culture trumpélienne brillaient depuis des années deux supernovas: Oprah Winfrey et Ellen DeGeneres. Un troisième astre est en voie de se joindre à ce duo en la personne de Michelle Obama.

Commençons par une devinette. Qu’est-ce qui est fabriqué en vitre, qui est plat et vertical, qui émet de la lumière et de la couleur, qui attire le regard et hypnotise les foules?

… Et qui date du XIIIe siècle?

Lisez la suite pour le savoir.

 

Détour en Macronie

Puisqu’il faut désormais limiter nos voyages en avion, je vous propose un détour numérique et écologique par la Macronie (gilets jaunes facultatifs), plus précisément par la cathédrale de Chartres, bien connue pour ses fabuleux vitraux. En voici deux exemples:

Catherine-empereur

Saine Catherine se présente devant l’empereur et lui dit le fond de sa pensée. Il s’ensuit une bonne prise de bec, mais Catherine a l’Esprit saint de son bord.

Marguerite+dragon

Sainte Marguerite, aidée par un ange, terrasse un dragon, symbole du Mal. Elle n’en finira pas moins décapitée.

 

C’était long, au Moyen Âge, les messes et les divers offices auxquels était appelé le bon peuple. Ça parlait latin, on n’y comprenait rien pantoute. On ne savait même pas lire, ventrebleu! On voulait bien devenir un bon chrétien, mais comment faire? On passait son temps à travailler, on crevait de faim et on mourait du premier virus qu’on avait le malheur de pogner.

En revanche, on pouvait se distraire et s’instruire en contemplant les vitraux. Toutes ces couleurs qui chatoyaient! Toutes ces scènes poignantes qui dépeignaient la vie de Jésus-Marie-Joseph et tous les saints! Et les rois dans leurs beaux atours! Et les anges éblouissants qui nous attendaient au Ciel! Et Satan avec tous ses terrifiants suppôts qui ne demandait pas mieux que de nous dévorer si par malheur on avait un peu de fun sur la terre!

Enfin, un divertissement immersif, éblouissant et gratuit! Enfin, des héros et des héroïnes qui s’étaient illustrés, qui avaient transcendé la condition humaine et mérité la vie éternelle au firmament! On ne pourrait jamais les égaler, mais on pouvait au moins les admirer, s’en inspirer et attendre d’eux, qui sait, un miracle?

 

Fast forward huit siècles plus tard

Les temps modernes ont leur vitrail: c’est la tivi.

L’Occident a encore ses serfs: ce sont, entre des millions d’autres, les « associés » de Walmart au salaire minimum et à temps partiel.

Et comme le Moyen Âge, la pop-culture américaine du XXIe siècle a ses saintes: Oprah, Ellen et, de plus en plus, Michelle.

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Oprah Winfrey

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Ellen DeGeneres

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Michelle Obama

 

Selon Forbes, Oprah vaut 2,7 milliards de dollars US. Ellen, 15e dans la liste des célébrités les mieux payées, engrange 87,5 millions de dollars US par année. Michelle, ex-FLOTUS, a vendu 2 millions d’exemplaires de son autobiographie au cours des 15 premiers jours qui ont suivi sa publication.

Je ne suis pas plus smatte que les autres, j’aime bien ces trois filles. J’admire leur vision, leur détermination, leur sens des affaires, leur générosité, leur audace, leur sens de l’humour. J’envie leur garde-robe. (J’ai des jours Converse à la Ellen et des jours Louboutin à la Oprah.) Je ne suis pas une vraie intello. Il m’arrive souvent de regarder l’émission d’Ellen au lieu de celle d’Anderson Cooper et d’acheter le magazine d’Oprah plutôt que The Atlantic.

Tiens, je suis en train de lire l’autobiographie de Michelle. Née dans une famille ouvrière, elle n’a jamais dévié de sa route, jamais perdu ses objectifs de vue, jamais trahi ses idéaux, bref jamais foiré. Elle. Ça l’a menée on sait où, et ce n’est pas fini. Non pas qu’elle soit arriviste ou monstrueusement ambitieuse; elle est juste per-for-man-te.

Les chiffres cités plus haut laissent à penser que j’envie aussi la fortune de M.O.E. (Michelle-Oprah-Ellen), mais je les mentionne simplement pour souligner le formidable pouvoir que ces femmes possèdent.

Pouvoir d’être entendues, pouvoir d’influencer, pouvoir d’infléchir le cours des événements. Pouvoir de faire le succès ou l’échec d’un livre, d’un film ou de n’importe quel autre produit (O). Pouvoir de changer les mentalités sur l’homosexualité (E). Pouvoir d’aider au moyen de fondations qui oeuvrent aux niveaux national et international (M, O, E). Pouvoir de concourir à l’élection d’un candidat (O). Pouvoir de faire échec à l’obésité et à la malbouffe qui plombent l’espérance de vie aux États-Unis (M). Pouvoir d’inciter les filles et en particulier les jeunes Afro-Américaines à étudier et à développer leur potentiel (O, M).

Alors dites-moi, pourquoi M, O et E feraient-elles de la politique, comme tant de gens les y incitent? Pourquoi s’embarrasseraient-elles des innombrables contraintes inhérentes à la gouvernance alors qu’elles ont en ce moment les coudées totalement franches pour réaliser leurs ambitions, poursuivre leurs idéaux, devenir supercalifragilistiquement riches?

 

C’est quoi, d’abord, mon problème?

Malgré tout, je sens que M, O et E vont très bientôt franchir la limite que B (Beyoncé) a enjambée depuis plusieurs mois (pour d’autres raisons cependant) et se mettre à me gosser d’aplomb.

J’évite les foules, surtout quand elles sont en délire. Je n’embarque pas dans les cultes, surtout pas ceux de la personnalité. Je me méfie du pouvoir. J’en ai soupé du star-system trumpélien. Et, par-dessus tout:

J’haïs me faire dire quoi faire et, encore bien plus, quoi penser.

Même quand ça sort de la bouche d’une sainte, qu’elle soit du XIIIe ou du XXIe siècle.

