Retour en Couillardie du Nord

La route, la route, la route. Avec ses cafés amers, ses fast foods indigestes, ses hôtels pas chers. La route, qui nous emmène des palmiers aux feuillus puis aux branches encore nues des Laurentides.

La route était longue et elle m’a déposée en Couillardie. Qui sait si, au moment où je la reprendrai en sens inverse, nous ne serons pas en Caquélie? Plus rien n’est impensable.

 

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Road trip

Un road trip, c’est trippant sur 400, peut-être 500 kilomètres, jusqu’à Kamouraska, genre, bon OK, Baie-Saint-Paul. Après, c’est comme un marathon qu’on courrait sur les genoux.

Un road trip, c’est drôle quand on peut s’arrêter pour goûter les tartes aux cerises de terre de Madame Chose ou visiter le musée des p’tits chevaux gossés dans le bois de Monsieur Truc.

Quand il faut avaler les kilomètres sous peine d’être expulsée manu militari de la Trumpélie, on se trouve d’autres distractions.

Mais combien de chevreuils écrapoutis faut-il compter?

Combien de fois faut-il tenter de chanter Uptown Funk sans bafouiller?

 

On se sent comme dans une aérogare, mais pendant trois jours au lieu de trois heures.

Le soir, quand on s’endort dans un autre lit d’hôtel, on a l’impression de rouler encore, comme quand on était enfant et qu’on rentrait de la balade du dimanche.

On fait des rencontres fugitives. On se fabrique des petits souvenirs vite faits.

Un chien blanc perdu dans un rest area de la Pennsylvanie. (« – On l’embarque! – On a plus de place. – Y’est ptiiiiit! – Non. – Il va se faire écraser. – Non. »)

Un camionneur perché dans l’habitacle de son 53 pieds qui me fait un clin d’oeil. (« Si t’es aveugle, mon homme, tu devrais pas conduire un engin pareil. »)

En Caroline du Nord, le personnel d’un McDo réuni au grand complet autour de la machine et qui bénéficie grâce à Chum d’un crash course sur la fabrication de l’expresso. («Non, on ne remplit pas le gobelet d’un demi-litre avec des shots de café concentré. Deux, ça suffit.»)

 

Moi, j’ai trouvé l’hiver court…

Tant qu’à vivre la moitié de l’année aux USA, je tente de m’immerger autant que possible dans l’expérience américaine. Je ne cherche pas de repères familiers mais plutôt des occasions d’observer et de comprendre. Je ne vise pas à partager des complicités mais plutôt à découvrir des mentalités.

Je vous ai fait part de mes impressions, de mes découvertes, de mes étonnements tout au long de l’hiver, et ces rendez-vous hebdomadaires ont scandé mon emploi du temps. C’était devenu un entraînement, une nécessité, un défi, une fête.

Bloguer, c’est beaucoup écrire pour soi devant public. Mais c’est surtout écrire pour soi. Le blogue est une lampe frontale qui éclaire nos pas d’exploratrices, d’auteures, d’écrivaines qui marchent dans le noir. Nous ne sommes pas seules, c’est le moins qu’on puisse dire, et l’auditoire est parfois bien discret. Quand il se manifeste, c’est Noël en juillet, c’est un redoux de février, c’est un 24 juin allègre.

Johanne Tremblay, johannetremblayetmoi.wordpress.com, 15 novembre 2017.

 

Me revoici donc devant mon lac encore gelé et je n’ai même pas eu le temps de vous parler des Trumpettes, ces drôles de bibittes envers qui je n’arrive pas à éprouver de mépris.

Je n’ai pas eu le temps de vous parler des chasseurs de trésor qui écument encore les hauts-fonds de la Trumpélie du Sud, avec un certain succès, semble-t-il.

Je ne vous ai pas brossé le portrait de mon amie B., cette new-yorkaise pur jus que les Clinton invitaient à la Maison Blanche et qui m’a appris à retourner un plat aussi souvent qu’il le faut pour obtenir ce que je veux au resto.

Ce sera peut-être pour une prochaine fois…

Une grande gueule est une grande gueule

À présent qu’il est presque temps de sortir les béciques du garage, comme le chantait Beau Dommage, j’ai perdu mon point de vue particulier. Et j’hésite à joindre ma voix à celles de la multitude de chroniqueurs, blogueurs et donneurs d’opinion qui nous inondent chaque jour de leurs états d’âme et qui s’ingénient à nous dire quoi et comment penser, lire, manger, s’habiller, décorer, recevoir, copuler, vieillir, rajeunir, voter.

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SidVicious08, Megaphone.

Néanmoins, une grande gueule a toujours besoin de communiquer, que ce soit avec la plume (le clavier) ou le pinceau.

Qui sait si la tentation de placer mon grain de sel et mon zeste de citron ne sera pas plus forte que la perte de mon point de vue?

Alors en attendant de me faire une idée, je m’en vais m’aplaventrer sur mon quai en suit de skidou et donner des coups de hache dans la glace pour la forcer à libérer le lac d’ici la Saint-Jean.

Bon été.

 

 

 

 

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Trois femmes

Trois créatrices, trois leçons

 

ASTRID

Elle est entrée dans l’atelier de gravure, son matériel dans une main, son gobelet de maté dans l’autre, et toutes les têtes se sont retournées. Elle a salué et elle s’est installée. Elle travaillait à partir de ses propres photos: des chevaux, des gauchos, des paysages de la pampa. C’était de bonnes photos. Même Mark, qui ce jour-là enseignait sa technique, était presque charmant avec elle.

Le scan de la pas fine n’a rien révélé de particulier dans sa tenue: un jean qui fittait bien mais qui ne criait pas sa griffe, un chemisier lousse, une paire de vieux Converse rigolos. Pas de bijoux. Mais globalement un look d’enfer.

Dans l’arrière-salle où nous nettoyions nos outils, elle m’a parlé de ses projets de photographe, de ses deux fils et de son chum qui était joueur de polo professionnel (ouègne, pas technicien chez AT&T), d’où son séjour en Trumpélie du Sud. J’ai eu le temps de l’observer: la peau mate, un rien olivâtre, le nez droit et fin, le menton délicat, l’œil légèrement en amande, le cheveu long et presque noir. Grande, évidemment. Mince, il va sans dire. Zéro maquillage.

C’était la première fois de ma vie que je voyais une personne aussi belle. Belle au point qu’on avait l’impression que la lumière baissait quand elle sortait de l’atelier. On se sentait un peu moins d’énergie. Quand elle rentrait, on avait juste envie de la regarder encore un peu, ou mieux, d’être regardés par elle.

La machine à rumeurs s’est mise en marche au Centre d’art: « Il paraît qu’elle a été et est encore top-model! » Taper son nom dans Google a ouvert la porte sur un univers irréel. Ben oui, c’est elle, sur la couverture de Machinrevue et Trucmagazine, puis dans un défilé de Victoria-Secret-mal-gardé. Ben oui, ce sont les gens dont elle tire le portrait depuis qu’elle a entamé une carrière de photographe: Sting, Bono et autres peoples. C’est bien elle portant des tenues éblouissantes, dans des événements comme la Biennale de Venise ou le Festival de cinéma de Berlin.

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La leçon

À nous qui sommes juste cute, pas pire, charmantes malgré nos asymétries; à nous qu’une portion de frites fait grossir d’une livre; à nous qui montons à pied jusqu’au sommet de la Place Ville-Marie mais qui n’avons toujours pas de fesses, je dis qu’on peut toujours s’encourager en se disant que toutes les femmes qu’on voit dans les magazines ou au cinéma sont soit photoshoppées à mort, soit maquillées pendant des heures par des artistes.

J’ajoute cependant, même si ça me fait de la peine: c’est de la bullshit.

C’est chiant, mais c’est ça.