 

Le mot de la pas fine

Mercredi le 5, c’était jour de deuil national en Trumpélie en l’honneur de George H. Bush. Drapeaux en berne, retours sur sa vie et son œuvre dans les médias, funérailles d’État pour rendre un hommage grandiose au 41président. Visiblement, une très grande partie de la population s’ennuie de l’époque où la dignité régnait encore à la Maison-Blanche. À ma connaissance, cependant, nul n’a laissé ces trois mots faire tache dans le concert d’éloges: affaire Iran-Contras.

http://www.slate.fr/story/166001/russiagate-irangate-trump-poutine-scandale

 

 


Portrait d’une réussite totale et c’est ça qui est ça

Luc Bédard

Moi, Luc Bédard, je n’ai fait, dans ma vie qui est une réussite totale et intégrale que l’univers m’envie, que de bons choix.

Des exemples? Dès 1960, à l’âge de six ans et de mes premiers émois amoureux pour ma maîtresse d’école, j’ai résolu de devenir plus tard professeur de cégep et co-blogueur,  et c’est ce que j’ai fait, enseignant la psychologie pendant plus de 35 ans dans un cégep, pas le plus recommandable je l’avoue – le Vieux-Montréal, là où il y a deux drogués par personne, sans parler des élèves -, mais bon. Quant au co-blogue, ben, c’est quoi que vous pensez que je fais sur cette page sinon réaliser mon rêve d’enfance? Bon, y a des pisse-vinaigre qui pourraient objecter qu’en 1960, je ne pouvais concevoir ces projets car ni les cégeps ni, a fortiori, les blogues n’existaient. Et la magie de l’enfance, ça ne vous dit rien? Vous n’avez donc pas de cœur? Pas étonnant que vous l’ayez ratée, votre vie, vous autres…

Bien sûr, tout le monde n’est pas moi et c’est bien dommage. Il y a dans l’univers des dividus qui font de mauvais choix, en fait, qui sont de mauvais choix. Maxime Bernier, par exemple, ci-devant chef autoproclamé du Parti Populaire du Canada et ci-derrière perdant en chef du Parti Conservateur du pays susnommé, a fait le choix pour le moins étonnant de venir au monde. Cela ne l’a jamais empêché de promener sa belle tête heureuse a mare usque ad mare, dans le plus total contentement de soi et une absence de doute qui force franchement l’admiration.

Cela dit, notre ami Maxime n’est pas seul dans son cas. Parcourant les belles ruelles de Montréal, Montebello, Louiseville, New York ou quelque autre bled pas rapport, vous rencontrerez peu de quidams prêts à vous avouer tout drette qu’ils ont fait de mauvais choix et, en général, foiré leur vie que c’en est risible. Une expérience célèbre de psychologie sociale l’a d’ailleurs démontré hors de tout doute: la très grande majorité des gens se considèrent plus intelligents, sympathiques, généreux que la moyenne, surestiment leurs chances de réussite dans l’avenir et sous-estiment parallèlement, mutatis mutandis – je n’ai aucune idée de ce que signifie cette expression mais je choisis régulièrement de l’utiliser et ça marche – les risques qu’il leur arrive des affaires toutes croches comme conduire saoul et rentrer dans la CAQ, mettons. Les seuls qui ont la mauvaise idée de voir la réalité telle qu’elle est sont les dépressifs chroniques. Sans joke! Ciel qu’on s’amuse.

La raison d’un tel aveuglement? C’est qu’on n’a juste pas le choix. Je viens de le lire dans un livre hyper songé: «Il ne faut jamais se tromper de vie. Il n’y a pas de marche arrière». C’est bien beau, ça, mais faut vivre, merde. Et les choix ne font pas toujours la file pour nous sauter dans les bras. On ne peut quasiment plus devenir médecin si on n’est pas une fille car c’est elles qui raflent les meilleures notes à l’école. Évidemment, si on n’est qu’un pauvre mec, on peut toujours tenter de marier une étudiante en médecine, mais elles ne sortent guère, tout occupées qu’elles sont à étudier ou à marier des médecins.

Alors en affaires comme en amour, on fait avec ce qu’on a. On finit en général par se trouver, ou pas, un job, un-e partenaire, un char même. Et de temps en temps on demande à sa blonde, mettons, avec l’air mutin de qui connaît déjà la réponse, Minouououou, pourquoi m’as-tu choisi, moâââh, plutôt qu’un autre? Franchement, imaginez un instant qu’elle réponde Chose, quand je t’ai appelé – ou texté, ou tinderisé, ou whatever – ce soir-là, t’étais mon plan G, les six premiers que j’avais tenté de rejoindre n’étant ou ne voulant pas être là.

Attendez avant d’aller vous pendre en lisant cette histoire d’une infinie tristesse, y a un happy end. La conversation, mal engagée, se terminera sans doute par un Vois-tu, gros matou d’amour, ça pouvait pas mieux tomber et c’est sans doute le destin: t’étais justement le meilleur et je t’aime. Ce sera dit en toute sincérité car le cerveau humain, c’est démontré itou, dispose d’une panoplie de biais d’une admirable mauvaise foi pour réarranger la réalité et s’en accommoder, ou plutôt l’accommoder à nous. Cela inclut, entre autres, une fort opportune amnésie pour les mauvais choix ou ceux qu’on n’a pas faits, ou encore une réinterprétation cognitive – c’est le mot – de ceux qu’on a faits et auxquels on a confectionné des habits neufs qui leur donnent l’allure d’être rien de moins que proprement géniaux.

Bien sûr, ça ne marche pas à tous les coups, et on doit supporter dans sa vie une certaine dose d’amertume à noyer dans la boisson ou incinérer dans le cannabis légal. Car quoi qu’on en pense en s’engageant en affaires ou en amour, les risques que ça se barre en couille sont bien présents. Dois-je vous rappeler qu’un mariage – ou une union libre – sur deux finit pas une séparation? Comment peut-on sérieusement parier sur une entreprise aussi risquée? C’est simple: tout un chacun se dit que son couple fait partie du 50% qui résistera au temps, aux intempéries et aux enfants-rois.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle mes parents, visionnaires comme pas deux, ont décidé de me concevoir: ils se disaient que je serais a beauty, comme disent les Français, sur tous les plans. Étaient-ils victimes de biais cognitifs qui leur donnaient une vision irréaliste de l’avenir? Bon non: eux, ils avaient raison.

 

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Happy hour

Cette semaine, mon auteur invité est TiaraTom. Ses capsules sont réparties tout au long de l’édition de cette semaine des CTS.

 


TiaraTom est un gamin aux lacets détachés dans le corps d’un barbu costaud à calvitie précoce mais affirmée. Il trébuche d’abord dans la rue, puis sur son clavier, dans l’espoir qu’un jour BuzzFeed remarque et publie un de ses tweets. Âgé de 28 ans, il remplit ses propres déclarations d’impôt et prend lui-même ses rendez-vous chez le médecin depuis bientôt deux ans. Hashtags, emojis et références à la culture millénaire: sa mère ne comprend pas toujours ses jokes.


 

La Molécule

Il est 15 h. Cela signifie qu’on peut désormais se procurer partout en Trumpélie du Sud, et ce jusqu’à 19 h, une ration double de ceci pour le prix d’une ration simple.

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Une molécule d’éthanol, la substance couramment désignée par le terme alcool.

 

Dans le cidre de dépanneur comme dans le Petrus, dans la Bud Light comme dans un Macallan de 15 ans, c’est le même assemblage d’atomes de carbone, d’hydrogène et d’oxygène. Le reste est comme qui dirait question d’habillage.

Au vu de l’interdit que l’islam fait peser sur l’alcool, il est ironique que le mot même provienne de l’arabe. La découverte de l’éthanol et l’invention de la distillation seraient de même attribuables respectivement à un Perse et à un Arabe.

L’alcool exerce son charme et ses ravages sur l’humanité depuis plus de 10 000 ans. Toujours de la même façon: en jouant au billard avec les neurotransmetteurs présents dans le cerveau.

Cette molécule, elle est à l’origine, au choix: de votre plus gros problème; de votre plus grande fierté; de vos pires décisions; de vos plus belles soirées; de vos souvenirs les plus pénibles; de vos plus exténuants fous rires.

Que celui ou celle qui a avec la Molécule une relation totalement simple, directe, sans arrière-pensée, sans ambiguïté, sans questionnement, sans regret ni promesse, sans souci ni calcul, jette, comme disait l’autre, la première bière.

Certains attribuent la longévité et la joie de vivre des retraités floridiens à la précocité de l’heure de l’apéro. Chose certaine, les routes deviennent infréquentables à compter de 19 h, puisqu’elles sont bondées de Cadillac Eldorado ondoyantes dont les conducteurs: 1) remettent depuis deux ans leur opération de la cataracte; 2) n’utilisent pas leurs rétroviseurs pour cause de raideur des vertèbres cervicales; 3) sont guerlots.

 


@TiaraTom – Une fois, en sortant d’une soirée romantique chez un ami, j’ai décidé de faire demi-tour et de cogner à sa porte pour l’embrasser passionnément dès qu’il ouvrirait. Il a ouvert en se passant la soie dentaire. J’ai fait semblant d’avoir oublié mes clefs.


What’s your poison?

J’adore l’ironie et le détachement presque masochiste de cette question, celle que l’on vous posera quand vous vous installerez pour le happy hour dans un débit de boisson trumpélien.

Voyageons donc du sud au nord de la Florida et voyons ce que vous consommerez. Cette semaine, nous nous arrêterons chez moi, au point-milieu de la péninsule floridienne.

Key West

À Key West, deux établissements se disputent l’honneur d’avoir gagné la faveur d’Ernest Hemingway. Selon toute vraisemblance, la palme revient à Sloppy Joe’s et non à Captain Tony’s Saloon. La légende veut que l’auteur de Pour qui sonne le glas ait eu un faible pour le mojito, faible hérité de ses séjours à La Havane, mais en vérité il n’était pas très regardant quant à son poison. Le grand auteur s’est tiré une balle dans la tête avec son fusil préféré, mais son penchant pour la Molécule faisait déjà sonner le glas pour lui depuis des années.

 

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Ernest Hemingway, 1899-1961.

 

 


@TiaraTom – Si je pouvais choisir un super-pouvoir, je me contenterais de ne pas pleurer quand je suis fâché (même vraiment vraiment fâché), ou de parler en public sans avoir la joue qui shake. Les grands pouvoirs s’accompagnent de trop grandes responsabilités.


 

Miami Beach

Sur Ocean Drive, l’avenue bigarrée, touristique, hystérique et drolatique qui borde l’océan à Miami Beach , vous serez sans cesse convié par les portiers à vous asseoir aux tables de leurs établissements. On vous proposera des margaritas gigantesques, aux couleurs des années 80, concoctées avec une sloche contenant plus de sucre que de Molécule.

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Jupiter

Faisons un grand saut jusque chez moi. J’affectionne particulièrement les tiki bars de Jupiter, où vous pouvez aborder directement en descendant de votre paddleboard. Vous y regarderez le coucher de soleil en laissant vos orteils gigoter dans le sable. Les chaises sont en acrylique, le toit est en feuilles de palmiers, la serveuse vous appelle honey. La dernière mode en matière de Molécule: les loaded bloody marys (servis dans des gobelets en plastique).

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(Si vous vouliez que je vous parle de mixologie bon chic bon genre, il fallait payer mon billet d’avion pour Copenhague ou Barcelone.)

 

 


@TiaraTom – Mon nouveau psy est situé à deux coins de rue d’un Krispy Cream. J’ai déjà commandé un nouveau pantalon.


Pourquoi happy?

Le 3 à 7 trumpélien n’est-il donc heureux que dans la mesure où l’on s’imbibe à bon compte? Ces quatre heures n’ont-elles de magique que de faire passer un bourbon pour un vrai scotch, un sauvignon californien pour un grand cru, bref un dépresseur comme la Molécule pour un remontant?

« Malgré tou-ou-ou-ou-ou », comme le claironnait Diane Tell dans la chanson Miami, il y a dans la lumière de fin de journée en Florida une couleur dorée plutôt jolie. Dans le miroitement de l’océan, une invitation au lâcher-prise. Dans les balancements que la brise imprime aux palmiers, des relents de paradis perdu. La soirée sera douce. Elle sera même calme si Trump n’est pas à Mar-a-Lago et que les F-15 qui patrouillent sans relâche l’espace aérien restent au sol.

 

Grâce aux attraits que la Trumpélie du Sud réussit miraculeusement à conserver depuis des générations, on peut tout aussi bien se réjouir de vivre dans cette carte postale criarde en sirotant du thé.

Ce n’est pas que j’aie déjà essayé, mais j’imagine que c’est théoriquement possible.

 


@TiaraTom – Combien faut-il d’abonnés pour se sentir moins seul? Je cherche un ami.


 

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Lifting et niqab

Un gig chez les Trumpettes

Mon voisin Bob jubile.