Il y a dans le monde des gens si beaux qu’ils semblent former une espèce à part. Ils sont beaux comme ils existent, sans effort particulier ni intervention extérieure. La bonne coiffure et le bon éclairage ne font que souligner ce qui existe déjà.  Leur beauté ne peut pas passer inaperçue: elle attire, fascine et ravit comme le feu. C’est pour cette raison qu’ils sont remarqués par des «chasseurs de beauté» et qu’ils deviennent mannequins ou vedettes de cinéma. Il ne peut pas en être autrement.

Est-ce que toute beauté vient de l’intérieur? Je suis au regret de vous répondre par la négative depuis que j’ai côtoyé une vraie top-model. Astrid est fine, pas compliquée et très talentueuse. Ça ne fait qu’ajouter à son charme, mais sa beauté éblouissante se passe de qualités intangibles. Elle serait aussi furieusement belle si elle était une bitch finie, inculte et niaiseuse.

http://www.astridmunozphotography.com

 

 

EVA

Sur le côté nord de la plaza à Santa Fe, les joailliers amérindiens exposent leurs bijoux sur des couvertures posées par terre. Eux-mêmes sont assis sur le sol ou sur des pliants, adossés au mur. Ils appartiennent à quelque chose comme une guilde qui appose à leurs créations un label de qualité. Leurs bijoux en argent et en pierres semi-précieuses sont lourds et volumineux mais finement ouvragés.

Eva a la cinquantaine avancée et le visage lourdement maquillé. Au moment où je lui ai adressé la parole, elle retouchait au crayon le tracé insistant de ses sourcils. Une coquetterie remarquable compte tenu du vent qui balaie de la poussière sur ses créations et du froid qui l’oblige à s’emmitoufler dans deux ou trois couvertures.

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Le Nouveau-Mexique est, après l’Alaska, l’État où le pourcentage d’Amérindiens dans la population est le plus élevé. On y compte 23 tribus amérindiennes, dont 19 pueblos, 3 apaches ainsi que la nation navajo. Chaque tribu constitue une nation souveraine dotée de traditions, d’une culture, d’un gouvernement et d’un mode de vie distincts. Quand on se balade au Nouveau-Mexique, on voit les Amérindiens, on les rencontre, on leur parle. Ils sont présents dans la vie de tous les jours.

J’ai demandé à Eva une paire de boucles d’oreille en forme de grandes spirales. J’aime bien le motif de la spirale qui, pour les Amérindiens de l’Ouest américain, symboliserait guérison et renouveau. Elle m’a dit qu’elle ferait son possible pour les fabriquer. « Reviens demain. »

À Eva et à plusieurs autres personnes amérindiennes rencontrées au fil de mes balades au Nouveau-Mexique, j’ai posé des questions, toutes sortes de questions, naïves ou pas. Mes conversations m’ont permis de soulever un mince coin du voile qui nous cache, à nous Blancs, l’infinie richesse de leur culture.

Je suis retournée sur la plaza le lendemain et Eva, en bonne commerçante, avait fabriqué mes boucles d’oreille.

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Des spirales (ou des cercles concentriques), des animaux, un pied, un personnage, des rivières et un tas d’autres signes encore mystérieux dans un site de pétroglyphes amérindiens (gravures sur pierre) en Arizona.

La leçon

Au Canada, les deux solitudes, ce ne sont pas les anglos et les francos, mais bien les Amérindiens et les Blancs. Ce sont nos compatriotes, nos voisins, voire nos ancêtres, et nous ne savons rien d’eux, outre des clichés comme les cigarettes de contrebande. C’est absurde et intolérable. Nous entretenons notre ignorance, nous la perpétuons et, franchement, nous n’en sortons pas grandis.

 

ERIN

Tout est peint autour d’Erin: son char, sa clôture, les arbres, les pierres, les parasols et les murs de sa maison. Elle peint sur des couvre-lit, des bouts de carton, des sacs d’épicerie et, les mauvais jours, sur son fauteuil roulant. Quand elle n’a pas la force de tenir un pinceau, elle peint dans son lit, au moyen d’une appli pour iPad.

Depuis sa tendre enfance, Erin, aujourd’hui âgée d’une trentaine d’années, est atteinte du syndrome infectieux multisystémique et de la maladie de l’intolérance systémique à l’effort, deux manifestations de la maladie de Lyme. (Des tiques, il y en a partout en Trumpélie du Sud, et elles prolifèrent 12 mois par année. La maladie de Lyme n’est pas une bagatelle.)

Sous ses vêtements raidis par la peinture, Erin est maigre et pâle mais elle a un regard de feu qui semble dévorer tout ce sur quoi il se pose.

 

 

Ses œuvres sont colorées, spontanées, généreuses. La peinture et les papiers collés s’y accumulent en de très nombreuses couches. L’abstrait et le figuratif font bon ménage dans son portfolio. Erin peint comme elle respire, sans se poser de questions et, parfois, au détriment de son bien-être.

Elle a tout essayé pour aider à guérir les symptômes que les médecins, malgré d’incessants traitements, n’arrivent pas à soulager. Elle a de courtes périodes de rémission, entre lesquelles ses parents entrent en scène.

C’est presque impossible de ne pas faire de rapprochement avec Frida Kahlo.

Par bonheur et pour une fois que la vie manifeste un rien de justice, sa carrière connaît une accélération notable depuis quelques mois. Elle est représentée dans quelques galeries et ses oeuvres sont remarquées lors des foires d’art qui ponctuent les mois d’hiver dans le comté de Palm Beach.

https://spark.adobe.com/page/dLKom/

La leçon

J’ai pas le temps. J’ai mal au genou/au dos/aux pieds/à la tête/alouette. J’ai pas l’énergie. J’ai pas les résultats que j’attends. Je suis pas certaine que ça vaut la peine. Il fait trop froid/trop chaud/trop gris/trop beau. Ça marche pas.

La liste pourrait s’allonger au point de faire planter ce site.

Mais vous voyez où je veux en venir, pas besoin de vous écrire un petit catéchisme.

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Appartenir

Première dans ma vie: j’ai été invitée dans un club. Pas une boîte de nuit, mais bien un lieu où se rassemblent des gens unis par une caractéristique commune: même terrain de golf et même lieu de vie dans ce cas-ci.

À ma grande surprise, j’ai passé une très bonne soirée. J’ai rencontré d’anciens voisins, j’ai bien mangé dans un décor raffiné et j’ai échangé d’agréables propos avec mes amis.

Est-ce assez pour me convaincre de joindre les rangs de ce club ou de tout autre club d’ailleurs?

Non.

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Néanmoins, cela a suffi à me prouver que les Trumpéliens possèdent effectivement une valeur que je leur soupçonnais depuis longtemps: l’appartenance.

Malgré l’individualisme qui caractériserait les Trumpéliens, ils sont fidèles à toute une hiérarchie de groupements, en un enchaînement qui se construit au cours de leur vie. Ils restent notamment attachés à:

  • leur école secondaire;
  • leur université;
  • leurs équipes sportives préférées;
  • leur quartier;
  • leur régiment s’ils ont fait partie de l’armée;
  • leur parti politique;
  • leur Église;
  • leur patrie.

 

Et par «attachés», j’entends bien plus que simplement «nostalgiques». La nostalgie, en effet, est passive et solitaire. Eux sont plutôt «investis affectivement», ce qui implique une forme d’action. Ils restent liés à leurs camarades, continuent de faire des dons à leur alma mater et fréquentent leur Église assidûment, par exemple.

Leur engagement est public: ils le manifestent explicitement au moyen de tee-shirts, d’autocollants ou de drapeaux.

Et, fait intéressant, ces appartenances ne sont pas mutuellement exclusives. Par exemple, un républicain et un démocrate peuvent s’engueuler comme du poisson pourri à propos de la politique, mais se faire d’interminables accolades le lendemain au match de football du collège local.