Son band semi-professionnel a décroché le contrat de musique pour la prochaine soirée-bénéfice des Trumpettes, qui se tiendra en février à Mar-a-Lago.

http://trumpettesusa.com

Il n’en fallait pas plus pour crinquer d’aplomb le groupuscule de résistants de ma rue.

«Non mais, cette bande de Barbies post-ménopausées accros au Botox.»

«Quelle pathétique gang de guédailles sur le retour.»

«Leurs cheveux platine, leurs lèvres gonflées à l’hélium, leurs faux jos, le kitch!»

«Quand on va les incinérer, la fumée va être toxique.»

Vous allez dire que j’ai pogné le syndrome de Stockholm, mais je suis tombée tannée d’un coup.

Tannée qu’on conspue un regroupement politique féminin non pas pour les positions de ses membres, mais pour leur apparence.

Comme on l’a fait pour Michelle Obama, Pauline Marois, Catherine Dorion et tant d’autres.

 

Ce n’est pas que les Trumpettes en aient à revendre, mais si on les critiquait plutôt pour leurs idées? D’accord, le mot est sans doute un peu fort. Disons donc pour leurs émois? Leurs frissons? Leurs onomatopées?

Je sais, c’est pas toujours facile de réprimer la fashion police qui sommeille en nous.

 

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Des partisanes accueillent le président à son arrivée en Floride mardi soir dernier. (Photo: The Palm Beach Post)

 

Mais ce qui est bon pour Safia Nolin est bon pour les MAGA et les Trumpettes.

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Safia Nolin.

 

Même si c’est à l’autre extrémité du spectre.

 

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Les Trumpettes fondatrices à Mar-a-Lago, la résidence de Donald Trump à Palm Beach.

 

Pourquoi?

Parce que justice for all, comme dit la conclusion du Serment d’allégeance au drapeau des États-Unis d’Amérique.

En revanche, si la personne est totalement dépourvue d’idées ou d’inspiration, disons comme Melania Trump ou Maxime Bernier, est-ce qu’on peut se rabattre sur son apparence? (Ça y est, me voilà au bord de l’incohérence dans ma déclaration publique de vertu. Est-ce que ça peut passer si j’invoque le droit d’assumer mes contradictions?)

La face cachée

Avant de me transporter en Trumpélie du Sud, j’ai visité un pays qui ne badine pas avec son islam: l’Égypte. Là, 98% des femmes ont la tête couverte. Le 2% restant correspond aux chrétiennes –  tolérées. On voit de tout, du simple foulard au niqab (qui habille environ 30% des femmes) en passant par diverses interprétations du concept de voile et de tenue modeste.

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À force d’observer et de questionner, j’ai fini par mettre mes connaissances à jour au chapitre des prescriptions vestimentaires islamiques.

Ainsi, j’ai appris que le Coran incite les femmes à se couvrir la tête mais les laisse libres d’agir selon leur conscience.

Par conséquent, toute tenue qui va au-delà du foulard découle non pas du religieux mais d’une pression sociale (pas si) subtilement entretenue par le politique.

Cette pression est le plus souvent exercée par les hommes. Ça commence par le fiancé: «Envoye donc, ma chérie, fais-le pour moi, porte un foulard.» Ça finit avec le mari: «C’est le niqab ou tu ne sors plus de la maison.»

Or la pression n’est pas seulement l’oeuvre des hommes. Il n’y a rien comme une femme opprimée pour jouer les talibanes à son tour: «Elle n’est pas une bonne musulmane.» «Elle renie sa religion.» «Elle a des mœurs douteuses.» «Elle est une honte pour sa famille.» «J’ai même entendu dire qu’elle voudrait étudier/travailler/divorcer.» «Elle doit donner l’exemple à la seconde épouse.»

 

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Deux copines se prennent en photo sur un pont qui enjambe le Nil. (Photo prise avec mon iPhone.)

 

 

Pendant ce temps, en Trumpélie…

Revenons vers l’Ouest. À Palm Beach, j’ai entendu des femmes parler ouvertement de leurs chirurgies esthétiques dans des restaurants. Je les ai vues échanger des cartes de visite de chirurgiens. Je les ai entendues critiquer durement les résultats obtenus par l’une ou par l’autre.

Dans certains cercles de Palm Beach (dont le centre se situe à Mar-a-Lago), une femme de plus de 50 ans qui n’affiche ni lifting ni «retouche» est considérée comme une femme: pauvre ; négligée ; sans coquetterie ; socialement isolée ; bohème ; pire que tout: rebelle, probablement démocrate, féministe et certainement pro-choix.

La pression sociale est écrasante.

Si vous ne voyez pas encore où je veux en venir, vous avez mangé de la laitue romaine et vous filez un mauvais coton.

Bon, puisqu’il faut tout vous expliquer…

Lifting extrême et niqab, au fond, sont les deux faces opposées (jeu de mots plus ou moins intentionnel…) d’une même réalité. D’un côté, on gonfle, on souligne, on exagère les traits féminins pour les faire paraître plus jeunes ou plus harmonieux et les rendre plus désirables. De l’autre côté, on cache le visage des femmes pour le soustraire au désir des hommes qui ne sont pas leurs partenaires sexuels légitimes. Le visage féminin, voire le corps féminin tout entier, est soit manipulé, soit oblitéré par et pour des forces extérieures. Dans les deux cas, on ne lui reconnaît pas de droit à la réalité.

Un jour, peut-être, les femmes seront authentiquement libres de recourir à la technologie médicale si ça leur remonte le moral ou si ça soulage leur angoisse existentielle. Un jour, peut-être, les femmes seront authentiquement libres de porter un foulard si ça les rapproche d’Allah.

Mais pas parce que d’autres l’exigent plus ou moins explicitement à des fins sociales, culturelles, économiques, politiques ou religieuses.

Inch’Allah.

 


C’est pas fini!

Pour la deuxième saison des Chroniques de la Trumpélie du Sud, j’ai invité d’habituels solistes à jouer du clavier avec moi. On fera du contrepoint, du canon, du quatre-mains. On se répondra… ou pas. On sera à l’unisson… ou non. On improvisera. Chose certaine, on va jouer fort.

Mes invités ont carte blanche. Je ne leur impose ni sujet, ni ton, ni nombre de mots. J’essaie simplement d’assortir leurs textes aux miens afin de créer des résonances.

Cette semaine, ça résonne solide. Je vous présente Luc Bédard.

 

 


Pour les quelques dudes de l’univers connu qui ne me connaîtraient pas encore, je m’appelle Luc Bédard, des Bédard qui partirent de Normandie semble-t-il avant même le Big Bang. J’ai enseigné la psychologie au cégep du Vieux-Montréal jusqu’à ma retraite il y a quelque trois ans. Depuis, je continue à me prendre, moi, très au sérieux, et la vie, pas vraiment.  Elle ne sert après tout qu’à mourir, mais en attendant, maudit qu’on a du fun.

https://www.facebook.com/luc.bedard.108


Le linge

Quand j’étais jeune, il y a de cela des siècles, mon imagination se résumait à un film mettant en vedette des filles avec pas de linge et passant en boucle. Aujourd’hui, alors que tous mes poils grisonnent quand ils ne se poussent pas, je pense, et de plus en plus, au linge.

Le linge, aaaahhh! le linge. On dirait qu’y a que ça qui habille les conversations et pensées intimes des pauvres pécheurs que nous sommes depuis que Dieu a découvert, et par la même occasion couvert, Adam et Ève en train de faire des cochoncetés tout nus sous les pommiers.

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Adam et Ève, par Lucas Cranach l’Ancien, 1526.

Il m’arrive donc de plus en plus en plus souvent d’errer dans les rues et ruelles du monde, parfois à des kilomètres entiers de chez moi, où on ne cesse de ne pas me demander, question de linge, ce que je pense de ce morceau de tissu pseudo-islamique appelé foulard, voile, tchador, jadore, hijab, niqab, burqa ou jysuispas. On ne me le demande pas car l’univers entier sait tout le bien que j’en pense. Ce n’est pas d’hier que les hommes, comme d’ailleurs Dieu qui les a faits semble-t-il à son image, tentent de cacher aux autres fauves le corps des femmes, de leur(s) femme(s), question que le serpent qui se tient toujours au garde-à-vous dans les bobettes des rivaux potentiels ne se mette pas à siffler et feuler (si, si, ces sortes de serpents feulent en plus de siffler comme un homme depuis un trou d’homme) et cracher en percevant l’ombre de l’ombre d’un poil tentateur, ou pire: tenté.

Non que personnellement, le poil, ça me le dresse tant que ça. Tiens, je suis allé récemment en Allemagne, si, si! avec ma légitime épouse (je ne suis pas riche, je n’en ai qu’une), et dans l’avion,  nous partageâmes notre mètre cube de classe économique avec un confortable juif hassidique tout ce qu’il y a de plus habillé comme. Plus tard, à Munich et à Berlin, nous croisâmes des femmes intégralement voilées jusqu’à la racine de l’épiderme, du derme et de l’endoderme. Eh bien, croyez-le ou non et je vous comprends de tant m’admirer: je n’ai insulté, agressé, feulé après (encore!) ni les unes ni l’autre. Comment l’individu se vêt ou déguise en public me fait en effet peu d’effet (eh, on dirait une comptine: me fait, en effet, peu d’effet… suis-je poète rien qu’un peu!). Sauf, bien sûr, dans le cas des démones hypersexualisées. Je suis d’une autre époque, et les sous-vêtements portés dessus me mettront toujours sens dessus dessous. On ne sort pas l’adolescence du cerveau (?) d’un primate.

Mais je m’égare. Je parlais de tout le bien que je pense du voile, de ses dérives et dérivés. Si les femmes voilées en Allemagne ou aux Galeries d’Anjou ne m’inspirent, tout au plus, qu’un léger agacement, un peu comme de croiser une religieuse, un disciple de krishna ou même Hubert Lenoir dans ses moments les plus intenses, le voile, dis-je, lui-même, en tant que symbole de la main invisible du marché patriarcal sur les pussy et autres carrés d’herbe dont un ou des hommes revendiquent la propriété exclusive, fait feuler, cracher, monter de lait mon féministe intérieur.

Plus que le voile lui-même que j’abhorre, ce qui me sort vraiment de mon linge, c’est d’entendre, lire, subodorer les propos de vraies femmes, dont le féminisme, contrairement à l’hypocrite mien,  coïncide justement avec leur sexe biologique s’il en est un, ces femmes donc qui disent que le voile, bof, ce n’est qu’une pièce de linge, à peine de religion, et qu’y en a tant qui le portent par choix (ben sûr… cf. paragraphe suivant), par modestie (par nature même féminine dirait-on), ou voire, je l’ai lu, de mes yeux lu, ce qui s’appelle lu: par souci esthétique! Qu’y a rien là-dedans qui rappelle un tant soit peu la domination susdite masculine, que c’est juste une affirmation de sa propre individualité et toutttt et fuck les ceusses qui croiraient que le privé est politique.

Ah,  que je voudrais parfois que l’univers entier ait mon âge et ma lucidité, pour avoir appris à la dure qu’aucun choix n’est libre et individuel pour vrai. Qu’il ne s’agit là que d’une ombre que, dans notre caverne, on prend encore pour la réalité. Et l’univers ainsi assagi se demanderait peut-être même si on ne se fait pas un peu mal à la congruence en affirmant, d’un côté de la bouche, que les femmes subissent depuis toujours l’omniscient et omnipotent conditionnement imposé par le patriarcat jusque dans leur cortex le plus intime, et, de l’autre, que leurs choix ne dépendent que d’elles et mêlez-vous de vos affaires. Jusques et y compris lorsque ces «choix» rencontrent fort opportunément les diktats les plus asservissants… On en a même vu et pas des moins barbus prendre la rue pour «défendre» le «libre choix» de femmes qui n’y étaient guère, n’y étaient souvent même pas.

Y a-t-un dicton de mon époque qui dit «Ce que femme veut, Dieu le veut». Je me dis que dans la vie, y arrive que ça adonne drôlement bien. Pour Dieu, en tout cas.

 

 

 

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Retour en Couillardie du Nord

La route, la route, la route. Avec ses cafés amers, ses fast foods indigestes, ses hôtels pas chers. La route, qui nous emmène des palmiers aux feuillus puis aux branches encore nues des Laurentides.

La route était longue et elle m’a déposée en Couillardie. Qui sait si, au moment où je la reprendrai en sens inverse, nous ne serons pas en Caquélie? Plus rien n’est impensable.

 

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Road trip

Un road trip, c’est trippant sur 400, peut-être 500 kilomètres, jusqu’à Kamouraska, genre, bon OK, Baie-Saint-Paul. Après, c’est comme un marathon qu’on courrait sur les genoux.