 

Followers of Bhagwan in Rajneeshpuram, wearing their signature color

Ça, c’est avoir un GROS besoin d’appartenance. (Photo tirée du documentaire Wild, Wild Country, diffusé sur Netflix.)

 

Si la pub l’exploite…

Le besoin d’appartenance est bien réel chez l’être humain (et peut-être aussi chez d’autres espèces). Il occupe même son propre échelon dans la pyramide de Maslow (qui est en voie de devenir aussi antique et vénérable que les pyramides d’Égypte). Quand la publicité exploite une tendance humaine, on peut en conclure avec beaucoup d’assurance qu’il s’agit bel et bien d’un besoin.

 

Et nous ?

Et nous, les Québécois, comment comblons-nous notre besoin d’appartenance?

Plus précisément, comment concilions-nous notre individualisme et notre besoin d’appartenance?

Les clubs privés existent au Québec, mais ils sont en voie de disparition et sont longtemps demeurés l’apanage des bien nantis. De plus, ils sont issus d’une tradition anglo-saxonne à laquelle les francophones des classes moyenne et ouvrière sont restés réfractaires. On trouve ça snob, élitiste, voire risible.

La pratique religieuse s’éteint comme un cierge usé, pas besoin de citer des statistiques pour vous en convaincre.

Selon le Réseau de l’action bénévole du Québec, nous serions d’assez bons bénévoles, puisque plus de 2,2 millions de personnes font annuellement du bénévolat au Québec.

Dans son plus récent relevé sur les dons de charité au pays, Statistique Canada précise que le don de charité médian en 2013 pour l’ensemble du pays atteignait 280$. Au Québec toutefois, ce don était de 130$, soit le montant le plus faible de toutes les provinces et territoires (lapresse.ca, 17 février 2015). En 2010, seulement 1% de l’argent amassé à des fins caritatives est allé aux universités et aux collèges (affairesuniversitaires.ca, 4 décembre 2013).

Nous avons les cordons de la bourse pas mal lousses lorsque vient le temps de manifester notre soutien à notre équipe de hockey. L’année passée, les Canadiens ont dépensé quelque 1,5 millions de dollars sur eBay pour se procurer un produit dérivé du Tricolore (quebec.huffingtonpost.ca).

 

Notre individualisme et son caractère distinct

L’individualisme, en Trumpélie, possède un caractère politique. Le Trumpélien veut faire à sa tête et refuse que l’État lui dicte où, comment et pourquoi dépenser son argent. Cela confine souvent au libertarisme.

En bons héritiers des coureurs des bois, les Québécois aussi veulent agir comme bon leur semble, sauf que l’État prend beaucoup plus de décisions à leur place, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’assurance automobile, de l’énergie et de la vente d’alcool. (N’oublions pas non plus le financement des arts et des médias, les subventions de toutes sortes accordées aux entreprises, etc.) Notre individualisme est donc plus souvent menacé. C’est ainsi que, paradoxalement, une société à tendance plus «sociale», où le bien collectif mobilise une grande partie du budget individuel (cf. taxes et impôt), engendre des citoyens un tantinet plus repliés sur eux-mêmes et sur leurs besoins personnels dans le quotidien.

Si l’appartenance nous rebute, peut-être devrions-nous alors parler de fidélité. Et à ce compte, à quoi pouvons-nous être fidèles puisque nous aimons bousculer les règles et les traditions (ou plutôt les réaménager pour en éliminer les contraintes)?

À un amour, malgré le temps?

À une famille, malgré ses irritants?

À nos amis, malgré leur absence?

À nos enfants, malgré eux?

À un paysage, lac, forêt, montagne ou fleuve, malgré notre besoin de changer d’air?

 

 

Je dois vieillir…

N’empêche, me suis-je dit en rentrant à la maison, ce serait cool un endroit où je pourrais aller quand l’envie m’en prend pour rencontrer des copains, boire un verre, manger des plats qui me plaisent et entendre la musique que j’aime. La gang organiserait des parties de balle-molle, des dégustations verticales de bordeaux, des randonnées en bécique où on ne transporterait pas nos bagages. On pourrait avoir du fun.

 

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Un article intéressant :

http://www.rqvvs.qc.ca/fr/dossier/voisinage/l-individualisme-dans-notre-societe

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La Trumpélie de l’Ouest

La première fois que j’ai vu le Grand Canyon, j’ai compris en un éclair que nous n’étions qu’un incident insignifiant pour la Terre et qu’elle se contentait tout simplement de prendre son mal en patience.

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Le Grand Canyon, en Arizona.

 

Notre agriculture, notre élevage, notre industrie, notre consommation, notre gaspillage ont trois issues possibles: 1) nous nous corrigeons et les choses s’arrangent; 2) nous sommes obligés de nous transporter sur la planète Mars; 3) nous nous auto-exterminons. Dans tous les cas, la Terre s’en sort gagnante. Et il ne lui faut pas des millions d’années pour se remettre de notre bref et catastrophique séjour à sa surface.

 

C’est le genre de constat qu’inspirent les paysages de l’Ouest trumpélien. Disons qu’ils ont la faculté de remettre les choses en perspective. Quand vous marchez au bord d’un précipice de 300 mètres ou que vous évitez de peu le trajet d’un crotale, vous n’avez pas vraiment la tête à vous demander si vous avez bien réglé vos paramètres de confidentialité sur Facebook. La qualité de vos chaussures de marche monte de plusieurs crans dans votre échelle de priorités.

 

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Antelope Canyon, en Arizona.

 

En Trumpélie de l’Ouest, l’air vibre sans cesse. Sous l’effet de la chaleur le jour et du scintillement des étoiles la nuit. Quand on demandait à Laurence d’Arabie pourquoi il aimait le désert, il répondait: «Parce que c’est propre.» Je ne saurais abonder plus abondamment en ce sens. Et bien que minimaliste, le désert n’a de désert que le nom, car il est émaillé de cactus, de fleurs, de graminées et habité par une faune discrète mais bien présente.

 

Les parcs, réserves et « monuments » de la Trumpélie, qu’ils soient administrés par les États ou le gouvernement fédéral, sont des joyaux incomparables: immenses, impeccablement balisés, animés par des rangers passionnés et aimables et généralement fréquentés par des randonneurs respectueux et émerveillés. Ces parcs ont pour raison d’être de préserver des paysages qui comptent parmi les plus époustouflants du monde. À la seule pensée que Potus#45 veut en réduire la superficie afin de permettre l’exploitation minière et pétrolière, j’ai des terreurs nocturnes.

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Un sentier près de Sedona, en Arizona.

 

On part de bon matin avec dans le sac à dos une rassurante provision de sandwiches, d’eau, de chocolat et de noix. La voiture nous emmène jusqu’au sentier du jour. On démarre la montre GPS et, comme disaient les scouts, on met un pied devant l’autre. À chaque détour du chemin, un nouveau panorama, dont la caractéristique principale est d’être dénué de toute construction humaine. Parfois, un cavalier. Si on a de la chance, mais alors vraiment beaucoup de chance, un condor qui plane sur les courants chauds ascendants.

 

Au fil de la journée, la température monte. Les strates des formations rocheuses prennent des tons saturés. Il faut s’arrêter plus souvent, surtout si l’on est en altitude. On grignote les noix et on partage avec les tamias rayés, honte à nous. On a les lèvres gercées et on se prend un peu pour Clint Eastwood (à l’époque où il ne réalisait pas des films tartes et conservateurs).

 

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Arches National Park, en Utah.