Un road trip, c’est drôle quand on peut s’arrêter pour goûter les tartes aux cerises de terre de Madame Chose ou visiter le musée des p’tits chevaux gossés dans le bois de Monsieur Truc.

Quand il faut avaler les kilomètres sous peine d’être expulsée manu militari de la Trumpélie, on se trouve d’autres distractions.

Mais combien de chevreuils écrapoutis faut-il compter?

Combien de fois faut-il tenter de chanter Uptown Funk sans bafouiller?

 

On se sent comme dans une aérogare, mais pendant trois jours au lieu de trois heures.

Le soir, quand on s’endort dans un autre lit d’hôtel, on a l’impression de rouler encore, comme quand on était enfant et qu’on rentrait de la balade du dimanche.

On fait des rencontres fugitives. On se fabrique des petits souvenirs vite faits.

Un chien blanc perdu dans un rest area de la Pennsylvanie. (« – On l’embarque! – On a plus de place. – Y’est ptiiiiit! – Non. – Il va se faire écraser. – Non. »)

Un camionneur perché dans l’habitacle de son 53 pieds qui me fait un clin d’oeil. (« Si t’es aveugle, mon homme, tu devrais pas conduire un engin pareil. »)

En Caroline du Nord, le personnel d’un McDo réuni au grand complet autour de la machine et qui bénéficie grâce à Chum d’un crash course sur la fabrication de l’expresso. («Non, on ne remplit pas le gobelet d’un demi-litre avec des shots de café concentré. Deux, ça suffit.»)

 

Moi, j’ai trouvé l’hiver court…

Tant qu’à vivre la moitié de l’année aux USA, je tente de m’immerger autant que possible dans l’expérience américaine. Je ne cherche pas de repères familiers mais plutôt des occasions d’observer et de comprendre. Je ne vise pas à partager des complicités mais plutôt à découvrir des mentalités.

Je vous ai fait part de mes impressions, de mes découvertes, de mes étonnements tout au long de l’hiver, et ces rendez-vous hebdomadaires ont scandé mon emploi du temps. C’était devenu un entraînement, une nécessité, un défi, une fête.

Bloguer, c’est beaucoup écrire pour soi devant public. Mais c’est surtout écrire pour soi. Le blogue est une lampe frontale qui éclaire nos pas d’exploratrices, d’auteures, d’écrivaines qui marchent dans le noir. Nous ne sommes pas seules, c’est le moins qu’on puisse dire, et l’auditoire est parfois bien discret. Quand il se manifeste, c’est Noël en juillet, c’est un redoux de février, c’est un 24 juin allègre.

Johanne Tremblay, johannetremblayetmoi.wordpress.com, 15 novembre 2017.

 

Me revoici donc devant mon lac encore gelé et je n’ai même pas eu le temps de vous parler des Trumpettes, ces drôles de bibittes envers qui je n’arrive pas à éprouver de mépris.

Je n’ai pas eu le temps de vous parler des chasseurs de trésor qui écument encore les hauts-fonds de la Trumpélie du Sud, avec un certain succès, semble-t-il.

Je ne vous ai pas brossé le portrait de mon amie B., cette new-yorkaise pur jus que les Clinton invitaient à la Maison Blanche et qui m’a appris à retourner un plat aussi souvent qu’il le faut pour obtenir ce que je veux au resto.

Ce sera peut-être pour une prochaine fois…

Une grande gueule est une grande gueule

À présent qu’il est presque temps de sortir les béciques du garage, comme le chantait Beau Dommage, j’ai perdu mon point de vue particulier. Et j’hésite à joindre ma voix à celles de la multitude de chroniqueurs, blogueurs et donneurs d’opinion qui nous inondent chaque jour de leurs états d’âme et qui s’ingénient à nous dire quoi et comment penser, lire, manger, s’habiller, décorer, recevoir, copuler, vieillir, rajeunir, voter.

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SidVicious08, Megaphone.

Néanmoins, une grande gueule a toujours besoin de communiquer, que ce soit avec la plume (le clavier) ou le pinceau.

Qui sait si la tentation de placer mon grain de sel et mon zeste de citron ne sera pas plus forte que la perte de mon point de vue?

Alors en attendant de me faire une idée, je m’en vais m’aplaventrer sur mon quai en suit de skidou et donner des coups de hache dans la glace pour la forcer à libérer le lac d’ici la Saint-Jean.

Bon été.

 

 

 

 

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Trois femmes

Trois créatrices, trois leçons

 

ASTRID

Elle est entrée dans l’atelier de gravure, son matériel dans une main, son gobelet de maté dans l’autre, et toutes les têtes se sont retournées. Elle a salué et elle s’est installée. Elle travaillait à partir de ses propres photos: des chevaux, des gauchos, des paysages de la pampa. C’était de bonnes photos. Même Mark, qui ce jour-là enseignait sa technique, était presque charmant avec elle.

Le scan de la pas fine n’a rien révélé de particulier dans sa tenue: un jean qui fittait bien mais qui ne criait pas sa griffe, un chemisier lousse, une paire de vieux Converse rigolos. Pas de bijoux. Mais globalement un look d’enfer.

Dans l’arrière-salle où nous nettoyions nos outils, elle m’a parlé de ses projets de photographe, de ses deux fils et de son chum qui était joueur de polo professionnel (ouègne, pas technicien chez AT&T), d’où son séjour en Trumpélie du Sud. J’ai eu le temps de l’observer: la peau mate, un rien olivâtre, le nez droit et fin, le menton délicat, l’œil légèrement en amande, le cheveu long et presque noir. Grande, évidemment. Mince, il va sans dire. Zéro maquillage.

C’était la première fois de ma vie que je voyais une personne aussi belle. Belle au point qu’on avait l’impression que la lumière baissait quand elle sortait de l’atelier. On se sentait un peu moins d’énergie. Quand elle rentrait, on avait juste envie de la regarder encore un peu, ou mieux, d’être regardés par elle.

La machine à rumeurs s’est mise en marche au Centre d’art: « Il paraît qu’elle a été et est encore top-model! » Taper son nom dans Google a ouvert la porte sur un univers irréel. Ben oui, c’est elle, sur la couverture de Machinrevue et Trucmagazine, puis dans un défilé de Victoria-Secret-mal-gardé. Ben oui, ce sont les gens dont elle tire le portrait depuis qu’elle a entamé une carrière de photographe: Sting, Bono et autres peoples. C’est bien elle portant des tenues éblouissantes, dans des événements comme la Biennale de Venise ou le Festival de cinéma de Berlin.

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La leçon

À nous qui sommes juste cute, pas pire, charmantes malgré nos asymétries; à nous qu’une portion de frites fait grossir d’une livre; à nous qui montons à pied jusqu’au sommet de la Place Ville-Marie mais qui n’avons toujours pas de fesses, je dis qu’on peut toujours s’encourager en se disant que toutes les femmes qu’on voit dans les magazines ou au cinéma sont soit photoshoppées à mort, soit maquillées pendant des heures par des artistes.

J’ajoute cependant, même si ça me fait de la peine: c’est de la bullshit.

C’est chiant, mais c’est ça.

Il y a dans le monde des gens si beaux qu’ils semblent former une espèce à part. Ils sont beaux comme ils existent, sans effort particulier ni intervention extérieure. La bonne coiffure et le bon éclairage ne font que souligner ce qui existe déjà.  Leur beauté ne peut pas passer inaperçue: elle attire, fascine et ravit comme le feu. C’est pour cette raison qu’ils sont remarqués par des «chasseurs de beauté» et qu’ils deviennent mannequins ou vedettes de cinéma. Il ne peut pas en être autrement.

Est-ce que toute beauté vient de l’intérieur? Je suis au regret de vous répondre par la négative depuis que j’ai côtoyé une vraie top-model. Astrid est fine, pas compliquée et très talentueuse. Ça ne fait qu’ajouter à son charme, mais sa beauté éblouissante se passe de qualités intangibles. Elle serait aussi furieusement belle si elle était une bitch finie, inculte et niaiseuse.

http://www.astridmunozphotography.com

 

 

EVA

Sur le côté nord de la plaza à Santa Fe, les joailliers amérindiens exposent leurs bijoux sur des couvertures posées par terre. Eux-mêmes sont assis sur le sol ou sur des pliants, adossés au mur. Ils appartiennent à quelque chose comme une guilde qui appose à leurs créations un label de qualité. Leurs bijoux en argent et en pierres semi-précieuses sont lourds et volumineux mais finement ouvragés.

Eva a la cinquantaine avancée et le visage lourdement maquillé. Au moment où je lui ai adressé la parole, elle retouchait au crayon le tracé insistant de ses sourcils. Une coquetterie remarquable compte tenu du vent qui balaie de la poussière sur ses créations et du froid qui l’oblige à s’emmitoufler dans deux ou trois couvertures.

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Le Nouveau-Mexique est, après l’Alaska, l’État où le pourcentage d’Amérindiens dans la population est le plus élevé. On y compte 23 tribus amérindiennes, dont 19 pueblos, 3 apaches ainsi que la nation navajo. Chaque tribu constitue une nation souveraine dotée de traditions, d’une culture, d’un gouvernement et d’un mode de vie distincts. Quand on se balade au Nouveau-Mexique, on voit les Amérindiens, on les rencontre, on leur parle. Ils sont présents dans la vie de tous les jours.

J’ai demandé à Eva une paire de boucles d’oreille en forme de grandes spirales. J’aime bien le motif de la spirale qui, pour les Amérindiens de l’Ouest américain, symboliserait guérison et renouveau. Elle m’a dit qu’elle ferait son possible pour les fabriquer. « Reviens demain. »

À Eva et à plusieurs autres personnes amérindiennes rencontrées au fil de mes balades au Nouveau-Mexique, j’ai posé des questions, toutes sortes de questions, naïves ou pas. Mes conversations m’ont permis de soulever un mince coin du voile qui nous cache, à nous Blancs, l’infinie richesse de leur culture.

Je suis retournée sur la plaza le lendemain et Eva, en bonne commerçante, avait fabriqué mes boucles d’oreille.

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Des spirales (ou des cercles concentriques), des animaux, un pied, un personnage, des rivières et un tas d’autres signes encore mystérieux dans un site de pétroglyphes amérindiens (gravures sur pierre) en Arizona.

La leçon

Au Canada, les deux solitudes, ce ne sont pas les anglos et les francos, mais bien les Amérindiens et les Blancs. Ce sont nos compatriotes, nos voisins, voire nos ancêtres, et nous ne savons rien d’eux, outre des clichés comme les cigarettes de contrebande. C’est absurde et intolérable. Nous entretenons notre ignorance, nous la perpétuons et, franchement, nous n’en sortons pas grandis.

 

ERIN

Tout est peint autour d’Erin: son char, sa clôture, les arbres, les pierres, les parasols et les murs de sa maison. Elle peint sur des couvre-lit, des bouts de carton, des sacs d’épicerie et, les mauvais jours, sur son fauteuil roulant. Quand elle n’a pas la force de tenir un pinceau, elle peint dans son lit, au moyen d’une appli pour iPad.

Depuis sa tendre enfance, Erin, aujourd’hui âgée d’une trentaine d’années, est atteinte du syndrome infectieux multisystémique et de la maladie de l’intolérance systémique à l’effort, deux manifestations de la maladie de Lyme. (Des tiques, il y en a partout en Trumpélie du Sud, et elles prolifèrent 12 mois par année. La maladie de Lyme n’est pas une bagatelle.)

Sous ses vêtements raidis par la peinture, Erin est maigre et pâle mais elle a un regard de feu qui semble dévorer tout ce sur quoi il se pose.

 

 

Ses œuvres sont colorées, spontanées, généreuses. La peinture et les papiers collés s’y accumulent en de très nombreuses couches. L’abstrait et le figuratif font bon ménage dans son portfolio. Erin peint comme elle respire, sans se poser de questions et, parfois, au détriment de son bien-être.

Elle a tout essayé pour aider à guérir les symptômes que les médecins, malgré d’incessants traitements, n’arrivent pas à soulager. Elle a de courtes périodes de rémission, entre lesquelles ses parents entrent en scène.

C’est presque impossible de ne pas faire de rapprochement avec Frida Kahlo.

Par bonheur et pour une fois que la vie manifeste un rien de justice, sa carrière connaît une accélération notable depuis quelques mois. Elle est représentée dans quelques galeries et ses oeuvres sont remarquées lors des foires d’art qui ponctuent les mois d’hiver dans le comté de Palm Beach.

https://spark.adobe.com/page/dLKom/

La leçon

J’ai pas le temps. J’ai mal au genou/au dos/aux pieds/à la tête/alouette. J’ai pas l’énergie. J’ai pas les résultats que j’attends. Je suis pas certaine que ça vaut la peine. Il fait trop froid/trop chaud/trop gris/trop beau. Ça marche pas.