 

Au retour, on a la peau qui brûle et les genoux qui regimbent. Le bar du village nous promet une p’tite bière pas chère. On pousse la porte et on n’y voit rien, c’est si sombre comparé à l’extérieur. Les têtes coiffées de stetsons se retournent nonchalamment: encore des touristes. On salue et on commande à une serveuse quinquagénaire aux cheveux platine qui nous appelle honey et qui nous demande si on a besoin d’un verre pour boire la bière. No thank you we’re all right. Le band country qui jouera ce soir commence à installer son matériel. La bière avalée en quelques gorgées nous ramollit le genou.

 

Pour le repas du soir, il faut souvent laisser ses attentes de côté. Il m’est arrivé d’ingurgiter sans (trop) grommeler des cuisses de poulet frit inondées de sauce tex-mex en bouteille et accompagnées d’un demi-épi de maïs, de patates pilées à l’ail et d’une braoule de haricots noirs dans une sauce bouetteuse. (Auriez-vous vraiment aimé voir la photo?)

 

Demain, on va prendre la voiture pour faire une balade dans l’arrière-pays. On va photographier des chevaux et des portails de ranch encadrés de cactus saguaro. On va regarder les étals d’artisanat navajo. On va visiter des villages abandonnés où les mirages de l’Ouest ont tué plus de rêveurs qu’ils n’en ont enrichis. On va s’arrêter pour regarder un train passer, un moulin à vent tourner en grinçant ou des vaches brouter.

 

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Mojave National Preserve, en Californie.

 

J’adore le Far West, j’y retourne chaque année et je pars demain à l’aube.

Hasta la vista, baby.

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Loin de chez moi

De novembre à mai, chaque année, je vis loin de chez moi. Bien sûr, la Trumpélie du Sud n’est pas le Bhoutan, ni même la France. Je mange la même marque de beurre de pinottes qu’au Québec. Le choc culturel n’a pas de quoi donner des crises d’angoisse. Il existe, néanmoins, et il se décline en mille et une petites secousses, le genre de choses dont je vous entretiens dans ces chroniques hebdomadaires.

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J’ai toujours trouvé suprêmement irritant que les gens qui reviennent de loin se sentent tout à coup équipés pour comparer, juger et conseiller les Québécois sur toutes sortes de sujets.

Sans les approuver, j’aurais néanmoins tendance à les comprendre. Chaque pays possède ses spécialités. Les Norvégiens sont durs à battre pour ce qui est de la promotion des sports d’hiver, les Français ont une politique nataliste qui fonctionne et les Britanniques réalisent les meilleurs documentaires sur la nature. Et quand on revient de l’étranger, la tête encore toute pleine d’émerveillements, on a juste envie d’importer les recettes des experts pour en faire bénéficier nos compatriotes.

Il faut quand même se la fermer, en général, car ça énarve à peu près tout le monde.

Même si je tente de vivre à l’américaine pendant les six mois d’hiver, je ne coupe pas tous les liens avec la mère-patrie, tant s’en faut. Au minimum, j’écoute Ici Première sur Sirius dans mon char et je lis La Presse+ tous les matins sur ma tablette. Et puis il y a la ribambelle de médias sociaux qui, comme New York New York ne dorment jamais.

Or, les quelques 3000 kilomètres qui me séparent de la déchéance de Gilbert Rozon, du leadership de Martine Ouellet ou de l’entrée en politique de Vincent Marissal ont l’effet d’un banc de brume épaisse. Les sons me parviennent comme étouffés. L’ordre d’importance des nouvelles se brouille. Mes opinions n’arrivent à se former que lentement, si tant est qu’elles se forment.

Et si je vous disais que ce recul me permet de réfléchir et de formuler des jugements plus posés, moins immédiats ?

Et si je vous disais qu’il s’opère quelque chose comme une mise en perspective, une relativisation, voire un détachement ?

Et si je vous disais que c’est reposant, allez-vous m’haïr ?

Et si d’aventure vous me haïssiez, je pourrais tenter de me faire pardonner en vous parlant d’une légère sensation que je perçois de temps en temps à l’arrière de mon cerveau et qui pourrait peut-être ressembler à quelque chose comme de la fierté, mais c’est une expérience nouvelle et je ne suis pas certaine de la nommer correctement.

Les comparaisons ne servent pas à grand-chose, mais elle se font un peu malgré nous, comme par réflexe. Si je me console en comparant le Québec et le Canada à la Trumpélie, ce n’est certainement pas à propos de la qualité du réseau routier, mais bien de celle de la démocratie. Je ne vous présenterai que trois exemples, mais ils sont éloquents.

 

Les salamandres électorales

 

ILLUSTRATION: Gerrymandering

Non, ce ne sont pas des œuvres d’art abstrait mais bien des cartes de circonscriptions électorales. Dans bien des États de la Trumpélie, on peut presque dire que ce ne sont pas les citoyens qui choisissent leurs représentants, mais les représentants qui choisissent les citoyens. C’est tout juste si les limites de la circonscription ne suivent pas le périmètre des cours arrière. Ça s’appelle du gerrymandering, un mot tiroir formé avec le nom du premier coupable et salamander, en raison de la similitude de formes. Il s’agit essentiellement d’une manipulation de la carte électorale visant à avantager le parti au pouvoir. Maurice Duplessis doit gigoter d’envie dans sa tombe. Il était vraiment dans les ligues mineures avec ses frigidaires et ses chemins d’élection.

 

L’accès aux bureaux de scrutin

En 2014, les comités électoraux de comté de la Caroline du Nord, qui sont contrôlés par les Républicains, ont modifié l’emplacement de presque un tiers des bureaux de vote par anticipation. Ces changements […] ont pour effet d’augmenter la distance que les Afro-Américains doivent parcourir pour voter par anticipation, tandis qu’ils n’ont que de très faibles répercussions pour les électeurs blancs.

Au total, les électeurs noirs doivent maintenant parcourir 350 000 miles de plus pour atteindre le bureau de vote le plus près de chez eux, comparativement à 21 000 de plus pour les électeurs blancs. Pourtant, les électeurs blancs forment 71% de l’électorat en Caroline du Nord, contre 22% seulement pour les électeurs noirs. Autrement dit, l’électeur blanc devra parcourir 26 pieds de plus pour voter par anticipation, tandis que l’électeur noir devra couvrir une distance supplémentaire d’un quart de mile (environ 1300 pieds).

– Zachary Roth, « Study: North Carolina polling site changes hurt blacks », msnbc.com, 23 novembre 2015.

 

La distance des bureaux de scrutin […] constitue un des coûts du vote. Ce coût se mesure non seulement à des facteurs comme l’essence consommée, le ticket d’autobus ou l’usure de la chaussure mais également à ce qu’un économiste appellerait le « coût d’opportunité ». Le temps de déplacement jusqu’au bureau de scrutin et le temps d’attente en file sont des temps qui ne sont pas passés au travail et, par conséquent, des revenus non gagnés. C’est un coût qui pèse beaucoup plus lourd pour les électeurs à faible revenu comme ceux qui travaillent au comptoir chez McDonald que pour un électeur à l’aise tel que le propriétaire de la franchise de restauration rapide. Vus sous cet angle, les changements inéquitables de distance entre électeurs et bureaux de scrutin équivalent à une sorte de taxe sur le vote […].

– William Busa, cité dans Brentin Mock, « Study: North Carolina’s Black Voters Live in a State of « Electoral Apartheid » », theatlantic.com, 30 novembre 2015

 

Le bulletin de vote

 

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Cette photo montre une partie du bulletin de vote que mon voisin Peter devait remplir lors des élections de novembre 2016. Peter a de la chance : il est blanc, il est instruit et même s’il a un léger problème de vision, il est tout à fait capable de lire des informations complexes. Or, devant un monstre pareil, qui risque le plus de se décourager et de renoncer à son droit de se prononcer sur les divers paliers de gouvernement ?

 

Le mot de la pas fine

La preuve qu’il faut parfois s’éloigner pour mieux comprendre son propre pays, c’est que Mélanie Joly doit nous charger un voyage en Corée pour étudier la K-pop en tant qu’exemple de marketing culturel réussi.

C’est sûr qu’on ne peut que s’émouvoir devant tant de beauté.

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Merci Monsieur le Président

Lettre ouverte de l’ASP

 

Monsieur Donald J. Trump

45e président des États-Unis d’Amérique

1600, Pennsylvania Avenue

Washington, DC

USA

 

Monsieur le Président,

Permettez-nous d’abord de présenter notre organisation: nous sommes l’Association des squelettes dans le placard (ASP). Notre existence remonte à la nuit des temps, mais notre Association demeure largement inconnue du grand public vu son caractère par essence secret. Nos membres sont issus de tous les pays, de toutes les races et de toutes les classes sociales. Ils n’ont pas demandé leur adhésion. Ce sont leurs propriétaires qui les ont assignés à résidence. Du reste, nous ne forçons aucun membre à rester dans nos rangs et nous ne faisons rien pour le retenir quand son propriétaire décide de lui donner sa liberté (et de redonner un nouveau souffle à la sienne par le fait même).

Le temps est long, dans les placards et, dans nos temps libres, nous organisons des danses macabres et des concours de calage de verres de lait pour rester forts et en bonne santé.

 

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Wilfred Pritchard, Homage to Matisse’s « The Dance », bronze.

 

Même si nous formons une assemblée très égalitaire, nous devons admettre que certains de nos membres jouissent d’un statut particulier. Ainsi, le membre 822 [Marilyn et John] bénéficiera toujours d’une aura de glamour que ne possédera jamais le membre 14587: [J’étais groupie du chanteur rock X je le suivais partout en tournée et une nuit à l’Auberge des gouverneurs  de Rimouski oh my God].

Marilyn

 

Puisqu’il est question du membre [Marilyn et John], nous tenons à mettre les choses au clair. Ce membre historique est sorti du placard post-mortem mais, comme tous les membres libérés, il conserve son appartenance au groupe et devient membre honorifique.

Nous ne faisons aucune discrimination et n’obéissons à aucune hiérarchie. Nous devons néanmoins préciser que nos membres se divisent de façon naturelle et spontanée en deux groupes: ceux qui, une fois rappelés à la mémoire de leur propriétaire, provoquent la honte (les plus nombreux) et ceux qui provoquent la nostalgie. Nous comptons aussi de rares membres hybrides, c’est-à-dire des membres qui peuvent éventuellement susciter les deux sentiments, par exemple: [Les p’tits joints fumés entre amis à côté de l’entrée de service du cégep].

Nous refusons d’admettre dans notre Association les squelettes de dictateurs, de génocidaires et de tueurs en série. Nous sommes en général assez banlieusards, assez banals, plutôt cheap en fait. L’une de nos familles les plus nombreuses est la famille des [La fois…], qui comprend notamment les membres suivants:

 

  • [La fois où j’ai omis de déclarer à Revenu Canada que j’avais reçu un paiement de 5000$ cash]
  • [La fois où je suis sortie de chez Simon’s avec une sacoche que je n’avais pas vraiment payée]
  • [La fois où j’ai embouti une autre voiture dans un stationnement et que je n’ai pas laissé mon numéro de téléphone dans le pare-brise]
  • [La fois où, pour en finir avec le travail de session de mon cours de certificat, j’ai trouvé un texte super sur le web]
  • [La fois où, à 12 ans, j’ai échangé des branlettes avec mon cousin dans la shed à outils]
  • [La fois où je ne pouvais absolument pas avoir cet enfant]

 

Vous comprenez mieux à présent pourquoi nos geôliers ont pour noms morale, jugement, chantage, respectabilité. Pourtant, nous ne nous réclamons d’aucune religion en particulier. Nous devons notre existence à des facteurs comme: la vie est dure, la chair est faible, le pouvoir est grisant et, comme le disait Apollinaire, l’espérance est violente.

Dernièrement, grâce au mouvement #MeToo/#MoiAussi, un grand nombre de nos membres ont pu voir la lumière du jour. Ça a fait de l’air dans les garde-robes! Néanmoins, certains de nos membres sont restés bien au chaud dans l’obscurité grâce à l’empressement des filles qui voulaient tourner la page et passer illico à la phase «reconstruction». Mais bon, disons que ces membres ne sont pas gros dans leurs culottes (scusez ce jeu de mots douteux, Monsieur le Président).

Ces temps-ci, Monsieur le Président, vous nous rendez un double service et pour cela, nous vous exprimons notre gratitude profonde et sincère.

Premièrement, vos squelettes sortent à pleines portes, ce qui fait de la place dans nos locaux qui débordent. Pour n’en nommer que quelques-uns: [Coucher avec des professionnelles], [Tromper sa femme], [Pogner la plotte sans consentement], [Tenir des propos racistes], [S’acoquiner avec des Krapules pour nuire à l’adversaire], [Refuser de payer des fournisseurs] et, plus simplement, [Exploiter la crédulité du monde qui a de la misère].

squelettes

Deuxièmement, nous n’avions jusqu’à présent qu’un seul défenseur: notre ami J-C qui invitait les bonnes gens à balancer la première pierre à nos propriétaires. Vous, vous nous adjoignez les chrétiens évangélistes de la Trumpélie, un groupe reconnu pour son irréprochable moralité. Nous ne sommes pas certains que J-C apprécie ou qu’il suit parfaitement bien leur raisonnement mais, en tout état de cause, les Évangélistes minimisent nos méfaits, enjoignent les fidèles de nous pardonner et clament que nous ne nuisons en rien à l’exercice de vos fonctions.

Nous sommes reconnaissants mais perplexes car, dans le passé, les bien-pensants de tout acabit ont brandi certains de nos membres, en particulier le très actif numéro 1267 [Homosexualité], pour empêcher des femmes et des hommes talentueux, dynamiques et créatifs de prendre la place qu’ils méritaient dans la société et par conséquent de faire évoluer cette dernière. Par ailleurs, le membre 456 [Libido à gogo] a été cité à témoin pour mener Bill Clinton jusqu’en procédure de destitution alors que, grosso modo, il faisait une job pas pire comme président. (Nous ne cautionnons pas, cependant, l’humiliation subie par toutes les femmes impliquées, l’épouse en particulier.)

En dépit de cette réserve, veuillez accepter encore une fois, Monsieur le Président, l’expression de nos remerciements calcifiés mais enthousiastes,

L’Association des squelettes dans le placard

 

Le mot de la pas fine

Ne serait-ce pas fabuleux et merveilleusement poétique, comme une légende venue tout droit du Moyen-Âge, que cet empereur soit déposé par une armée d’enfants sérieux et un essaim de courtisanes bavardes?

 

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La beach

« – Ben là, tu fais quoi en Floride, dis-moi pas que tu foires à la plage, quand même?

– Bien sûr que non, voyons donc, pfff, tsé ben, qu’esse-tu penses, tu me prends pour qui, tu me connais pas, heille chose?»

Il n’y a pas d’empressement judéo-chrétien plus catégorique que le mien quand vient le temps de nier que je fréquente la beach.

La plage a mauvaise presse en effet. Maintenant qu’on a réglé le sort du tabac, ce sera bientôt le tour de l’alcool, puis du sexe et enfin de la plage. Je vous le prédis. (La plage va peut-être passer à la guillotine avant le sexe, mais bon, je ne suis pas voyante.)

Aller à la plage, c’est le genre de chose qui ne se fait plus, comme mettre du sucre dans son café, fumer une cigarette en cachette dans son char ou avoir des pensées négatives.

Le bronzage est out, définitivement et absolument out. Il y a une trentaine d’années, c’était un signe de jeunesse, de liberté, de prospérité et de sex-appeal. Aujourd’hui, c’est un attribut du quétaine, un prélude au mélanome et aux rides, un caprice de douchebags en vacances qui remontent dans l’avion encore paquetés de la veille avec leur sombrero sur la tête et leur bouteille de tequila à la main.