La liste pourrait s’allonger au point de faire planter ce site.

Mais vous voyez où je veux en venir, pas besoin de vous écrire un petit catéchisme.

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Appartenir

Première dans ma vie: j’ai été invitée dans un club. Pas une boîte de nuit, mais bien un lieu où se rassemblent des gens unis par une caractéristique commune: même terrain de golf et même lieu de vie dans ce cas-ci.

À ma grande surprise, j’ai passé une très bonne soirée. J’ai rencontré d’anciens voisins, j’ai bien mangé dans un décor raffiné et j’ai échangé d’agréables propos avec mes amis.

Est-ce assez pour me convaincre de joindre les rangs de ce club ou de tout autre club d’ailleurs?

Non.

belonging

 

Néanmoins, cela a suffi à me prouver que les Trumpéliens possèdent effectivement une valeur que je leur soupçonnais depuis longtemps: l’appartenance.

Malgré l’individualisme qui caractériserait les Trumpéliens, ils sont fidèles à toute une hiérarchie de groupements, en un enchaînement qui se construit au cours de leur vie. Ils restent notamment attachés à:

  • leur école secondaire;
  • leur université;
  • leurs équipes sportives préférées;
  • leur quartier;
  • leur régiment s’ils ont fait partie de l’armée;
  • leur parti politique;
  • leur Église;
  • leur patrie.

 

Et par «attachés», j’entends bien plus que simplement «nostalgiques». La nostalgie, en effet, est passive et solitaire. Eux sont plutôt «investis affectivement», ce qui implique une forme d’action. Ils restent liés à leurs camarades, continuent de faire des dons à leur alma mater et fréquentent leur Église assidûment, par exemple.

Leur engagement est public: ils le manifestent explicitement au moyen de tee-shirts, d’autocollants ou de drapeaux.

Et, fait intéressant, ces appartenances ne sont pas mutuellement exclusives. Par exemple, un républicain et un démocrate peuvent s’engueuler comme du poisson pourri à propos de la politique, mais se faire d’interminables accolades le lendemain au match de football du collège local.

 

Followers of Bhagwan in Rajneeshpuram, wearing their signature color

Ça, c’est avoir un GROS besoin d’appartenance. (Photo tirée du documentaire Wild, Wild Country, diffusé sur Netflix.)

 

Si la pub l’exploite…

Le besoin d’appartenance est bien réel chez l’être humain (et peut-être aussi chez d’autres espèces). Il occupe même son propre échelon dans la pyramide de Maslow (qui est en voie de devenir aussi antique et vénérable que les pyramides d’Égypte). Quand la publicité exploite une tendance humaine, on peut en conclure avec beaucoup d’assurance qu’il s’agit bel et bien d’un besoin.

 

Et nous ?

Et nous, les Québécois, comment comblons-nous notre besoin d’appartenance?

Plus précisément, comment concilions-nous notre individualisme et notre besoin d’appartenance?

Les clubs privés existent au Québec, mais ils sont en voie de disparition et sont longtemps demeurés l’apanage des bien nantis. De plus, ils sont issus d’une tradition anglo-saxonne à laquelle les francophones des classes moyenne et ouvrière sont restés réfractaires. On trouve ça snob, élitiste, voire risible.

La pratique religieuse s’éteint comme un cierge usé, pas besoin de citer des statistiques pour vous en convaincre.

Selon le Réseau de l’action bénévole du Québec, nous serions d’assez bons bénévoles, puisque plus de 2,2 millions de personnes font annuellement du bénévolat au Québec.

Dans son plus récent relevé sur les dons de charité au pays, Statistique Canada précise que le don de charité médian en 2013 pour l’ensemble du pays atteignait 280$. Au Québec toutefois, ce don était de 130$, soit le montant le plus faible de toutes les provinces et territoires (lapresse.ca, 17 février 2015). En 2010, seulement 1% de l’argent amassé à des fins caritatives est allé aux universités et aux collèges (affairesuniversitaires.ca, 4 décembre 2013).

Nous avons les cordons de la bourse pas mal lousses lorsque vient le temps de manifester notre soutien à notre équipe de hockey. L’année passée, les Canadiens ont dépensé quelque 1,5 millions de dollars sur eBay pour se procurer un produit dérivé du Tricolore (quebec.huffingtonpost.ca).

 

Notre individualisme et son caractère distinct

L’individualisme, en Trumpélie, possède un caractère politique. Le Trumpélien veut faire à sa tête et refuse que l’État lui dicte où, comment et pourquoi dépenser son argent. Cela confine souvent au libertarisme.

En bons héritiers des coureurs des bois, les Québécois aussi veulent agir comme bon leur semble, sauf que l’État prend beaucoup plus de décisions à leur place, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’assurance automobile, de l’énergie et de la vente d’alcool. (N’oublions pas non plus le financement des arts et des médias, les subventions de toutes sortes accordées aux entreprises, etc.) Notre individualisme est donc plus souvent menacé. C’est ainsi que, paradoxalement, une société à tendance plus «sociale», où le bien collectif mobilise une grande partie du budget individuel (cf. taxes et impôt), engendre des citoyens un tantinet plus repliés sur eux-mêmes et sur leurs besoins personnels dans le quotidien.

Si l’appartenance nous rebute, peut-être devrions-nous alors parler de fidélité. Et à ce compte, à quoi pouvons-nous être fidèles puisque nous aimons bousculer les règles et les traditions (ou plutôt les réaménager pour en éliminer les contraintes)?

À un amour, malgré le temps?

À une famille, malgré ses irritants?

À nos amis, malgré leur absence?

À nos enfants, malgré eux?

À un paysage, lac, forêt, montagne ou fleuve, malgré notre besoin de changer d’air?

 

 

Je dois vieillir…

N’empêche, me suis-je dit en rentrant à la maison, ce serait cool un endroit où je pourrais aller quand l’envie m’en prend pour rencontrer des copains, boire un verre, manger des plats qui me plaisent et entendre la musique que j’aime. La gang organiserait des parties de balle-molle, des dégustations verticales de bordeaux, des randonnées en bécique où on ne transporterait pas nos bagages. On pourrait avoir du fun.

 

Je_ne_voudrais_pas_adherer_a_un_club_qui_m_accepte_comme_membre_-42910

 

Un article intéressant :

http://www.rqvvs.qc.ca/fr/dossier/voisinage/l-individualisme-dans-notre-societe

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