Alors moi, vous pensez bien, je ne vais pas à la plage, ou si peu, car j’ai une vie ou en tout cas des projets de vie, des aspirations, des lacunes à combler. Je me perfectionne en tant qu’être humain et éventuellement qu’être astral. Passer du temps à la plage, ce serait retrancher de précieuses heures à des fins utiles et brillantes, comme tenter d’apprendre la sonate Pathétique ou de me préparer à atteindre l’âge de 80 ans en ressemblant à Jane Fonda sur un tapis rouge.

Pourtant…

On dit qu’on va la plage mais en vérité c’est à la mer qu’on va.

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On y va pour s’immerger dans la soupe salée de nos origines, attirés par l’odeur de l’iode, à la manière des saumons qui remontent la rivière où ils sont nés, mais à l’envers. Car la mer, c’est notre mère à tous. Dans l’ordre des Mères, elle a même précédé la Terre. Et pour s’en approcher, on se dévêt, on se présente presque nus, plus nus que nulle part ailleurs en public. Vulnérables comme au jour de notre naissance.

Alors aussi bien l’avouer au risque de perdre une partie de mon innombrable lectorat: je vais à la plage. Bon voilà, c’est dit. Je me sens mieux, libérée d’un poids, allégée comme après toute confession.

(Pas si souvent que ça, quand même…)

Je déplie ma chaise, j’ouvre un livre (la plage est pavée de bonnes intentions) et, une heure plus tard, je m’aperçois que je n’ai pas lu une page. J’ai seulement regardé les vagues en me demandant si au fait la marée monte ou descend, si ce ne serait pas un aileron de requin que j’ai aperçu tout là-bas, si les passagers du bateau qui rebondit comme un bouchon sur les vagues ont mal au cœur ou pas, par une mer pareille c’est forcé, pauvre eux, sont pas rendus.

J’aime regarder les chiens fous et mouillés creuser frénétiquement dans le sable. J’aime compter les vagues afin de vérifier pour la nième fois si oui ou non il y en a une énorme toutes les sept. J’aime observer les pluviers qui picorent des crevettes microscopiques dans la bordure d’écume sans jamais se mouiller les pattes. J’aime regarder les hommes se battre avec un journal et fumer un gros cigare cubain (dont l’odeur dérange tout le monde sauf moi). J’aime voir des grandes personnes qui s’amusent à s’enterrer dans le sable jusqu’au cou. (Elles n’ont certainement pas vu Merry Christmas Mister Lawrence, sinon l’envie leur aurait passé.) J’aime voir les enfants entrer dans l’eau, en sortir, y rentrer, y plonger, s’ébrouer et ressortir des vagues en piaillant comme des mouettes. J’aime voir les jeunes baigneuses s’accrocher désespérément à ce qui leur reste de maillot de bain afin de cacher l’œuvre de leur généreux chirurgien. J’aime voir les amoureux qui s’étendent sur une serviette et qui frenchent passionnément malgré les grains de sable qui ne doivent pas manquer de s’insinuer entre leurs dents. J’aimais voir mon vieux chien batifoler avec les plus jeunes comme s’il avait cinq ans de moins et sans se soucier du fait qu’il allait pâtir toute la soirée de cet illusoire regain d’énergie.

 

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David Bowie dans Merry Christmas Mister Lawrence. Le méchants vont finir par l’enterrer jusqu’au menton puis le laisser mourir là en plein soleil. Au fait, avez-vous déjà remarqué qu’il existe un lien de parenté étroit entre ce film  et Le Pont de la rivière Kwaï ?

 

Puis, à cinq heures, quand le soleil descend derrière la dune et que le sable prend la couleur du caramel, je ferme mon livre, je replie ma chaise et je traîne de la gougoune jusqu’à ma voiture. J’ai la peau qui picotte et le cheveu qui colle sur le crâne. À l’ouest, le soleil peint un paysage kitch comme la Floride. J’ai envie de mon verre de vin blanc. J’ai perdu mon après-midi avec délectation.

 

Le mot de la pas fine

Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais vous laisser en pleine zénitude avec une leçon de lâcher-prise et des images idylliques de sable et d’eau salée? Que nenni.

Ça, c’est ma récolte de bouchons après UN après-midi de cueillette sur une plage pourtant reconnue pour sa propreté.

DSCN4632.jpgOn fait quoi à présent?

Et puis, où sont donc les bouteilles?

 

 

 

 

 

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Les roses de Charleston

La ville de Charleston, en Caroline du Sud, possède un charme fou, avec ses orgueilleuses maisons coloniales, ses jardins odorants et ses vastes perspectives sur l’océan.

Charleston a toujours eu une vocation militaire. Aujourd’hui, la Joint Base Charleston réunit 79 000 militaires et civils appartenant notamment à l’aviation, à la marine et à la garde côtière.

Sur la longue jetée où il fait bon déambuler pendant que le soleil s’enfonce dans l’océan, des artisans tressent des roses en feuilles de palmier, dans la tradition des vanniers gullahs. (Les Gullahs sont les descendants des esclaves africains qui se sont établis sur les îles côtières de l’État. Vous pouvez faire connaissance avec leur culture en lisant un livre que je vous recommande chaleureusement: The Water is Wide de Pat Conroy; en version française: Conrack. Le journal d’un instituteur qui dérangeait trop l’ordre établi.)

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Séduite par ces fleurs un peu sévères, j’en demande une vingtaine à un des artisans. Pendant que ses doigts agiles répètent les gestes mille fois exécutés, je m’assois à sa table et on bavarde. Il m’apprend qu’il a combattu en Afghanistan. Une promeneuse qui passe au même moment s’arrête tout net à notre hauteur, tend la main à l’ex-soldat et lui lance, en le regardant droit dans les yeux: «Thank you for your service.» (Merci pour votre engagement.)

Ça m’étonne, ça me dépayse, ça m’émeut un peu aussi.

Le soir, dans un restaurant français (!), un couple d’âge mûr mange à la table d’à côté. L’homme est jovial, un peu chaudaille (c’est la faute au pinot noir) et entame la conversation en prenant prétexte du bœuf bourguignon. De fil en aiguille, il raconte qu’il a goûté à toutes les cuisines du monde puisqu’il a fait le tour des sept mers pendant sa carrière dans la marine.

La cliente d’en arrière se lève d’un bond, interrompt notre conversation et tend la main à mon capitaine à la retraite: «Thank you for your service.»

OK, me dis-je, c’est dans les mœurs.

Ça l’est en effet. L’automne dernier, on pouvait justement voir un film qui avait cette locution pour titre et qui portait sur la réadaptation des soldats américains à la vie civile. J’ai du reste entendu la phrase à plusieurs autres reprises par la suite. Chaque fois, l’ancien combattant a répondu humblement et à voix basse par quelque chose comme: «No problem.»

 

On trouve cependant un bon nombre d’anciens combattants que la locution agace ou irrite. Ils estiment qu’elle permet aux civils de s’en tirer à bon compte: en la prononçant, ils soulagent leur sentiment de culpabilité ou dissimulent carrément leur ignorance ou leur indifférence face aux conflits qui font intervenir des militaires américains.

Nombre des anciens combattants à qui j’ai parlé disent simplement qu’ils ne veulent pas être anonymes. Il faut bien admettre que si la Deuxième Guerre mondiale constituait une «guerre totale», notre nation n’a pas vraiment été un «pays en guerre» depuis les 14 dernières années. Les gens, chez nous, ont continué d’aller au centre commercial et, à bien des égards, rien n’indiquait qu’il y avait quelque part des citoyens américains en train de se battre et de mourir.

James Kelly, InMilitary.com, 9 février 2017.

 

 

En 2008, environ 78% des recrues de l’armée américaine étaient issues de quartiers où le revenu moyen était inférieur à 65 000 $. En se drapant dans l’étendard de la justice sociale, le pays avait effectivement troqué la conscription universelle contre un mécanisme beaucoup plus insidieux, la conscription économique.

Il est devenu coutumier, dans ce pays, de remercier les anciens combattants pour leur engagement. Certes, cette phrase vise à reconnaître l’indicible sacrifice auquel consentent les hommes et les femmes qui se portent volontaires pour risquer leur vie. À mes yeux, cependant, cette expression cache une réalité plus profonde et plus insidieuse. Je n’ai jamais pu m’empêcher de penser que nos remerciements recouvrent en réalité notre soulagement de n’être pas obligés de nous enrôler nous-mêmes et que, dans bien des cas, le désespoir économique des soldats nous exempte d’un fardeau fatal: ce que Lincoln appelait «la pleine mesure du dévouement».

Barret Swanson, theguardian.com, 4 janvier 2017.

 

Le type d’échange dont on peut être témoin en Trumpélie entre ancien combattant et civil reconnaissant est presque impensable au Canada en général et au Québec en particulier. (Nous avons néanmoins perdu quelque 1800 compatriotes depuis 1947, principalement dans des opérations de maintien de la paix et d’autres opérations militaires où nous nous contentions de faire notre part.) Contrairement à nos voisins du Sud, nous sommes en grande partie étrangers ou indifférents à l’«art de la guerre». Nous ne plaçons pas notre fierté dans notre puissance militaire. (Mais où, au juste?)

Quoi qu’il en soit, l’idée de remercier publiquement et sincèrement certaines personnes pour un apport exceptionnel au bien-être et à l’avancement collectifs me plaît énormément.

Vous, qui auriez-vous envie de remercier?

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Le mot de la pas fine

En repartant avec mon bouquet de roses en vannerie, je me suis dit que si les Trumpéliens éprouvaient tant de gratitude envers leurs vétérans, ces derniers n’auraient pas à vendre des roses à deux piasses sur la place publique pour gagner leur croûte.

À ce propos, je vous renvoie à mon billet du 29 janvier 2012:

https://chroniquesdelatrumpeliedusud.wordpress.com/2012/01/29/cherchez-lerreur/

 

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I love you

La première fois qu’une serveuse s’est adressée à mon chum en l’appelant honey, je me suis dit qu’elle pourrait peut-être se garder une p’tite gêne, non mais tsé. Par la suite, on m’a fait à moi du honey itou, du darling assez souvent et du sweetheart occasionnellement. Il me semble pourtant que j’ai pas une gueule à me faire appeler sweetheart. Anyway. Mon amie Barbara, new-yorkaise jusqu’à la moelle mais exilée en Trumpélie du Sud, me qualifie gentiment de doll face mais aussi parfois de silly (niaiseuse) et de full of shit (pleine de marde). Ça s’équilibre.

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Robert Indiana, Love, 1967.

 

Si on se fie aux héritages culturels pour prédire l’exubérance des populations, on y perd vite ses repères. Nous, Québécois, qui nous targuons d’appartenir à la catégorie colorée des «latins» sommes des monuments de pudeur et de retenue comparés aux Trumpéliens, qui ont pourtant des racines anglo-saxonnes et protestantes.

Avec leurs mots doux, leurs accolades interminables et leurs émotions à fleur de peau, les Trumpéliens attendrissent ou agacent, c’est selon, mais ils ne manquent jamais d’étonner. Pas plus tard qu’hier, la caissière du Home Depot m’a annoncé qu’elle adorait la couleur de mon rouge à lèvres. Moi qui suis pourtant habituée à leur candeur, j’ai failli en laisser choir ma canne de peinture beige. C’est plus fort qu’eux, il faut absolument, mais alors ab-so-lu-ment qu’ils expriment leur feeling du moment. Que voulez-vous, l’exemple vient d’en haut et il s’exprime quotidiennement via Twitter.

 

Trop: pareil, mieux ou pire que pas assez?

Elisabeth Gareis et Richard Wilkins, deux chercheurs américains en communication cités dans un article du numéro de février 2016 de la revue The Atlantic, ont étudié la fréquence d’emploi de la locution I love you chez des étudiants américains et étrangers vivant aux États-Unis. Ils écrivent: «Il semble exister une tendance inflationniste aux États-Unis et ailleurs en ce qui concerne l’emploi de la locution anglaise I love you. Les raisons citées par les répondants de notre étude sont notamment une ouverture croissante vis-à-vis l’expression des sentiments; les conseils donnés aux parents concernant l’expression explicite des sentiments; la facilité avec laquelle on peut envoyer des déclarations d’amour via les nouvelles technologies; l’influence mondiale de la culture populaire américaine (films, télévision, musique pop, etc.).»

Les chercheurs ajoutent: « La fréquence des déclarations d’amour aux États-Unis et l’ouverture émotionnelle qui y est associée sont apparues récemment, peut-être à la suite de la vague de l’amour libre des années 1960 et des mouvements de libération des femmes et des hommes dans la deuxième moitié du XXe siècle. Le phénomène s’est répandu dans d’autres parties du monde et particulièrement aux jeunes générations par l’entremise de la culture populaire américaine et des nouvelles technologies.»

 

Two Hearts in a Forest 1981 by Jim Dine born 1935

Jim Dine, Two hearts in a forest, 1981.

 

Et c’est bien vrai qu’en une génération, nous sommes passés de l’extrême retenue au déluge émotionnel. Dans sa tendre enfance, le baby-boomer typique n’était pas inondé de Je t’aime et de câlins par ses parents, grands-parents, oncles, tantes, profs, gardiennes, voisins et autres grandes personnes. Et quand, plus tard, il se décidait à lancer le mot dans une relation amoureuse, c’était après y avoir mûrement réfléchi et en avoir accepté les répercussions possibles. Répercussions qui ne pouvaient qu’être massives pour l’avenir de la relation. Il y avait l’avant-je t’aime, puis l’après-je t’aime. Mon ami Facebook Luc Bédard a déjà tout dit sur le sujet:

 

C’est pas pour me vanter, mais je viens d’un monde et d’une génération où le mot « Je t’aime » impliquait, une fois dit, des conséquences. Oui, j’ai bien dit: des conséquences. On ne te me le balançait pas comme ça à la fin d’un banal comment vas-tu et moi aussi et on annonce de la neige et fuck Valérie Plante et à bientôt. Non que je sois contre la multiplication des Je t’aime, au contraire, y en aura jamais trop même si la banalisation menace toujours mais qu’est-ce qu’on s’en crisse. Je ne suis pas des ceusses qui râlent sur le fait qu’y a plus rien de vrai et dans notre temps et ainsi de suite. J’aime qu’on s’aime et qu’on se le dise. Quant à la récupération commerciale du mot et des sentiments, ben, vous vous doutez sans doute de ce que j’en fucking pense et je ne vous en aime que plus.

Les mots je t’aime, disais-je, à mon époque et dans ce froid pays, ne se prononçaient pas sans en assumer les suites. D’où le fait qu’on en était, par rapport à aujourd’hui, avare. Ça ne voulait pas dire que les sentiments étaient moins, ou plus, authentiques. Et je vous épargnerai les poncifs du genre on parlait avec des gestes plutôt qu’avec des mots, rien ne vaut le silence quand qu’on veut exprimer des vraies affaires, et autres bulshitteries. On éprouvait des émotions, et selon la culture dont à laquelle elles s’inscrivaient dedans, on les traduisait dans le langage y permis et compris.

Luc Bédard, publication Facebook du 9 février 2018.

 

 

Aujourd’hui, le ou la même boomer ne saurait terminer une conversation téléphonique avec ses êtres chers sans un Je t’aime. On parsème nos textos de cœurs et de baisers, on s’étreint à qui mieux mieux chaque fois qu’on se rencontre, on se fait du ma chérie/mon coco/ma poulette. On a, comme disait ma belle-mère, le cœur proche.

Certains prétendent que les mots perdent de leur poids si on les emploie à l’excès. Selon eux, il ne faut pas « galvauder » ni banaliser les grands mots, les mots qui comptent. Si on envoie des Je t’aime à son coiffeur, quelle valeur reste-t-il alors pour le Je t’aime murmuré sur l’oreiller?

Mon père disait des gens exubérants qu’ils étaient exaltés et il ne cachait pas sa désapprobation pour tous les excessifs du verbe et de l’affect. J’appartenais malheureusement à cette catégorie et, malgré de valeureux efforts, je ne suis jamais vraiment parvenue à m’amender et à conquérir l’approbation paternelle. C’est ainsi que je peux aujourd’hui éprouver une empathie certaine à l’égard des Trumpéliens, ces incorrigibles grandes gueules, ces excessifs de la présence.

Personnellement, je reste convaincue que, au chapitre des déclarations d’amour, trop est mieux que pas assez. D’entendre mes amours, mes amis, me dire Je t’aime me fait encore et toujours un petit chatouillis dans le plexus, ça ne rate jamais.

Et vous, êtes-vous du genre économe ou dépensier en matière de Je t’aime?

 

The Kiss.1990

Robert Rauschenberg, The Kiss, 1990.

 

Le mot de la pas fine

Ne nous méprenons pas, on trouve d’excellents restaurants et de formidables épiceries fines en Trumpélie du Sud.

Cette semaine, néanmoins, j’ai envie de sauter à pieds joints dans le cliché.

Cette vidéo (prise par moi-même en digne émule de Spielberg) montre une allée d’aliments congelés dans le marché d’alimentation de mon quartier.

 

 

Il y en a trois autres comme ça.

Pas étonnant que les Trumpéliens ne puissent retenir leurs commentaires admiratifs dès qu’ils aperçoivent un brocoli et une courgette dans mon panier.

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@gmail.com

Les rats de laboratoire

Imaginez que vous êtes un rat. Un rat blanc de laboratoire. Il n’y a rien d’autre dans votre cage qu’un levier et un bec verseur. Un beau jour, à moitié mort d’ennui, vous posez la patte sur le levier. Bam! Une croquette atterrit dans votre cage via le bec verseur. Wow, vous dites-vous. Pas plus fou qu’un autre, vous reposez la patte sur le levier et, rebelote, une autre délicieuse friandise apparaît sous votre nez. Youpi! La troisième fois, il ne se passe rien. Vous êtes déçu, mais vous recommencez. Croquette. La cinquième fois, rien. Merde. La sixième, rien. Ben coudonc, qu’est-ce qui se passe? La septième, croquette. Yé.

Ça ne prend pas 200 essais que vous êtes accro et que vous passez vos journées à taper sur le levier dans l’espoir de recevoir une douceur pour illuminer votre quotidien.

 

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Mais que s’est-il donc passé dans votre petite cervelle de rat blanc? C’est simple, vous avez fait l’objet d’un conditionnement avec renforcement intermittent. Le psychologue béhavioriste B.F. Skinner a démontré dans les années 1940 que le renforcement intermittent engendre un conditionnement plus solide et plus durable que le renforcement continu (celui que votre voisin de laboratoire reçoit s’il obtient une croquette chaque maudite fois qu’il appuie sur le levier).

Les psychologues béhavioristes purs et durs considèrent tout apprentissage comme une forme de conditionnement.

C’est pas l’fun à penser, mais c’est ça pareil.

J’ai déjà lu dans un manuel de psycho que j’ai traduit dans une autre vie que tout organisme qui s’alimente peut être conditionné. Imaginez les possibilités.

Et si le mot conditionné vous heurte, on peut le remplacer par: dressé, domestiqué, apprivoisé, éduqué, asservi, brainwashé, soumis, cultivé, séduit, amadoué, effrayé, traumatisé, socialisé, manipulé, assujetti.

Les bébés et la NASA

Quelle est la première chose que fait le nouveau-né en débarquant parmi nous? Il respire. Et la deuxième? Il braille. Autrement dit, il communique.

Qu’ont fait les scientifiques de la NASA dès l’instant où l’hypothèse de la vie extraterrestre a cessé d’être complètement farfelue? Ils se sont mis à faire des tentatives de communication et à sonder le ciel sans relâche dans l’espoir de capter une réponse.

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J’espère que les extraterrestres ne se fieront pas sur ce dessin placé sur la sonde Pioneer 10 pour juger des capacités artistiques des humains.

 

 

Le désir, que dis-je, le besoin de communiquer est si impérieux, si fondamental chez les organismes vivants en général et l’être humain en particulier que je doute sérieusement de l’avenir de notre relation avec les extraterrestres. Je me dis en effet que si nous ne recevons toujours pas de signe d’eux, c’est pour l’une des trois raisons suivantes: 1) ils n’existent pas; 2) ils « communiquent » d’une manière qui échappe à notre équipement mental ou sensoriel (alors aussi bien dire qu’ils n’existent pas pour nous); 3) ils n’ont aucune volonté de communiquer avec nous et, comme disait ma mère, on ne peut pas forcer un coeur à aimer, bon yenne.

 

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Les extraterrestres filmés par Denis Villeneuve, eux, ont furieusement envie de communiquer, et ils le font de belle manière. En prime, ils nous expliquent comment sauver notre propre espèce de son affligeante stupidité.

 

 

Bon, bon, bon, me dites-vous, tu t’en vas où la grande là avec tes rats, tes bébés et tes extraterrestres?

Eh bien, je m’en vais vous parler du courriel.

Une étude récemment publiée par Deloitte et rapportée par le magazine Time a démontré que les Trumpéliens vérifient leurs téléphones intelligents 8 milliards de fois par jour, soit une moyenne de 46 fois par jour par personne.

Je ne connais pas les statistiques pour le Canada, mais j’imagine que nous ne sommes pas tellement plus smattes.

Honte! Horreur! Pitié et jugement, pleuvez sur nous. Pendant que nous courbons l’échine au-dessus de nos téléphones, tablettes et portables, nous ne sommes pas en train de nous préparer un smoothie vegan, de faire travailler tous nos groupes musculaires ou de devenir beaux, charitables et fucking riches comme George Clooney.

 

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Cet exemple est en grande partie gratuit, j’avais juste envie de regarder une photo de George Clooney.

Comme de pathétiques rats de laboratoire, nous ne pouvons résister à l’attrait des notes aigrelettes qui annoncent l’arrivée d’un courriel, d’un texto ou d’un message Facebook. Car qui sait, cette fois-ci, ce ne sera peut-être pas une pub, un pourriel, un spam, une demande d’argent, une chaîne de prières, une joke plate. Ce sera peut-être des nouvelles d’une vieille amie qui vous a retrouvé sur Facebook, la réponse de l’université qui vous accepte, les résultats (négatifs) de votre biopsie, une invitation au resto, un message d’un candidat rencontré sur un site de rencontre, une caricature de Justin Trudeau déguisé en Martien, un abonné de plus à votre blogue…

C’est par courriel ou texto que nous parviennent désormais les informations importantes (heureuses ou malheureuses) ou juste les trucs le fun.

C’est par voie électronique à présent que nous tentons d’entrer en contact avec nos frères et sœurs humains.

Et que sommes-nous, franchement, à l’échelle de l’univers, que des rats qui cherchent bêtement et maladroitement un peu de distraction, de communication et, lâchons le mot, de bonheur?

 

Le mot de la pas fine

Na, na, na, y’en n’a pas cette semaine.

Car je vous soumets à un programme de renforcement intermittent afin de vous rendre totalement accros à ce blogue.

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